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ECONOMIE

Le potentiel de touristes chinois au Maroc vu par des opérateurs des deux pays

L’année 2017 a enregistré 118.000 arrivées en provenance de Chine contre 16.000 en 2016. La levée des visas marocains explique cette forte croissance. Cependant, deux opérateurs, spécialisés dans l’accueil des Chinois, pointent du doigt le manque de promotion et la multitude d’intermédiaires clandestins qui empêchent de fidéliser et de pérenniser cet énorme marché. 

Le potentiel de touristes chinois au Maroc vu par des opérateurs des deux pays
Samir El Ouardighi
Le 17 janvier 2018 à 16h39 | Modifié 11 avril 2021 à 1h25

Le tourisme extérieur explose littéralement en Chine. Avec ses 120 millions de touristes annuels dont 30 millions empruntent des vols long-courriers, ce pays est le 1er pourvoyeur de touristes au monde.

Depuis la suppression des visas pour les Chinois désirant se rendre au Maroc, le Royaume capte une part croissante de ces visiteurs qui voyagent le plus souvent dans le cadre de destinations combinées.

Selon un professionnel marocain associé avec un opérateur du centre de la Chine, le volume d’arrivées devrait être exponentiel si les autorités prennent enfin conscience du potentiel.

Un marché appelé à exploser dans les 3 prochaines années: 500.000 visiteurs en 2019?

«En France, ce marché est déjà mature (1,8 million) avec un taux de croissance compris entre 5 et 10% par an. Pour le Maroc qui est une nouvelle destination, on peut arriver à 50% par an», prédit Fayçal Zeghari, propriétaire de l'agence "VTA Travels" spécialisée dans le réceptif de ce marché d’avenir.

Malgré son optimisme, notre interlocuteur souligne l’absence de dessertes aériennes directes et surtout de promotion institutionnelle qui freinent le développement des arrivées chinoises au Maroc.

«Tous les agents de voyage interrogés confondent encore Monaco et le Maroc et cela montre une vraie méconnaissance de notre pays. Si l’ONMT faisait un effort pour nous faire connaître dans les médias chinois, et que l’on renforce les liaisons aériennes avec des compagnies du Golfe, on pourra atteindre 500.000 visiteurs à la fin de l’année 2019», avance l’expert en communication touristique.

Son associé Bao Zhiwei qui se lance à la conquête du marché marocain avec son agence "Petit Prince Travels" installée en Chine, confirme que la destination marocaine est en train d’exploser mais souligne plusieurs problèmes qui freinent son futur essor.

Des intermédiaires peu scrupuleux qui risquent de plomber la destination

«On n’arrive pas à la présenter comme haut de gamme car beaucoup de gens la vendent à des prix défiants toute concurrence et la présentent comme bon marché. Plusieurs clients ne comprennent d’ailleurs pas que le Japon (à 3 heures de vol) est plus cher que le Maroc qui est à 15 heures d’avion.

«Malgré la distance, la destination marocaine est à la portée de nombreux Chinois car les tarifs d’un séjour all-inclusive de 10 jours sont compris entre 1.000 et 5.000 euros. A ce prix, ils ont droit à un circuit qui comprend le désert et Chefchaouen. Marrakech est peu connue mais ils connaissent tous la ville bleue, sans savoir qu’elle se trouve au Maroc», explique l’agent de voyages chinois .

Il poursuit que la majorité des voyages sont organisés par des agences chinoises en ligne, des Chinois «clandestins» installés au Maroc et quelques agences chinoises qui ont ouvert leurs portes à Casablanca comme AMC (amitié Maroc-Chine) qui ont tous investi le créneau entrée de gamme.

«Tout cela montre que les Marocains ne font pas de promotion sur ce marché et que ce sont les Chinois qui font le job. Il y a quelques agences locales qui travaillent avec des opérateurs chinois mais l’essentiel se fait par des clandestins venus au Maroc au lendemain de la levée des visas pour profiter de cette niche. Même s’ils ont accompli un travail de locomotive, ce sont des opportunistes qui cannibalisent les offres vers le bas. Leur créneau est le prix le plus bas avec une qualité médiocre de services qui n’encourage pas leurs clients à revenir ou à dire du bien du Maroc», dénonce le directeur de VTA Travels.

«Ils négocient les prix les plus bas dans les hôtels et avec les transporteurs qui organisent les circuits. La plupart des autres opérateurs sont dans l’illégalité et surtout ne sont pas attachés à la destination car ils fonctionnent sur des opérations one-shot sans taux de retour significatif.

