Le Maroc compte-t-il rapatrier les anciens combattants marocains de da'ech?
Sur 1.666 Marocains ayant rejoint la scène irako-syrienne où sévissait Da'ech, 643 sont morts et 245 sont revenus au pays. Le problème est que pour au moins 186 hommes d'entre eux, on ne connaît ni leur sort ni leurs intentions.
Comme tous les pays dont certains ressortissants ont choisi d’aller soutenir les groupes terroristes affiliés à Da'ech, le Maroc doit faire face à leur éventuel retour après la déconfiture des troupes du pseudo-Califat qui s’étendait, jusqu’en 2017, à cheval entre les territoires syrien et irakien. Cette situation est considérée comme urgente et préoccupante par de nombreux pays, notamment européens, depuis l'annonce américaine d'un retrait imminent de Syrie.
En effet, le retrait américain signifie que les centaines de jihadistes emprisonnés par la coalition internationale risquent de s'envoler dans la nature.
Sachant qu’une partie des revenants, nom donné aux jihadistes qui rentrent dans leurs pays par choix ou obligation, pourraient être tentés d’y commettre des actes terroristes, cette situation n'est pas sans donner des sueurs froides aux autorités mais également aux populations qui sont d’ailleurs le plus souvent opposées à leur retour.
Dans l’état actuel des choses, la principale difficulté réside dans leur recensement, rendu compliqué par leur éparpillement sur plusieurs zones où ils sont libres ou prisonniers.
Au moins 186 jihadistes marocains envolés dans la nature
Lors d’une récente rencontre avec Médias24, le patron du BCIJ nous avait communiqué les dernières statistiques sur les personnes ayant rejoint le théâtre irako-syrien qui avait attiré, à partir de 2013, des dizaines de milliers de sympathisants du monde entier.
Selon lui, au départ, les Marocains étaient au nombre de 1.666 (dont 289 femmes et 370 enfants, certains étant nés sur place). Il y avait donc parmi eux 1.007 hommes et sur ce nombre, 643 seraient morts au combat ou lors d’opérations kamikazes. Avant le retour d’une partie au Maroc, les survivants masculins étaient donc au nombre de 364.
En décembre dernier, la DGST avait répertorié 245 revenants des camps de combat (dont 178 hommes, 52 femmes et 15 enfants) et 110 d'entre eux avaient été interpellés à leur arrivée aux frontières et condamnés à des peines d’emprisonnement.
178 hommes combattants étant déjà de retour au Maroc, il reste donc au moins 186 jihadistes dont on ne connaît pas le sort et qui se trouvent donc, en totalité ou en majorité, toujours sur le théâtre syro-irakien.
Contacté par Médias24, Abdelhak Khiame qui dirige le BCIJ, dont une des deux directions est consacrée à la lutte contre le terrorisme et donc à la gestion des revenants, déclare ne pas pouvoir nous communiquer par téléphone des données sur l’éventuel rapatriement des survivants marocains.
Devant notre insistance, il a tout de même consenti à déclarer que l’ensemble des services de renseignement travaillait à préparer, le moment venu, le retour des Marocains actuellement emprisonnés par la coalition.
Une partie exécutée, une autre encore libre et une dernière emprisonnée
L’occasion d’interroger un autre membre des services de renseignement extérieurs, qui a reconnu la difficulté de la tâche en raison de leur éparpillement sur les territoires syrien et irakien.
"Toute la difficulté vient du fait qu’environ 200 Marocains sont disséminés sur quatre zones géographiques dont deux sont inaccessibles à nos services consulaires ou même de renseignement.
"Pour les combattants qui n’ont pas réussi à fuir le territoire repris par les forces de Bachar El Assad, il y a de très fortes chances qu’ils aient été purement et simplement exécutés sans aucun jugement.
"Sachant que la Maroc a rompu ses relations diplomatiques avec la Syrie, nous n’avons donc plus aucun canal direct pour contacter les Marocains survivants emprisonnés.
"Pour tous les pays comme la France, dont les ressortissants sont bloqués dans cette zone, la seule possibilité est de faire intervenir les Tchèques qui jouent le rôle d’intermédiaire pour arranger des rapatriements, mais pour l’instant, nous ne savons pas s’il y a des Marocains toujours entre les mains du régime syrien.
"Concernant les Marocains qui n’ont pas péri ni été emprisonnés, ils se trouvent dans le no man’s land de la province d’Idlib qui est une région frontalière avec la Turquie.
"C’est là qu’ont été parqués le reste des combattants d’Al Qaida et de l’Etat islamique. Après leurs défaites à Raqqa et ailleurs, les Russes ont organisé un convoi pour les regrouper dans ce réduit où ils sont libres et armés. Leur sort n’a pas encore été tranché mais les Turcs les surveillent et les protègent.
"Il est fort probable que plusieurs dizaines de Marocains s’y trouvent mais à moins d’être faits prisonniers plus tard, il y a peu de chances que ces combattants soient désireux de revenir au Maroc.
"Les seuls endroits où le Maroc pourrait intervenir sont les camps de prisonniers tenus par les rebelles kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) ou les Forces démocratiques syriennes (FDS).
"Dans ces deux zones distinctes l’une de l’autre, il y a des centaines, voire beaucoup plus, d’anciens combattants étrangers venus faire le djihad et allégeance au pseudo-calife Al Baghdadi. C’est d’ailleurs là où sont détenus les 150 hommes, femmes et enfants qui seront bientôt rapatriés en France.
Pas de rapatriement sans volonté politique du Maroc
"Sachant que les négociations qui n’ont pas encore commencé devront passer par les Américains (soutien des Kurdes) personne n’est pour l'instant en mesure de déterminer le nombre de prisonniers marocains.
"Tout ce que nous savons est qu’il y a beaucoup de binationaux dont une partie sera rapatriée en France, Belgique et Pays-Bas", conclut notre source qui n’en dira pas plus.
Avant le rapatriement de personnes pouvant poser des problèmes de sécurité, il faut en effet une décision claire des autorités sachant qu’une grande partie de la population craint leur retour.
Au final, il apparaît cependant préférable de rapatrier des gens dont une grande partie ira en prison plutôt que de les laisser revenir clandestinement avec un risque accru d’attentats terroristes comme ce fut le cas après la guerre d’Afghanistan dont les Américains n’avaient pas mesuré les conséquences. De plus, il subsiste certainement certains combattants marocains qui n'ont pas été identifiés et donc répertoriés par les services de renseignements marocains dans le dernier réduit syrien de Baghouz encore tenu par les djihadistes de l'Etat islamique.
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