Maroc. Pourquoi le prix des cigarettes premium américaines n’a presque pas augmenté en 10 ans?
Chaque année, le prix du tabac américain est revu à la hausse dans le monde pour prévenir les graves maladies dont il est la cause. Mais malgré cette taxation croissante, le Maroc conserve un des prix de vente les plus bas de la planète. Médias24 a donné la parole à plusieurs intervenants pour comprendre les raisons de cette stagnation qui va à l’encontre de la tendance mondiale.
Avec 7 millions de fumeurs dont 500.000 mineurs, le Maroc est considéré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme un des plus grands consommateurs de tabac au monde (20% de la population).
Contrairement aux marques de tabac brun qui ont connu récemment une hausse de 10 à 30%, les prix des paquets de Marlboro et de Winston (les plus vendus dans le pays), compris entre 32 et 33 DH, n’ont presque pas bougé depuis près de 10 ans (10% en une décennie).
Alors que partout ailleurs, ces paquets se vendent pour l'équivalent de 50 et 120 DH, l'Etat n'a pas augmenté les taxes intérieures à la consommation (mixtes: ad valorem basées sur le prix et spécifiques) qui ramènent à ses caisses 9,5 MMDH par an.
Nouvelles taxes = explosion de la contrebande?
Au Maroc, le poids des TIC représente 70% du prix payé par le consommateur final, mais il faut rappeler qu’en Europe et au Canada, ce coût atteint presque 90% du coût du paquet.
Ce niveau de taxation a d’ailleurs été jugé insuffisant par un rapport de l’OMS. L'organisation avance qu’il participe à accroître «l’épidémie du tabac» au Maroc.
Interrogée par Médias24 sur cette stagnation, une source proche du ministère de l'Economie et des Finances affirme, études à l'appui, que l’augmentation du prix final dans le circuit légal ferait automatiquement exploser les ventes des cigarettes de contrebande dans la rue et baisser celles des bureaux de tabac.
Selon elle, la baisse des ventes légales entraînerait de facto une baisse des recettes fiscales et ne changerait rien au niveau de consommation des Marocains qui se tourneraient vers des produits moins chers et de plus mauvaise qualité (périmés ou très mal conservés), sans compter l'impact social sur les réseaux de distribution.
"Si le Maroc augmente les prix, l’Algérie l’inondera de ses cigarettes"
Interrogé à son tour, Ghassan Khaber, directeur des affaires publiques de la SMT (filiale d’Impérial Tobacco, distributeur de la marque Marquise, la plus vendue au Maroc) confirme que les cigarettes américaines vendues au Maroc, comme en Algérie, ont un niveau de prix parmi les plus bas de la planète.
"Le Maroc ne peut pas augmenter fortement la fiscalité sur les cigarettes car il faudrait qu’il soit entouré de voisins qui ont la même pratique. Or, l’Algérie et la Mauritanie ont une fiscalité moindre qui leur permettrait le cas échéant d’inonder le marché marocain de leurs produits à bas prix. Ainsi, le paquet de Marlboro coûte 20 dirhams en Algérie contre 33 chez nous car le tabac est taxé à 50% contre 70% chez nous.
"Si le ministère des Finances augmente les taxes et fait par exemple passer le paquet de 33 à 50 dirhams ou plus pour des raisons de santé, les opérateurs devront s’aligner mais il faudrait que l’Etat mette en place une politique efficace de lutte contre la contrebande pour préserver le marché" précise notre source qui rejoint la thèse officielle, en ajoutant que la hausse de la fiscalité en Irlande a entraîné l’explosion de la contrebande qui représente désormais 50% du marché.
"Aucune urgence sanitaire malgré 7 millions de fumeurs"
Cette explication est réfutée par un très haut commis de l’Etat, requérant l’anonymat, qui avance que le phénomène de contrebande au Maroc touche aussi l’alcool qui n’a pourtant pas été épargné par les hausses successives de la taxe intérieure de consommation.
"L’argument du ministre ne tient pas la route car même si le volume des ventes de paquets diminue, la baisse des recettes fiscales sera compensée par la hausse des TIC dans le prix payé par le consommateur final.
"La vérité est que tous les ministres successifs des Finances n’ont jamais voulu prendre de risques et ne se sont jamais préoccupés du problème sanitaire que pose la consommation de tabac. Malgré la contrebande qui la touche aussi, la France va augmenter les prix (de 7 à 10 euros en 2020) en allouant une partie des nouvelles recettes fiscales au budget du ministère de la Santé pour faire face aux problèmes sanitaires dus au tabagisme (cancer du poumon, affections respiratoires …)", dénonce notre source qui ajoute que tout vient d’un manque de volonté politique et tient à rappeler que la loi n ° 15-91 relative à l'interdiction de fumer dans les lieux publics n’a jamais été appliquée.
Si pour l’OMS, l’augmentation croissante du prix du tabac fait baisser sa consommation dans le monde, la stagnation au Maroc, même justifiée par des considérations fiscales ou par un désir de lutter contre la contrebande, encourage ce fléau sanitaire qui a encore de beaux jours devant lui.
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