Verbatim. Les phrases choc de Abdelouafi Laftit devant la CGEM
Fiscalité locale, CRI, marchés publics,... Les interventions du ministre de l'Intérieur lors de la rencontre avec la CGEM, le lundi 4 novembre, ont été directes, franches et sans langue de bois. Voici Abdelouafi Latfit comme vous ne l'avez jamais entendu.
Le ministre de l'Intérieur Abdelouafi Latfit n'a pas mâché ses mots lors de la rencontre organisée par la CGEM, lundi 4 novembre, autour du "Projet de Loi de Finances 2020 : pour la consolidation de la confiance et la relance de l’investissement". Il a eu une première intervention remarquée pour présenter les différentes réformes menées par le département de l'Intérieur où il a fait des annonces inédites comme le lancement des CRI nouvelle génération.
Mais c'est lors des réponses aux différentes sollicitations et questions des hommes d'affaires présents en salle que Abdelouafi Latfit en a surpris plus d'un par son franc-parler. Médias24 présent à cette rencontre retranscrit les principales déclarations du ministre de l'Intérieur par thématique.
La réforme de la fiscalité locale est en cours
"Les taxes locales sont un héritage... De nouvelles se sont rajoutées à d’anciennes et le système est devenu extrêmement compliqué. Il y a un engagement du gouvernement pour simplifier complètement le système des taxes locales. On va y aller de façon progressive mais dans les meilleurs délais".
"Un travail est entamé et j’espère qu’on arrivera très prochainement à sortir une réforme totale de la fiscalité locale. Ce n’est pas un sujet facile, que l’on soit clair, c’est très compliqué. Nous comprenons que des entreprises souffrent de quelques taxes qui ne sont pas justifiées. Nous avons essayé au maximum de simplifier les taxes qui posent un certain nombre de problèmes… La réforme est en cours, on sera au rendez-vous c’est certain, mais ce n’est pas évident car nous souffrons de l’autre côté d’un sous-financement des collectivités locales", déclare le ministre.
"Nous avons un défi à relever ensemble. D’un côté, simplifier ces taxes, de l’autre, assurer un financement des collectivités qui ont aujourd’hui besoin de beaucoup d’argent pour faire fonctionner nos villes".
"Nous avons besoin d’un travail intelligent de réforme de la fiscalité qui nous permet de soulager le contribuable mais en même temps d’assurer le minimum de financement aux différentes actions des collectivités locales".
Le foncier de l'Etat servira le secteur productif à moindre prix
Dans une de ses interventions, le ministre de l'Intérieur a déclaré que "tous les terrains publics qui se trouvent dans la périphérie des villes et qui étaient par le passé convoités pour des projets immobiliers seront exclusivement réservés aux projets productifs…".
"Le foncier de l’Etat sera réservé à l’investissement productif. Nous sommes en train de travailler avec toutes les régions qui ont parmi leurs attributions la promotion des investissements afin de mettre à la disposition des investisseurs le foncier à un minimum de prix possible", a-t-il expliqué.
"Nous sommes d’accord que le prix du foncier industriel ou productif reste trop cher, il faut qu’on le réduise au maximum. Et on déploie tous les moyens possibles pour le faire", insiste-t-il.
Les CRI de la rupture
"Il y a une rupture totale entre le nouveau CRI et l’ancien. Ça n’a absolument rien à voir, et cela il faut que les gens le comprennent. Il n’y a pas de continuité, c’est une rupture totale", insiste le ministre de l'Intérieur.
"La représentativité des différentes administrations n'est pas physique au sein des [nouveaux] CRI. Cette représentativité se fait au sein d’une commission unique qui traite de tous les sujets au cours d’une seule et unique réunion durant laquelle les décisions sont prises sur les différents points", explique le ministre.
Au sujet de la tutelle des CRI, "je veux insister sur quelque chose d’important. Les walis des régions sont les présidents des conseils d'administration des CRI mais ne signent en principe aucun papier. Ce sont les administrations concernées qui signent les papiers qui les concernent. Le wali ne signe qu’en cas de substitution, c’est-à-dire quand une administration quelconque refuse de signer après l’accord de la commission, le wali se substitue à cette administration et signe", explique Laftit.
"Il n’y a donc pas de tutelle fonctionnelle, il y a une tutelle de principe, car c’est une administration régionale et le wali intervient lorsqu’il y a blocage", rajoute-t-il.
