img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

Faut-il maintenir l’aide directe aux 4,3 millions de ménages après le Covid-19?

Une aide moyenne de 1.000 DH par ménage coûterait plus de 50 milliards de DH par an à l’Etat. Les programmes sociaux déjà en place coûtent des dizaines de milliards sans forcément donner de bons résultats. Le ciblage doit être affiné et le soutien social restructuré.

Faut-il maintenir l’aide directe aux 4,3 millions de ménages après le Covid-19?
S.N.
Le 29 avril 2020 à 21h34 | Modifié 11 avril 2021 à 2h45

Au Maroc, le soutien social public aux populations pauvres et vulnérables est lacunaire :

- Les populations qui en ont réellement besoin ne sont pas ciblées d’une manière optimale ;

- Les programmes sociaux mis en place sont nombreux, se chevauchent, manquent de cohérence et posent parfois des problèmes de gouvernance.

Le Roi Mohammed VI n’a pas manqué de le rappeler dans son discours du Trône de 2018. Il avait appelé le gouvernement à poursuivre le travail sur le chantier du ciblage avec le registre social unique et à procéder à une restructuration profonde des programmes et politiques nationales d’appui et de protection sociale.

Le chantier du registre social unique avance bien, selon nos informations. Par contre, on ignore si la réflexion autour de la restructuration des programmes déjà en place a été menée.

Va-t-on supprimer des programmes, en regrouper certains, en créer de nouveaux ? Sur quelles bases ? Va-t-on opter pour des aides monétaires directes à certaines familles ? Lesquelles ? Cette aide s’ajoutera-t-elle aux programmes sociaux « en nature », de type prestations médicales ou autres ? Avec quel dosage ?

Quel que soit l’état d’avancement de ce grand chantier de réforme du soutien social au Maroc, qui traine au moins depuis la libéralisation des prix des carburants en 2015, la crise liée au Covid-19 est venue bousculer le gouvernement qui s’est vu contraint de distribuer rapidement des aides monétaires directes aux populations les plus touchées par les répercussions économiques, à partir du Fonds Covid-19 créé sur instruction royale.

un soutien monétaire est nécessaire même après la crise

Hormis les employés déclarés à la CNSS en arrêt temporaire d’activité, l’Etat a versé ou est en train de le faire, une aide mensuelle comprise entre 800 DH et 1.200 DH à 4,3 millions de ménages dont le chef travaille dans l’informel (bénéficiaire ou pas du Ramed) et dont les demandes ont été validées par les autorités.

En retenant une aide moyenne de 1.000 DH par ménage, l’aide totale s’élèvera à 4,3 milliards de DH en avril et à autant en mai et juin.

Selon plusieurs experts et observateurs, c’est la première fois dans l’histoire du Maroc qu’une opération d’une telle envergure est menée aussi rapidement et avec succès.

Avec cette réussite, et compte tenu des lacunes structurelles des programmes sociaux, le Maroc gagnerait-il à maintenir les aides monétaires directes après la crise du Covid-19, en substitution totale ou partielle aux programmes déjà en place ?

La réponse à cette question n’est pas évidente. Toutefois, voici quelques éléments d’appréciation de la situation actuelle.

Tout d’abord, oui, un soutien monétaire est nécessaire même après la crise. D’abord, parce que le redémarrage de l’économie ne se fera pas d’un coup. Ensuite, parce que même quand leur chef a un travail, des millions de ménages vivent dans la précarité.

Ensuite, quel montant devrait-on verser ? Si l’on retient la moyenne de 1.000 DH par mois servie actuellement à 4,3 millions de ménages, cela donnerait un budget de près de 52 milliards de DH par an.

Serait-ce beaucoup pour le budget de l’Etat ? Pour rappel, c’est quand les dépenses de la Caisse de compensation avaient atteint 56 milliards de DH en 2012, suite à l’envolée des prix du pétrole, que le gouvernement a décidé d’entamer la décompensation progressive des prix des carburants, puis leur libéralisation totale en 2015. De plus, 52 milliards de DH, c’est l’équivalent de 20% du budget général de l’Etat.

En même temps, le Roi a précisé dans son discours de 2018 que les différents programmes sociaux coûtent déjà des dizaines de milliards de DH. Rien qu’entre la compensation du prix du gaz, du sucre et de la farine qui est maintenue pour le moment, le Ramed, Tayssir, l’INDH, les bourses d’étudiants et le programme de réduction des disparités sociales et spatiales, on compte un budget de plus de 25 milliards de DH par an.