«Pour eux, leurs clients vont tenter le Maroc et peu importe si la nourriture ou l’hébergement n’est pas à la hauteur de leurs promesses. Sur Ctrip (site chinois), vous avez des offres à 1.000 euros pour un séjour de 9 jours en all-inclusive pour Casablanca, Fès et Marrakech. Comment voulez-vous fidéliser les touristes chinois avec des tarifs qui encouragent la médiocrité en termes de qualité.

«Le problème est que ces offres séduisent les Chinois et qu’au bout du compte, ces clients insatisfaits ne reviendront jamais et qu’ils feront une très mauvaise publicité à notre destination. Ces opérateurs clandestins vendent à perte et se rattrapent chez des bazaristes avec qui ils sont de mèche pour négocier des marges indues et racketter leurs clients. Si les autorités et les professionnels ne travaillent pas sur ces problèmes, cela freinera l’essor de ce marché au Maroc. L’effet de nouveauté va durer 3 ou 4 ans, mais après, l’image du pays prendra un coup», s’inquiète Zeghari.

Pour inscrire la destination marocaine dans l’agenda de ce gigantesque marché émetteur, il convient avant tout, selon nos deux interlocuteurs, de présenter sur place aux opérateurs chinois les potentialités du Royaume puis d’investir les réseaux sociaux dont les chinois sont très friands.

Manque de réactivité des autorités touristiques

«Comme Google et Youtube sont interdits en Chine, il est impossible pour les agences de voyages et les clients potentiels de trouver des informations sur le Maroc. Hormis le bureau de l’ONMT à Pékin, le reste du pays n’a pas accès à de la documentation dédiée. Les autorités marocaines n’ont pas compris que la Chine n’est pas un pays mais un continent qu’il faut investir région par région.

«Elles doivent contrôler ce qui se passe car les Chinois ne veulent pas se retrouver en concurrence avec des clandestins installés au Maroc qui cassent les prix sur le réceptif», précise notre interlocuteur qui pense qu’au moins 50% des 118.000 arrivées chinoises de 2017 sont venues par le biais d’intermédiaires non déclarés.

«Les Marocains n’ont pas mis en place des prestations spécifiques pour ce type de clientèle alors qu’un Chinois est très friand de shopping et dépense beaucoup. Si les galeries Lafayette ont créé un service dédié d’accueil et de détaxe, le Morocco Mall n’a toujours pas saisi le filon», s’interroge Zeghari.

Son partenaire pense que le potentiel est énorme mais que si rien n’est fait, les articles parus sur le réseau social WeChat, utilisé par 90% des internautes chinois, vont finir par décrédibiliser cette destination.

«Aujourd’hui, tout se passe en ligne en Chine car ceux qui désirent voyager consultent en priorité les pages dédiées sur WeChat, équivalent de Facebook. Pour s’informer, ils passent plusieurs heures par jour sur leur téléphone pour consulter ce réseau social qui a pris le relais de la presse et de la télévision. Sur leur mur d’actualité, ils disposent de toutes les informations en fonction de leurs centres d’intérêt dont les voyages occupent une grande partie. WeChat leur permet d’obtenir des informations, de commander et payer leurs achats et de dialoguer. Ce mélange de Paypal, WhatsApp et de Facebook est devenu indispensable dans la vie quotidienne des Chinois qui sont extrêmement sensibles aux commentaires positifs ou négatifs sur une destination touristique" (ci-après, une capture d'écran d'un commentaire assassin sur l'honnêteté des transporteurs marocains).

Le potentiel de touristes chinois au Maroc vu par des opérateurs des deux pays

"Malheureusement ni l’ONMT ni la RAM, ni le ministère du Tourisme n’ont de page dédiée alors que près d’un milliard de Chinois sur 1,4 MM y sont connectés. De ce côté-là, le Maroc est complètement déconnecté alors que les clandestins l’ont investi massivement pour obtenir des commandes et se faire payer leurs prestations», conclut Zhiwei qui ajoute qu’hormis la promotion, le Maroc doit absolument proposer des packages de qualité avec des hôtels de charme, des menus marocains de qualité, des guides parlant mandarin …

Pour cet opérateur, si la RAM ouvrait une liaison directe entre Pékin et Casablanca, le nombre d’arrivées chinoises augmenterait du jour au lendemain d’au moins 30% mais d’après nos informations, la compagnie nationale n’a pas prévu cette éventualité avant au moins 3 ou 4 ans.

Tout en luttant contre les clandestins, les Marocains gagneraient à privilégier ce marché émergent en mettant l’accent sur la promotion (médias et réseaux sociaux) et en ouvrant de nouveaux partenariats avec des compagnies étrangères du Moyen-Orient ou d’Europe pour desservir le Maroc. 

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Samir El Ouardighi
Le 17 janvier 2018 à 16h39

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