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Terrorisme: “Les revenants”, un enjeu majeur pour la sécurité au Maroc

Depuis 2002, 245 djihadistes marocains sont revenus au Royaume après un séjour dans des zones de tension. La loi sanctionne le fait de rallier ou de tenter de rallier les groupes terroristes, mais dans la pratique, les sanctions sont peu sévères. Pour les services antiterroristes, ces revenants présentent un enjeu majeur et il faut 40 personnes pour surveiller un seul individu à risque. C'est dire qu'une surveillance absolue et hermétique est impossible.

Terrorisme: “Les revenants”, un enjeu majeur pour la sécurité au Maroc
A.E.H.
Le 4 janvier 2019 à 18h49 | Modifié 4 janvier 2019 à 18h49

De 2002 à décembre 2018, 1.666 combattants marocains ont rejoint la scène irako-syrienne, ralliant des groupes terroristes comme l’EI (929), Sham Al Islam (100) ou Jabhat Al Nosra (50). Parmi eux, 245 sont revenus au Maroc.

L’élément féminin n’est pas en reste. Pendant la même période, 289 femmes ont rejoint les mêmes zones de tension, dont 52 sont revenues au Royaume. Les enfants sont également concernés. Ils sont 370 dans ce cas, parmi lesquels 15 ont rebroussé chemin.

Revenus au Maroc, ces individus représentent tous un danger potentiel. D’où l’adoption, en 2015, de la loi n°86-14 modifiant le code pénal. A l’époque, la menace Daech est encore à son apogée et ce texte est venu incriminer « le fait de se rallier » ou même « de tenter de se rallier individuellement ou collectivement, dans un cadre organisé ou non, à des entités, organisations, bandes ou groupes, terroristes, quels que soient leur forme, leur objet, ou le lieu où ils se trouvent situés » (218-1-1).

Pour ce fait qualifié crime, les sanctions prévues vont de cinq ans à dix ans de réclusion, et ce, « même si les actes terroristes ne visent pas à porter préjudice au Royaume du Maroc ou à ses intérêts ».

Les mêmes sanctions s’appliquent, selon la loi n°86-14, au fait « de recevoir ou de tenter de recevoir un entraînement ou une formation quelle qu’en soit la forme, la nature ou la durée à l’intérieur ou l’extérieur du Royaume du Maroc, en vue de commettre un acte de terrorisme à l’intérieur ou à l’extérieur du Royaume indépendamment de la survenance d’un tel acte ».

Ces peines sont portées au double « lorsqu’il s’agit d’enrôler, d’entraîner ou de former un mineur ». C'est-à-dire qu’ils peuvent atteindre un plafond théorique de 20 ans de réclusion.

Seulement voilà, cette sévérité sur le papier ne trouve pas d’écho dans la pratique, les juridictions prononçant souvent des peines peu dissuasives, déplorent des sources proches de la lutte anti-terroriste.

Pour les services de sécurité, ces djihadistes « relâchés trop tôt » sont source d’inquiétude car ne présentant pas de garanties suffisantes de déradicalisation.  D’autant plus qu'à chaque individu à risque, « il faut mobiliser un effectif d’au moins 40 éléments pour une surveillance 24H/24H », affirme un interlocuteur, qui appelle « à une application plus stricte de la loi ».

Le dernier exemple en date est celui des deux meurtres terroristes d'Imlil: l'Emir de la bande, ainsi que trois autres complices membres de la cellule, sont des récidivistes et ont déjà été impliqués dans des faits liés au terrorisme, tels que l'apologie ou l'enrôlement et l'exportation de combattants jihadistes. L'Emir lui-même a été condamné en 2014 à 4 années d'emprisonnement avant que cette peine ne soit réduite par une juridiction, à 1 an. Libéré en 2015, il a poursuivi ses activités, dans une grande discrétion. On connaît le résultat.

L'idéal, selon l'un de nos interlocuteurs, serait des peines plus sévères, avec possibilité de libération anticipée en cas de déradicalisation et de révision idéologique avérées.

 

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A.E.H.
Le 4 janvier 2019 à 18h49

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