Covid-19. Prolongation probable de l'état d'urgence et du confinement au Maroc
Au Maroc, le confinement est en vigueur jusqu'au 20 avril. Le gouvernement devra bientôt décider de le prolonger ou pas. Dans les deux cas, une stratégie de déconfinement progressif devra être mise en place. Voici pourquoi.
Les Marocains vivent l'Etat d'urgence et le confinement depuis le 20 mars. Ce confinement reste en vigueur jusqu'au 20 avril. Tous les regards sont aujourd'hui tournés vers le gouvernement qui devra dans les jours prochains prendre des décisions majeures.
Va-t-il mettre fin à l'Etat d'urgence à la date convenue, soit le 20 avril ? Ou alors décidera-t-il de prolonger l'Etat d'urgence et le confinement? La réponse à cette grande interrogation dépendra de l'évolution de la situation épidémiologique au pays.
Tous les épidémiologistes et sources proches de centres de décision estiment que l'état d'urgence ainsi que le confinement seront certainement prolongés au delà du 20 avril et pourraient couvrir la totalité ou la grande partie du Ramadan.
En Arabie saoudite, une fatwa est venue annoncer que les prières du soir, les "tarawih" du Ramadan, peuvent être effectuées à domicile en temps d'épidémie.
Samedi soir 11 avril, le Maroc comptait 1.545 cas confirmés, 111 décès, 146 guérisons. La courbe continue sa progression. Rappelons aussi que depuis le début de l'épidémie, le Maroc n'a fait que 8.000 tests environ.
A partir de lundi 13 avril, les laboratoires d'analyses des CHU vont démarrer les tests venant ainsi en renfort aux trois laboratoires habilités à effectuer les tests jusque-là.
La semaine du 13 avril décisive
La prochaine semaine est donc décisive pour savoir si nous serons maintenus en état d'urgence sanitaire ou non. Sans entrer dans les spéculations ou se perdre dans les conjectures, il est fort probable que l'état d'urgence soit maintenu au-delà du 20 avril.
Il serait même souhaitable et conseillé que le gouvernement maintienne des règles de confinement stricts au-delà du 20 avril. Et pour cause, le mois de Ramadan est à nos portes avec tout qu'il représente pour les Marocains comme proximité sociale, rupture du jeûne en famille, échanges de visites, les Tarawih dans les mosquées, les foules dans les souks et artères des villes,...
Des traditions qui, en ces temps de pandémie, risquent de faire exploser le compteur des contaminés alors que nous sommes à peine quelques semaines après la déclaration du premier cas le 2 mars 2020.
Le Maroc a décidé d'interdire les rassemblements, puis de fermer les écoles, arrêter les liaisons aériennes et maritimes jusqu'à déclarer l'état d'urgence. Il a pris ces décisions à quelques jours d'intervalle avec des pays européens, mais en avance par rapport à eux qui comptabilisaient déjà des milliers de cas.
Ces mêmes pays ne sont toujours pas sortis du confinement. La France qui a décrété le confinement du 15 mars au 15 avril a déjà annoncé son intention de le prolonger. L'Espagne a annoncé le prolongement du confinement de 15 jours jusqu'au 25 avril.
La sortie du confinement est indispensable à la reprise de l'activité économie et à la vie sociale. Mais elle risque de ruiner tous les efforts qui ont été faits pour contenir la propagation du virus.
OMS: attention au déconfinement trop rapide
Mais que la date de la fin de l'état d'urgence sanitaire soit le 20 avril ou une date ultérieure, cela ne change rien au fait qu'il faut que cette sortie du confinement soit progressive. Tous les experts conseillent et recommandent une stratégie qui allie entre reprise des activités économiques et maintien de mesures de contrôle, pour maintenir un taux bas de reproduction du virus.
En plus de garder les gestes barrières à savoir le lavage des mains, le port du masque, la distanciation sociale, il est recommandé de ne pas revenir à une situation normale d'un seul coup. Passer du confinement total au déconfinement total du jour au lendemain. Le risque étant de redémarrer un nouveau cycle de contamination.
