CGEM : Les confidences du patron des patrons

Mehdi Michbal | Le 28/1/2019 à 17:48

Après le point de presse organisé le mercredi 23 janvier pour clarifier ses positions, Salaheddine Mezouar a été l’invité, ce dimanche, de l’émission Confidences de Presse sur 2M. Il est revenu sur toutes les affaires qui ont secoué la maison CGEM ces derniers mois et défendu son style. Voici ce qu’il a dit.

>Le long silence : « J’ai péché par manque de communication »

Il a fallu attendre huit mois pour que le président de la CGEM fasse une sortie dans les médias pour s’expliquer sur les sujets qui agitent le patronat. Un long silence qu’il a tenu à justifier :

« J’étais concentré sur les choses essentielles. Les entreprises étaient dans une situation qui nécessitait de l’action. Il fallait aussi donner une nouvelle configuration à l’organisation de la CGEM, ajuster les équipes, créer les synergies… Il y avait aussi des sollicitations au niveau régional et international. Tout cela demandait du travail en interne. Je devais me concentrer sur ca. Il y avait aussi des déclics à opérer sur les sujets des arriérés de TVA, des délais de paiement et du financement bancaire. Ma priorité était donnée à tout cela »

J’ai comme habitude de ne communiquer que sur des choses concrètes. Peut être que j’ai péché par manque de communication, je l’avoue. J’ai sous-estimé les évènements qui se sont produits. La CGEM se renouvelle, je me suis dit que c’était normal qu’il y ait de la compétition, des réactions, des frustrations… »

>Conseil d’administration : « Je voulais intégrer toutes les forces de la CGEM »

C’était l’erreur à ne pas commettre : outrepasser les statuts de la CGEM. C’est ce que Mezouar a fait en cooptant 124 membres dans le conseil d’administration de l’organisation, au lieu des 99 que lui permettent les statuts. Une erreur qu’il a récemment corrigée et sur laquelle il a tenté de s’expliquer :

« On a été élu sur la base d’un programme réaliste et ambitieux. J’ai fait en sorte d’avoir la représentation la plus large. Il fallait intégrer d’autres forces au sein des instances de la CGEM. Il n’y a jamais eu un respect strict du nombre des administrateurs dans les conseils qui m’ont précédé ».

« Est-ce que le sujet aujourd’hui est d’avoir 10 ou 15 personnes de plus, ou d’apporter des réponses par rapport aux préoccupations du secteur privé. Des préoccupations qui nécessitent la mobilisation de tous. C’est donc une différence d’approche. Mais quand l’alerte a été donnée, on a corrigé la chose. Dans cette quête de légitimité et de respect des règles, il était préférable de tourner la page ».

>L’affaire Neila Tazi : « Il n’y a pas eu de sexisme »

Ancienne vice-présidente de la Chambre des Conseillers, Neila Tazi a été écartée de ce poste à mi-mandat. Pour la remplacer, les représentants de la CGEM à la deuxième chambre ont choisi Hamid Souiri. Une éviction qui a fait scandale. Mezouar pense que tout cela a été amplifié et sorti de son contexte :

« Les statuts de la CGEM ne fixent aucune règle concernant le groupe parlementaire. Il y a ceux qui optent pour la désignation, ce n’est pas mon style. La pérennité exige de mettre en place le dispositif électif. J’ai privilégié cette démarche. Il n’y a pas plus transparent que les règles démocratiques ».

"J’ai reçu deux candidatures : celles de Hamid Souiri et de Abdelkrim Mehdi. Et je n’ai reçu aucune candidature de la part de Neila Tazi. Les femmes doivent aussi accepter certaines règles. On ne peut pas dire qu’une femme, du fait qu’elle est femme, doit avoir telle ou telle position. C’est une insulte pour les femmes. Il n’y a pas eu de sexisme, pas d’exclusion. Tout cela a été amplifié et sorti de son contexte. »

>Démission de Ahmed Rahhou : « C’est un non-sujet »

Membre important de la CGEM et respecté par tous ses membres, Ahmed Rahhou qui officiait en tant que Vice-Président du patronat, a décidé de claquer la porte sans toutefois communiquer sur les motifs de son départ. Certains parlent dans les coulisses d’une altercation avec Abdelilah Hifdi, président du groupe parlementaire du patronat, quand d’autres avancent la piste d’un départ arrangé. Pour Mezouar, ceci est un non-sujet.

« C’est un grand ami. J’ai beaucoup d’estime pour lui. Il a eu envie de partir. C’est son choix. Il a ses raisons. Mais pour moi, c’est un non-sujet. C’est une volonté qui a été convenue, discutée, j’ai compris ses arguments. Ca s’arrête là. Avoir mêlé Rahhou dans cette histoire, je trouve que ca n’a pas été élégant ».

>« Hifdi n’a jamais pris une décision sans me consulter »

Aussi bien dans l’affaire Neila Tazi que dans la démission de Ahmed Rahhou, le nom de Abdelilah Hifdi a été cité comme une des rasions principales de la crise ou du malaise que vit le patronat. Le président du groupe parlementaire est accusé par ses détracteurs d’avoir des pouvoirs qui dépassent ses prérogatives. Mezouar a tenu à le défendre:

«Tout ce qui se dit est faux. J’ai tellement géré des groupes parlementaires que je sais de quoi je parle. Et je sais comment gérer un groupe parlementaire. Ce n’est pas un sujet nouveau pour moi. Et je ne suis pas un enfant de cœur non plus. »

« C’est un ancien de la CGEM. Il aime travailler. Il se donne. Je le respecte. Mais il sait aussi qu’il a ses limites. Et ses limites sont liées à ses prérogatives ».

