EXCLUSIF: Bank Al-Maghrib réfute le rapport de Fitch sur les banques marocaines
Bank Al-Maghrib répond pour Médias24 à chaque point évoqué par Fitch dans son dernier rapport sur les banques marocaines: les impayés se sont stabilisés, les provisions couvrent largement les risques, les crédits sont moins concentrés et les capitaux propres dépassent les ratios prudentiels.
Dans le milieu bancaire, on a du mal à comprendre les raisons qui poussent Fitch Ratings, depuis près de 2 ans, à juger aussi sévèrement les banques marocaines et leur régulateur dans ses rapports. Surtout qu’à l’occasion des missions de notation payantes que l’agence effectue au Maroc, elle affiche plutôt sa satisfaction par rapport aux avancées du système bancaire.
Les prises de position de S&P, l’autre agence de notation dont les analyses comptent pour le Maroc, sont beaucoup plus pondérées.
Le changement d’attitude de Fitch est-il lié à celui de ses équipes opéré justement il y a près de 2 ans ?
Il est certes vrai que le secteur bancaire marocain peut receler certains risques: ralentissement du crédit, forte concurrence qui écrase les marges, difficultés de certains secteurs comme la promotion immobilière ou l'exposition sur l’Afrique subsaharienne, volumes importants de dations en paiement pas forcément comptabilisées aux prix du marché…
Néanmoins, il est loin de se trouver dans une situation de vulnérabilité comme le considère Fitch. Sa résilience et son niveau de développement sont confirmés par les institutions internationales qui comptent, comme le FMI et la Banque mondiale qui ne manquent d’ailleurs pas de donner le secteur bancaire marocain comme exemple dans la région et dans le continent.
La réponse officielle de Bank Al Maghrib
Médias24 a sollicité une source officielle à Bank Al-Maghrib pour réagir à l’analyse contenue dans le dernier rapport de Fitch. Voici sa réponse :
- Le système bancaire marocain est résilient. Malgré une conjoncture économique difficile, ses indicateurs de risque, de solvabilité et de rentabilité sont satisfaisants.
- Les stress tests menés par le FMI ont montré que les banques résistent à divers chocs et le secteur a réalisé de grandes avancées dans le domaine prudentiel (Bâle 3, IFRS 9…) avec l’accompagnement du Fonds et de la Banque Mondiale.
- Contrairement à l’analyse de Fitch, les actifs des banques ne sont pas de mauvaise qualité. Le taux d’impayés au niveau du secteur se stabilise à 7,3% et 8,7% sur base consolidée et n’atteint pas les 9,8% avancés par l’agence de notation. Ces niveaux demeurent modérés par rapport à ceux des pays émergents comparables. L’évolution des créances en souffrance a ralenti depuis 2014 et s’est même tassée aujourd’hui.
- Concernant la concentration des crédits, les banques sont astreintes à la limite maximale de division des risques par groupe de contrepartie fixée à 20% des fonds propres. En outre, le cumul des prêts dépassant 5% des fonds propres des banques ne représente plus que 2,9 fois ces capitaux, contre plus de 4 il y a quelques années. Une amélioration due au ralentissement des crédits aux entreprises, au désendettement des grands groupes notamment immobiliers, et à la poursuite de la croissance des crédits aux ménages.
- Les risques des banques sont largement couverts par les provisions, sans compter les garanties réelles et mobilières qu’elles détiennent. Le taux de couverture des créances en souffrance dépasse les 70% sachant que les provisions pour risques généraux constituées par les banques et non prises en compte dans le calcul du taux de couverture atteignent 9 milliards de DH.
- En ce qui concerne la qualité des capitaux, les fonds propres des banques sont largement conformes aux ratios prudentiels les plus avancés. Le ratio de solvabilité (capitaux propres rapportés aux engagements) est de 14% contre une limite de 12% et le ratio Tier 1 (fonds propres durs) est de 10,5% contre une limite de 9%.
- L’impact de la hausse des provisions sur les capitaux propres consolidés suite à l’application de l’IFRS 9 est d'ordre comptable. Les fonds propres prudentiels sont préservés suite à la recommandation du comité de Bâle de lisser l’impact de l’application de la norme sur 5 ans.
- Enfin, la rentabilité des banques est confortable et en amélioration. Le retour sur capitaux propres se situe à 11,5% (profits de 11,5 DH pour chaque 100 DH investis), et ce malgré les efforts de renforcement des fonds propres.
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