Dans sa première intervention, le ministre a évoqué les problèmes rencontrés dans le cadre des anciens CRI en disant que les investisseurs avaient des demandes différentes de l'offre de service proposée par les CRI. "Par exemple, ces 5 ou 6 dernières années, les CRI sont devenus des machines à fabriquer des dérogations immobilières", a-t-il déploré.
C'est dans le cadre de réponses sur les remarques des différents acteurs économiques que le ministre revient sur le sujet non pas pour atténuer ses propos mais pour préciser son idée avec des mots on ne peut plus clairs. "Je voudrais préciser que je n’ai rien contre le secteur immobilier, simplement, le fonctionnement des CRI jusqu’à aujourd’hui a été paralysé par les demandes de dérogation émanant de ce secteur. Les CRI sont devenus des commissions de dérogation avec toutes les suspicions qui tournent autour. Et j’ai des centaines d’histoires à vous raconter là-dessus", assure-t-il.
"L’immobilier est un secteur important pour notre pays et notre économie, mais simplement, il faut qu’il soit encadré, il y a un travail en cours et j’espère que le secteur prendra son essor. Mais il faut arrêter une fois pour toutes avec ces dérogations qui partaient dans tous les sens. Ouvrir des zones à l’urbanisation sans aucune mesure ce n’est plus acceptable et ce n’est plus possible. Les choses doivent se faire dans les règles de l’art", ajoute-t-il.
Pour ce qui est des CRI, le ministre ajoute "lorsqu’on parle des (nouveaux) CRI, ils sont là comme accompagnateurs des investissements productifs, en d’autres termes tous les secteurs qui emploient des gens à plein-temps et non à temps partiel".
Il faut réformer les marchés publics
Le ministre de l'Intérieur a également répondu à des remarques qui ont trait aux marchés publics. "Le décret des marchés publics est à mon sens complètement dépassé. Il faut une refonte totale parce que c'est un texte qui a été élaboré sans tenir compte d’une notion très importante de laquelle nous parlons aujourd’hui qui est la confiance", avance le ministre.
"Nous cherchons à encadrer un certain nombre d’actes administratifs par des textes qui ne permettent pas réellement de répondre à l’objectif qui leur a été assigné. Je ne sais pas si je me suis fait comprendre... mais pour être plus direct, on est en train d’agir comme si toutes les administrations sont des fraudeurs et on essaie de les attraper par ces textes", ajoute le ministre.
"Il y a un manque de confiance totale des uns vis-à-vis des autres et ça nous amène à des situations complètement absurdes".
Selon Laftit, les textes réglementant les marchés publics "ne permettent pas d'avoir confiance les uns en les autres ni de favoriser l’entreprise marocaine et encore moins d’accélérer le processus d’investissement". "Ces textes créent des suspicions autour des personnes et autour de l’administration à tel point que quand une personne dit travailler pour une administration, c’est comme si elle dit être malhonnête. C’est inacceptable", lâche le ministre.
"C’est très important d’avoir confiance en l'autre et de discuter de tous les sujets. Il n’y a aucun sujet tabou. L’objectif est qu’on marche ensemble, et qu’on avance ensemble. Nous vivons ensemble dans notre pays et on fera tout pour faire avancer notre pays qui a accompli des avancées extraordinaires, il faut qu’on en soit fier et il faut avoir confiance", plaide-t-il.
"Il faut mettre sur la table tout ce qui ne marche pas car, on ne va pas se mentir, il y a des choses qui ne fonctionnent pas mais on est capable de les régler ensemble et de trouver les solutions intelligentes. Il suffit de vouloir travailler ensemble", ajoute le ministre.
Des bus Made in Morocco ?
Le ministre a également parlé de la production locale, "même si le sujet ne le concerne pas directement".
"Lorsqu’on consomme local, nous participons au développement de notre pays. Malheureusement tout le monde n’est pas de cet avis. Quelqu’un a cité le cas des bus de Rabat, nous sommes confrontés au cas des bus de Casablanca, je vous le dis, nous souhaitons avoir une production locale pour répondre aux besoins de Casablanca et il faut qu’on travaille ensemble pour cela. On est prêt à mettre la main dans la main, j’en ai parlé à Moulay Hafid Elalamy (ministre de l'Industrie). Et dans tous les secteurs, nous devons travailler ensemble pour répondre à nos besoins par de la production locale. Et aussi permettre à l’entreprise petite ou grande de participer aux marchés publics", conclut-il.
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