« C’est quelqu’un qui se bat, qui donne son avis, mais une fois la décision prise, il la respecte. Jamais Hifdi n’a pris une décision sans me consulter. Et dans le renouvellement du bureau de la Chambre, c’est moi qui lui ai demandé d’organiser les élections du groupe parlementaire. Ce n’est pas le fait de Hifdi. C’est le fait du président de la CGEM. Par conviction. »

>Impôts : « Notre dispositif fiscal ressemble à un mile-feuilles »

 « Il faut agir très vite pour atténuer les risques de mortalité des entreprises. Il y a deux démarches : accélérer le remboursement des arriérés de l’Etat pour stabiliser la situation et agir sur la clarification de la fiscalité.

Le dispositif fiscal que nous avons est un mille-feuilles de mesures qui viennent chaque année s’ajouter à d’autres. Il y a beaucoup de choses qui doivent être clarifiées. Il faut faire une pause. C’est nécessaire. D’où l’importance des prochaines assises de la fiscalité. Ce que demande l’entreprise, c’est de la visibilité, de la lisibilité. Obtenir quelques mesures de plus dans une loi de finances ne règle rien ».

> « L’Etat doit se désengager au profit du privé »

Pour justifier la faiblesse de l’investissement privé, le président de la CGEM avance l’argument de la visibilité. Pour lui, on ne peut attendre d’un acteur privé d’investir quand les règles ne sont pas assez lisibles. Il reconnait toutefois que malgré les stratégies mises en place dans les nouveaux métiers mondiaux du Maroc, le capital national reste absent. Il appelle aussi l’Etat à se désengager de certains secteurs au profit du privé.

« L’investissement est lié à la visibilité. Il n’y a pas d’investissement philanthrope. L’investissement privé recule faute de visibilité. C’est aussi lié à une baisse de la demande dans un certain nombre de secteurs. Et à la dégradation des conditions de la classe moyenne qui porte la consommation ».

« Sur les secteurs stratégiques, effectivement, on voit beaucoup plus de capital étranger que de capital marocain. Il faut ouvrir les perspectives. Et poser des questions essentielles sur le rôle de l’Etat. Je pense que l’Etat doit commencer à se désengager et ouvrir de l’espace au secteur privé. Il faut faire confiance au capital marocain. Les JV, les partenariats public-privé sont possibles ».

« Sans le secteur privé, tout modèle de développement ne pourra pas véritablement répondre aux exigences de la société. C’est une exigence de contexte, de réorientation des moyens de l’Etat vers l’éducation, la santé, la prévoyance, les territoires… C’est des priorités que l’Etat doit adresser, au lieu de continuer d’investir dans des domaines que le secteur privé peut couvrir ».

>Les tensions sociales: « Nos choix n’ont pas été suffisamment inclusifs »

Hirak du Rif, Jerada, boycott, grèves … Les tensions sociales sont de plus en plus palpables. Comment le patron des patrons explique cela ? C’est la faute à notre modèle de développement qui n’a pas été assez inclusif, dit-il. Venant d’un ancien ministre de l’Industrie et d’un ex-Argentier de l’Etat, cela s’appelle un mea culpa…

« C’est la résultante de nos propres choix. Nos choix n’ont pas été suffisamment inclusifs. On a fait de belles choses, mais on n’a pas été capable de faire de sorte que tout cela irradie sur l’ensemble du territoire ».

« Il y a des laissés-pour-compte au Maroc : on a peut-être éradiqué l’extrême pauvreté, mais la pauvreté s’étend. La précarité est là. C’est le sentiment qu’ont les Marocains ».

>Boycott : « L’entreprise doit être de plus en plus éthique »

Sans trop s’attarder sur les raisons du boycott et ses conséquences économiques, le président de la CGEM déplore le discours qui veut opposer les patrons au reste de la société. Et affirme que désormais, l’entreprise doit, en plus d’être performante, être solidaire et de plus en plus éthique. Le message du boycott est donc reçu…

« On oppose le patronat au reste de la société. C’est le discours ambiant, reproduit même par certains politiques. L’entreprise est nécessaire pour la création d’emplois et des richesses. Elle doit être de plus en plus éthique. C’est l’exigence du contexte. »

« On ne peut pas continuer à avoir un rapport infantilisant avec le secteur privé. Le privé doit s’assumer en dehors de l’Etat, et en dehors des possibilités ou des accointances que peut offrir l’Etat. Nous avons besoin d’un secteur privé qui entreprend, qui s’ouvre, qui cherche des opportunités au-delà des marchés publics, ou des avantages que peut octroyer l’Etat. Il faut construire un secteur privé compétitif, performant, solidaire,  et éthique. C’est le projet que nous portant aujourd’hui ».

>Grève des commerçants : « C’est au politique d’anticiper »

Pour Mezouar, le bras de fer qui se joue actuellement entre les commerçants et le gouvernement n’est pas à imputer à l’administration fiscale. Celle-ci est tenue par la loi et doit l’appliquer. La responsabilité selon lui incombe aux politiques qui n’ont pas su mener cette réforme et anticiper les tensions.

« Il y a le rôle de l’administration et le rôle du politique. L’administration est tenue par la loi, et doit l’appliquer. Le rôle du politique, c’est d’anticiper ».

« La société a changé. Il y a de nouvelles formes d’expression. Parce que l’intermédiation et la confiance ont baissé. Les gens ont décidé de passer à une autre forme d’expression pour exiger qu’on leur accorde l’attention nécessaire. Les règles, ceci dit, doivent s’appliquer à tous ».

« Il y a une manière pour mener des réformes. Ceux qui décident, ce sont les politiques, pas l’administration ».

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