Affiner le ciblage, mettre le curseur au bon endroit et optimiser les aides

Cela dit, il ne serait pas pertinent de continuer à servir les mêmes montants aux mêmes populations.

D’abord, parce que malgré les vérifications faites par les autorités, la sélection des bénéficiaires a été faite un peu dans l’urgence. Dans le lot, il peut donc y avoir des personnes qui ne sont pas vraiment éligibles aux aides. C'était le cas en mars pour les employés déclarés à la CNSS.

Et le contraire aussi est vrai. En raison de la courte période d’inscription pour bénéficier des aides, et des difficultés éventuelles de certaines personnes pour s’inscrire, les 4,3 millions de ménages ne comptent pas forcément tous ceux dans le besoin au Maroc.

Par ailleurs, après la reprise de l’activité économique, plusieurs ménages pourraient ne plus être éligibles.

Selon Ahmed Lahlimi, Haut-commissaire au plan qui s’exprimait à Médias24 il y a quelques jours, la crise du Covid-19 et l’octroi des aides monétaires ont permis une meilleure connaissance des ménages et vont accélérer le chantier du ciblage dans le cadre du registre social unique. Mais pour lui, les données devront être affinées, traitées et soumises à un système de scoring pour déterminer qui est vraiment éligible. En d’autres termes, pour savoir où placer le curseur.

Ensuite, les aides de 800 à 1.200 DH par mois et par ménage sont servies pendant une période d’arrêt d’activité. Après la reprise, ces montants ne seront plus justifiés et des aides d’une moindre importance pourraient être décidées.

D’autant plus que les anciens programmes ne disparaitront pas entièrement. Le Ramed, par exemple, est appelé à survivre moyennant une meilleure gouvernance. Les aides monétaires pourraient donc venir se greffer à des aides en nature non négligeables.

Quoi qu’il en soit, l’arrivée de cette crise du Covid-19 a montré la fragilité d’une large frange de la population marocaine, la nécessité de la soutenir socialement avec efficacité même en temps normal, et la faisabilité d’une mobilisation rapide des pouvoirs publics.

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Tags : coronavirus, covid
S.N.
Le 29 avril 2020 à 21h34

à lire aussi

2026 legislative elections. PJD unveils its heavyweights in first slate of 40 candidates
Elections 2026

Article : 2026 legislative elections. PJD unveils its heavyweights in first slate of 40 candidates

Five months ahead of Morocco’s September 2026 legislative elections, the Justice and Development Party (PJD), led by Abdelilah Benkirane, has officially unveiled its lead candidates in 40 constituencies.

Quatre gouvernements, une économie. Lecture comparative des performances macroéconomiques
ECONOMIE

Article : Quatre gouvernements, une économie. Lecture comparative des performances macroéconomiques

Croissance, inflation, endettement, emploi, performances extérieures, etc. Médias24 reconstitue les performances macroéconomiques des quatre derniers gouvernements, à travers une analyse structurée des grands équilibres économiques et de leurs dynamiques.

L'Office des changes restructure son organisation interne
ECONOMIE

Article : L'Office des changes restructure son organisation interne

L'Office des changes vient de dévoiler son nouvel organigramme. Articulée autour de sept départements métiers, cette nouvelle architecture vise à passer vers une administration de régulation plus agile et efficace. Voici ce qui a changé.

Morocco Strategic Minerals prend le contrôle de six sites polymétalliques près de Taroudant
Mines

Article : Morocco Strategic Minerals prend le contrôle de six sites polymétalliques près de Taroudant

La compagnie canadienne Morocco Strategic Minerals a conclu un accord avec MNF Groupe, une filiale de Broychim, pour prendre le contrôle de 80% d'un portefeuille d'actifs miniers polymétalliques situés au nord de Taroudant.

ElGrandeToto au cœur d’un bras de fer judiciaire autour de ses concerts au Maroc
DROIT

Article : ElGrandeToto au cœur d’un bras de fer judiciaire autour de ses concerts au Maroc

Le rappeur marocain est visé par une plainte pour violation de contrat d’exclusivité, déposée par une société de production. Au cœur du litige, un accord dont les clauses auraient été enfreintes, selon des sources proches du dossier.

Addoha, Alliances, RDS. Three real estate groups, three very different market trajectories
Actus

Article : Addoha, Alliances, RDS. Three real estate groups, three very different market trajectories

Addoha, Alliances and RDS posted sharply improved 2025 results, helped by the recovery in the real estate cycle. Behind that shared momentum, however, their profiles diverge markedly in terms of growth, profitability and valuation.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité