Visite du Pape: Le spectacle inter-religieux raconté par Farid Bensaid
L’interprétation, samedi 30 mars, de l’Ave Maria, réarrangée, devant le Roi Mohammed VI et le Pape François par l’Orchestre Philharmonique du Maroc (OPM) a été un moment inédit en terre d’Islam, qui a réuni les trois religions révélées. Selon Farid Bensaïd, président de l’OPM, la couverture médiatique mondiale de cet événement musical renforcera positivement l’image du Maroc dans le monde arabo-musulman, en proie à un rejet de ceux qui confondent évocation divine et terrorisme.
Après avoir écouté les représentants des trois religions monothéistes revisiter le célèbre couplet "Je vous salue Marie", on peut dire que le dialogue inter-religieux n'est pas un voeu pieux, et plus particulièrement dans cette période trouble où les extrémistes de tout bord aimeraient provoquer une guerre des religions. On peut même dire que la co-connaissance des religions peut aller plus loin que la tolérance ou le dialogue.
Que l’on soit croyant ou pas, musulman, chrétien ou juif, l’interprétation de l’Ave Maria de Caccini réarrangée avec l’ajout de l’appel à la prière musulman (Adhan) et juif (Adonaï) a su toucher les cœurs avec des interprètes qui ont créé un grand moment de félicité et de communion célestes.
Réunion œcuménique au sommet en terre d’Islam
Présent en qualité de premier violon et de président de l’OPM lors de l’événement qui s’est tenu dans l’auditorium de l’Institut Mohammed VI de formation des imams créé en 2015, Farid Bensaïd nous confirme ce ressenti en ajoutant que l’émotion était plus que palpable chez ses 90 musiciens.
"C’est en 2016 que nous avons créé une œuvre musicale intitulée « les religions à l’unisson » pour rapprocher les peuples issus de cultures et de religions différentes et à l’occasion de la venue papale, nous avons procédé à de nouveaux arrangements pour en faire une création mondiale.
"Si au niveau musical, l’ouverture et la tolérance religieuse ont déjà été la source d’inspiration du grand chef d’orchestre Daniel Barenboim qui s’est produit en Palestine et en Israël, le concert de samedi dernier qui a été présenté devant Sa Majesté le Roi et Sa Sainteté le pape est une première dans le monde arabo-musulman", se félicite celui qui a fondé l’Orchestre philharmonique du Royaume.
Notre interlocuteur révèle que c’est l’OPM qui s’est porté candidat pour organiser ce spectacle qui n’a demandé que quelques jours de préparation sachant que son orchestre était déjà rôdé depuis l’année 2016 où il s’était produit dans la cathédrale de Casablanca et à l’église Saint-Germain à Paris.
Un chœur musulman-judéo-chrétien pour rapprocher les cœurs de tous les croyants
"Le texte d’origine a été modifié avec l’ajout de paroles soufies et d’arrangements de la concertiste-pianiste Dina Bensaid [sa fille] pour aboutir à une œuvre unique en termes spirituel et œcuménique.
"Hormis la prière catholique interprétée par Caroline Casadesus, nous avons inclus l’appel musulman à la prière chanté par Smahi Harrati et la prière juive Adonaï entonnée par Françoise Atlan", explique Bensaïd qui ajoute n’avoir pas été étonné par les critiques de certains salafistes qui ont présenté cette réunion comme un sacrilège.
"Quoi que l’on fasse, il y aura toujours des critiques mais nous avons tout fait avec l’accord et la bénédiction des autorités en la matière à savoir le ministère des Habous et des affaires islamiques.
"Le plus important est d’avoir mis en avant le dialogue des religieux et la spécificité du Maroc dans le monde arabo-musulman qui s’est largement distingué dans cet événement qui a eu une portée internationale.
"Sachant que l’invocation divine « Allah Akbar » fait peur à de nombreuses personnes en occident, l’image du Maroc sortira grandie de ce concert qui a permis de remettre les choses dans leur contexte", avance celui qui est également le premier violon de son orchestre philharmonique.
Une scène finale symbolisant l’égalité des religions et du genre
A la question de savoir si les trois chanteurs s’étaient tenus la main naturellement à la fin du spectacle ou si cet acte avait été scénarisé, Bensaïd reconnaît qu’il était écrit mais dans l'ordre des choses de la thématique retenue.
"Au regard de la thématique qui portait sur l’ouverture prônée par les trois religions monothéistes, la scène finale où l’interprète masculin prend la main des deux autres cantatrices était plus que naturelle", précise le président du groupe Ténor.
Une scène très émouvante qui va à l’encontre des positions dogmatiques des ultra-conservateurs de tous les bords car elle symbolise à la fois l’égalité entre les trois religions et également celle entre les femmes et les hommes.
"A la fin du spectacle, l’assistance (étudiants, personnalités politiques et religieuses…) était très émue sans compter les 90 musiciens, choristes et solistes, qui ont réalisé avoir vécu un moment historique.
"Juste après, nous avons d’ailleurs été salué par Sa Majesté et par le Pape qui nous ont chaudement félicités pour notre prestation.
"Sachant que j’étais ému aux larmes, je ne peux pas vous dire si le Roi l’était également mais il avait l’air vraiment satisfait lorsque je lui ai présenté les solistes", conclut fièrement notre interlocuteur.
S’il pense que la médiatisation mondiale de cet événement permettra de poursuivre l’aventure à travers la planète, Bensaid regrette cependant que la chaîne télévisée Euronews ait résumé la visite papale et la tolérance affichée lors du concert à la perturbation du cortège royal par un jeune désirant obtenir une aide.
Quoi qu’il en soit, trente-quatre ans après la visite marocaine du défunt pape Jean-Paul II, le Maroc a réussi un très joli coup de diplomatie religieuse en offrant à la planète une image rassurante grâce à un spectacle musical unique dans un monde arabo-musulman pas vraiment en odeur de sainteté dans les pays occidentaux.
En fait, cette visite du Pape a eu certes une portée politique et diplomatique (notamment à travers l'Appel d'Al Qods). Elle a également une portée universelle. En effet, l'idée nouvelle exprimée par le Souverain va au-delà de la coexistence, de la tolérance ou du dialogue. Elle recommande une éthique et une raison universelles, inspirées par les trois religions monothéistes et leurs valeurs communes. Le temps de l'action commune.
Ci-après, l'interprétation de l'Ave Maria devant le Roi Mohammed VI et le pape François:
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