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La nouvelle politique américaine en Afrique menace-t-elle l'avenir de la Minurso?

Lors d’une allocution, le 13 décembre dernier, devant le think tank Heritage Foundation, John Bolton, conseiller présidentiel à la sécurité nationale aux Etats-Unis, a remis en cause l’utilité du financement américain des missions de maintien de la paix en Afrique. Après avoir qualifié d’inefficace la gestion de la Minurso, il a affirmé que son administration allait désormais corréler ses financements onusiens aux résultats de ces forces dans la résolution des conflits. Selon des sources marocaines, ces nouvelles déclarations ne changeront rien à la position américaine sur le dossier du Sahara.  

La nouvelle politique américaine en Afrique menace-t-elle l'avenir de la Minurso?
Samir El Ouardighi
Le 17 décembre 2018 à 17h06 | Modifié 17 décembre 2018 à 17h06

Que faut-il penser des critiques de John Bolton sur l’inefficacité des forces de maintien de la paix en Afrique, dont la Minurso, qui seraient « financées à perte avec l’argent du contribuable américain » ?

Sachant qu’il est à l’origine de la résolution ayant fait passer le mandat de la Minurso de 1 an à 6 mois, doit-on y voir un changement de position politique voire une menace américaine contre le Maroc ? Et si tel était le cas, est-ce vraiment grave?

« Rien de nouveau, simple confirmation d’une promesse de campagne de Trump »

Contactée par Médias24, une source diplomatique affirme que cette annonce n’est pas nouvelle et n’augure aucun changement car elle n’exprime qu’une frustration face à des dépenses sans résultats.

Malgré notre insistance, notre interlocuteur, très prudent, ne nous en dira pas plus et refusera de qualifier le discours du Conseiller à la sécurité nationale de non-événement ou de sans-conséquence.

N’étant pas soumis aux mêmes obligations de réserve diplomatique, l’expert en géostratégie El Moussaoui El Ajlaoui sera plus disert sur les ressorts de la nouvelle politique américaine en Afrique.

«Comme l’a dit votre source diplomatique, il n’y a rien de nouveau sachant que dans son programme à l’élection présidentielle, le candidat Trump avait insisté sur l’argent perdu par ses concitoyens en finançant les opérations de maintien de la paix par l’ONU.

Vidéo: l'intervention de John Bolton

Bolton n’a fait que pointer du doigt l’inefficacité de ces forces en Afrique en l’illustrant du dossier du Sahara qu’il connaît bien sachant qu'il a travaillé avec l’ex-envoyé spécial James Baker sur ce conflit.

L’administration actuelle considère que les USA ont donné beaucoup trop d’argent aux budgets de fonctionnement des forces de maintien de la paix auxquels ils contribuent à hauteur de 30%.

Selon elle, sa contribution n’a plus lieu d’être devant la croissance de la présence économique, financière et même militaire de pays adversaires voire ennemis comme la Russie, la Chine et la France.

Ainsi, en finançant la paix dans certains pays africains, les USA enrichissent leurs concurrents. A l’approche de l’élection de 2020, Trump va enfourcher ce cheval de bataille pour convaincre ses électeurs de voter de nouveau pour lui.

Avec ou sans les USA, la Minurso continuera à travailler

Même si Bolton a cité la Minurso, le Maroc n’a pas forcément à craindre une dissolution de cette force, car son budget est de 52 M$ pour 421 employés alors que ceux de la Monusco (Congo) ou de la Minusca (Centrafrique) sont de 900 M$ pour 14.000 soldats chacune.

La déclaration du secrétaire à la sécurité nationale n’est pas une position ou un changement de position sur le conflit du Sahara. Dans les faits, c’est même l’inverse sachant que pour la 1ère fois de l’histoire de ce conflit, l’administration Trump l’a repositionné de conflit bipartite à régional.

Pour résumer, les allégations de changement de politique américaine vis-à-vis de l’Afrique expriment une position économique vis-à-vis de l’ONU et pas du tout politique à l’égard du Maroc. Rien n'annonce donc un changement de la politique américaine sur le dossier du Sahara.

C’est donc un non-événement car c’est un simple problème entre l’ONU et l’administration Trump qui souhaite mettre fin à l’hégémonie d’intérêts de certains pays sur le continent africain.

Pour mieux comprendre les ressorts de la démarche américaine, il est utile de rappeler que lors d’une récente visite en Russie, le président de la République centrafricaine a accepté l’installation d’une base militaire russe dans son pays en échange d’armes russes. Les Américains ont dénoncé ce rapprochement alors qu’ils financent 30% des 900 M$ que coûte chaque année la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca).

Il y a peu de chances que la Minurso s’en aille, car l’Est du mur pourrait se transformer en pépinière du crime organisé et des groupes djihadistes façon Etat islamique », conclut notre expert marocain en géopolitique qui ajoute que si les USA ne veulent plus la financer, cette force pourra fonctionner avec un budget réduit car son rôle n’est plus d’organiser un référendum mais plutôt de garantir un cessez-le-feu.

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Samir El Ouardighi
Le 17 décembre 2018 à 17h06

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