Séjours italiens de Zaghba: la communauté musulmane craint un retour de bâton
"Tout ça n'a rien à voir avec l'islam, c'est l’œuvre de fous". Les musulmans de la région de Bazzano, près de Bologne, craignent que les courts séjours italiens de Youssef Zaghba, coauteur de l'attentat de Londres, ne nuisent à l'image de leur communauté.
"Cela ne va pas arranger les choses, alors que depuis longtemps déjà les gens font l'amalgame entre musulmans et terrorisme", explique à l'AFP l'imam de Bazzano, Mohamed Ben Salem.
"Si ce jeune homme avait été résident en Italie, s’il était venu fréquenter notre mosquée, il n’aurait jamais eu de telles idées, jamais!" lance ce Tunisien de 37 ans.
A Bazzano, localité proche de Fagnano, où le jeune Youssef Zaghba a séjourné l'an passé chez sa mère, quelques centaines de pratiquants viennent régulièrement prier dans une salle aménagée dans un bâtiment industriel.
En plein ramadan, ils sont une poignée à arriver en début d'après-midi, et ceux qui acceptent de répondre aux questions se disent tous inquiets des conséquences négatives que pourrait avoir cette affaire sur leur communauté.
"Oui, cela peut nous causer du tort, alors qu'on a mis des années à construire une relation de confiance avec la population", se lamente Bahi Cherkaouin.
"Des gens on fait des sacrifices pour créer cet endroit, certains donnent chaque mois 50, 100 ou 200 euros pour le faire vivre, pour payer l'imam, parce que les autorités locales ne nous donnent rien", explique ce Marocain de 59 ans.
"Ce Youssef Zaghba, on ne le connaît pas, car il n’est jamais venu ici. Il vivait avec son père à Fès car ses parents sont séparés. Et c’est du Maroc qu’il a contacté des gens qui ne savent vraiment rien de l’islam", ajoute-t-il.
Les pratiquants déplorent aussi l'image négative donnée par le parcours de la mère du jeune homme, une Italienne convertie à l'islam il y a plus de vingt ans, "battue et répudiée au Maroc par son mari", selon ce qu'a raconté sa tante à la presse.
"Vides à l'intérieur"
Devant l'entrée de la salle de prière, l'imam Mohamed Ben Salem assure qu'il faut continuer à expliquer ce que sont "les vraies valeurs de l'islam, que trop de gens ignorent encore".
"Nous, nous appelons inlassablement les gens à venir nous voir, à participer à nos portes ouvertes, parce que c'est l'ignorance qui conduit à ces actes de terrorisme qui sont l’œuvre de fous", explique-t-il.
"Ces jeunes qui se font exploser, qui tuent aveuglément des innocents, sont vides à l'intérieur et ne comprennent rien à ce qu'est notre religion", ajoute l'imam.
Il dit aussi encourager les pratiquants à signaler aux autorités tout signe qui pourrait laisser penser que l'un d'eux est entré dans une phase de radicalisation, "comme la consultation de vidéos et de sites islamistes".
Inaugurée en 2004, la salle de prière de Bazzano avait été accueillie par quelques polémiques au sein de la population locale, avant de se faire oublier.
Dans un bar voisin, un riverain qui habite là depuis l'enfance raconte qu'il n'a jamais entendu parler d'un quelconque problème avec la communauté musulmane : "je les vois souvent passer le soir par groupes (...) pour se rendre à la prière, mais je n'ai entendu parler d'aucun problème".
Le propriétaire de l'établissement s'agace quant à lui du bruit que certains font la nuit en période de ramadan lorsqu'ils finissent la soirée en jouant au football avec des bouteilles vides..."Rien de bien méchant", concède-t-il toutefois aussitôt.
L'Italie compte environ 1,4 million d'habitants de confession musulmane, selon les experts. Toutefois la deuxième religion du pays, après le catholicisme, n'est pas reconnue comme une religion officielle.
Au cours des cinq premiers mois de l'année 2017, l'Italie a expulsé préventivement 49 étrangers soupçonnés de liens avec l'islamisme radical, et un total de 181 depuis 2015. Youssef Zaghba, qui a grandi au Maroc, n'entrait pas dans ce cas de figure puisqu'il avait la nationalité italienne de sa mère.
(Avec AFP)
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