Covid-19. Dépistages dans les prisons: des cas confirmés dans plusieurs villes
Après l'annonce jeudi 23 avril de la contamination de 134 détenus, dont 133 à la prison de Ouarzazate, des tests de dépistage ont été lancés dans les différentes institutions. La Délégation générale de l'Administration pénitentiaire DGAPR annonce des mesures drastiques et s'en prend directement aux médias.
Le Maroc compte selon les chiffres de la DGAPR, 83 établissements pénitentiaires dont 4 centres de réinsertion et 7 prisons agricoles. Dans 53 établissements, dont les résultats ont été reçus samedi, les résultats complets étaient négatifs, annonce cette administration. Précisons toutefois qu'un résultat négatif ne signifie pas l'absence de contamination, la période d'incubation pouvant atteindre jusqu'à 14 jours.
Un total de 1.736 personnes ont été soumises au test, dont 961 détenus, 711 fonctionnaires et 64 employés des sociétés opérant dans les prisons. Le nombre de personnes testées est très faible par rapport à l'effectif global concerné. La situation est lourde de menaces pour les détenus et le personnel pénitentiaire.
Dans des communiqués publiés vendredi 24 et samedi 25 avril, la Délégation annonce que dans le cadre de ces tests, deux cas positifs de Covid-19 ont été enregistrés chez deux fonctionnaires de la prison locale de Tanger 1 sur un total de 7 fonctionnaires qui ont fait l'objet des analyses, tandis que les fonctionnaires concernés ont été soumis à un deuxième test pour confirmer le premier résultat.
En ce qui concerne les détenus, 3 cas positifs ont été recensés dans la prison locale de Tanger 1 sur un total de 10 détenus qui ont fait l'objet des analyses, et un cas dans la prison locale Ras El Ma et la prison locale Bourkayez à Fès, a fait savoir la DGAPR, relevant que tous ces cas ont été soumis à un deuxième test pour confirmer les premiers résultats.
La DGAPR indique également que deux fonctionnaires à la prison locale Salé 2 ont été testé positifs, notant qu’ils seront soumis à un autre test pour confirmer leur contamination au covid-19.
Les résultats concernant la prison locale de Oujda et celle de Tétouan ont relevé qu’une personne dans chacun des établissements a été testée positive, relève la Délégation générale, ajoutant que ces deux personnes ont été soumises à un autre test qui s’est avéré négatif, ce qui a nécessité un troisième test dont le résultat n’a pas encore été révélé.
Concernant la prison locale d'Ouarzazate, les résultats des analyses ont révélé la contamination de 207 détenus et 62 fonctionnaires exerçant dans cet établissement, en plus d'un autre fonctionnaire qui devait rejoindre la prison pour remplacer l'un des employés déjà contaminés, ajoute la même source, notant que les résultats de tests de 55 détenus ne sont pas encore disponibles, alors que les analyses vont être refaites pour trois autres cas.
Le communiqué indique en outre qu'en coordination avec les autorités locales et sanitaires compétentes, la prison locale d'Ouarzazate a été dotée d'unités mobiles (photo) à l'intérieur d'un espace privé, comprenant toutes les fournitures nécessaires à l'application du protocole de traitement du coronavirus sur les détenus contaminés.

Unités mobiles dans la prison de Ouarzazate
Il a été également procédé, dans le cadre du renforcement de la protection des fonctionnaires de l'établissement, à la généralisation du port de vêtements spéciaux pour les employés ainsi que pour toute personne interagissant avec les détenus, à l'entrée comme à la sortie de la prison, tout en consolidant le contrôle du respect des mesures préventives au sein de cet établissement.
Au moment de la diffusion de ces communiqués, tous les résultats des établissements pénitentiaires n'étaient pas encore reçus.
Interdiction des transferts de détenus
La Délégation générale à l'administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) a décidé d'interdire provisoirement le transfert des détenus, pendant au moins un mois, vers les différents tribunaux du Royaume et de coordonner avec l'autorité judiciaire compétente sur la tenue des audiences à distance, et ce dans le cadre du renforcement des efforts pour contrôler les sources potentielles de transmission de l'infection par le coronavirus (Covid-19) en milieu carcéral', annonce un autre communiqué.
La DGAPR a indiqué qu'elle a également décidé d'interdire provisoirement le transfert des prisonniers aux hôpitaux publics, sauf dans les cas d'urgence extrême, et de renforcer les établissements pénitentiaires par des équipes médicales relevant du ministère de la Santé et par la mise en place des consultations médicales spécialisées à distance.
Auparavant, l'administration pénitentiaire avait suspendu les visites familiales, arrêté les activités de réinsertion exercées de manière collective dans les différents établissements et appliqué le confinement sanitaire aux fonctionnaires et à tous les employés dans le milieu carcéral, d'après le communiqué.
Ces mesures ont également porté sur la stérilisation continue et régulière des établissements pénitentiaires, la distribution d'équipements médicaux et de produits d'hygiène et l'attribution d'ailes isolées pour héberger les nouveaux détenus et les mettre en quarantaine pendant 14 jours et autres procédures, a conclu la DGAPR.
Echec de la gestion du risque dans les établissements pénitentiaires
L'examen du séquençage des mesures de prévention prises par la DGAPR montre que cette dernière a toujours été dans la réaction, et pas suffisamment dans l'anticipation. Les mesures ont à chaque fois et manifestement, été prises après coup. La DGAPR communique certes, publie les chiffres et liste les mesures. Elle oublie qu'en la matière, elle a une obligation des résultat et pas une obligation de moyens.
Dans sa récente communication, la DGAPR s'en prend aux médias "sceptiques et nihilistes". Elle explique néanmoins avoir été "confrontée à plusieurs contraintes indépendantes de sa volonté, liées notamment au mouvement judiciaire d'une catégorie de prisonniers, en lien avec leur transfert devant les tribunaux, le placement de nouveaux détenus et les transferts aux hôpitaux pour consultations, examens ou hospitalisation". Pourquoi n'a-t-elle pas pris dès le début les mesures d'interdiction de visites et de transferts, ainsi que les mesures de confinement du personnel citées ci-dessus ?
La mise au point précise qu'au cours de la période allant du 16 mars au 21 avril, 20.420 cas de sortie aux tribunaux ont été enregistrés ainsi que 5.484 nouveaux arrivants dans les établissements pénitentiaires, en plus de 366 sorties à l'hôpital durant la période allant du 27 mars au 23 avril.
"Etant donné que ces mouvements de et vers les établissements pénitentiaires peuvent constituer un facteur de risque de contagion, il a été procédé, dans une première étape, à la réduction du nombre des audiences puis, dans une seconde étape, aux audiences judiciaires à distance, en parfaite coordination avec les autorités judiciaires compétentes", selon la même source. (Avec communiqués et MAP)
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