Au cours d'une conférence de presse virtuelle vendredi, le directeur général de l'OMS Dr Tedros Adhanom Ghebreyesusa alerté sur le danger d'une sortie trop rapide du confinement. Pour lui, six facteurs essentiels doivent être réunis:
1. La transmission du virus est contrôlée
2. Des services de santé publique et médicaux soient suffisants
3. Minimiser le risque dans des environnements exposés comme les établissements de santé de longue durée
4. Des mesures préventives sont en place dans les lieux collectifs, tels que le travail, les écoles ainsi que les commerces, les cafés,...
5. Les risques d'importation du virus doivent être gérés rigoureusement;
6. Que la population soit pleinement consciente et engagée dans la transition.
Plusieurs pays qui ont décidé, au regard de leur situations épidémiologiques, de sortir du confinement ont décidé un déconfinement progressif. C'est le cas par exemple de l'Autriche, la Norvège ou encore le Danemark.
Selon BFM TV, l'Autriche, avec 1.3650 cas et 319 décès, a annoncé un calendrier de déconfinement qui s'étale sur un mois. Des mesures partiellement levées par la réouverture des petits commerces à partir du 14 avril. S'ensuivra l'ouverture de tous les commerce le 1er mai. Les restaurants et hôtels, eux, n'ouvriront leur portes que le 15 mai. Idem pour les écoles.
Le Danemark qui compte 5.819 cas et 247 décès envisage la réouverture des crèches, écoles maternelles et primaires le 15 avril. Les collèges et lycées ne rouvriront que le 10 mai. Aucune décision n'a encore été prise pour la réouverture des bars et restaurants.
En Norvège, 6.314 cas et 113 décès, les crèches reprendront le 20 avril et une partie des collèges, lycées et universités le 27 avril.
En France, même si le confinement est prolongé, le gouvernement discute déjà sa stratégie de déconfinement. Plusieurs pistes sont envisagées mais aucune n'est arrêtée à ce jour. Le premier ministre français Edouard Philippe a évoqué "un déconfinement qui serait régionalisé" et "sujet à une politique de tests, en fonction, qui sait, de classes d'âge". Des hypothèses qu'il faut travailler.
Les stratégies possibles, en l'absence de vaccin
Le journal Le Monde a consacré un article très détaillé aux enjeux du déconfinement. Il explique qu'en l'absence d'un vaccin qui permettrait une immunité de groupe mettant fin au risque d'épidémie, et l'impossibilité de maintenir le confinement indéfiniment, il y a plusieurs choix qui s'offrent aux pays :
- Le « stop-and-go » : Au lieu de prolonger le confinement pendant des mois, les pays peuvent alterner entre des périodes de confinement et des périodes de retour à la « normale ». Dans une telle logique, le confinement serait remis en place à chaque poussée de l’épidémie, pour limiter la saturation des hôpitaux.
- Le confinement localisé ou régionalisé : Cette stratégie opterait pour une levée du confinement dans les régions qui ont passé le pic de l’épidémie et dans lesquelles les hôpitaux ne sont plus saturés. Le confinement serait maintenu dans les autres régions.
- Le confinement ciblé : le confinement serait maintenu ou levé en fonction du type de population. On pourrait ainsi maintenir le confinement pour les malades, les personnes âgées et fragiles, les patients souffrant de problèmes respiratoires, les femmes enceintes... et on lève le confinement pour les personnes immunisées et les populations les moins à risque.
Au Maroc, pas encore de débat
Pour le Maroc, le débat sur le déconfinement n'est pas encore arrivé sur la scène publique. La question va se poser dès que les pics des nouveaux cas et des cas actifs sera atteint.
Le Maroc a opéré un confinement progressif qui a commencé par l'interdiction des rassemblements jusqu'au confinement total.
Nous devrions donc faire le chemin inverse pour retrouver un train de vie normal. Cette progressivité dans la sortie de l'état d'urgence, quelle que soit la stratégie décidée, permettra aux autorités sanitaires de surveiller, monitorer et prendre les décisions qui s'imposent au moindre risque de résurgence de foyers épidémiques ou d'un nouveau cycle de contamination.
Mais s'il y a une action importante à mener quelles que soient les décisions futures, c'est d'opérer une politique de dépistage massif, afin de détecter les porteurs-sains qui sont vecteurs du virus sans le savoir. Détecter et traiter cette catégorie, c'est le vrai enjeu dans la lutte contre cette épidémie. Un déconfinement sans dépistage très large ou massif est inconcevable au Maroc.
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AFP: A QUELLES CONDITIONS SORTIR DU CONFINEMENT?
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