Débat. Pour ou contre la réhabilitation de la coupole Zevaco à Casablanca?
Le projet de réhabilitation de la coupole Zevaco est en cours. Son aboutissement est prévu pour mars 2018. Quelques transformations seront apportées par l’architecte Souad Belkeziz. Trois architectes de renom donnent leur avis sur ce projet.
La coupole est l’œuvre de l’architecte français Jean-François Zevaco, qui a passé la quasi-totalité de sa vie à Casablanca et qui compte également à son actif la station thermale de Sidi Harazem, l’aérogare de Tit Mellil, le tribunal de Mohamedia, le groupe scolaire Georges Bizet… Zevaco fut, et reste grâce à son oeuvre, un monstre sacré de l'architecture du XXe siècle au Maroc.
On raconte que cet architecte a été déçu par les échos favorables qu’a reçue son œuvre, lui qui espérait en faire une sorte d’OVNI, une œuvre d’art que lui seul pouvait apprécier… Faire l’unanimité était pour lui un signe d’échec qui l’a poussé à renier son œuvre, selon des témoignages de personnes qui l’ont côtoyé.

On raconte également que c’est le défunt Roi Hassan II qui était à l’origine de l’enlèvement de la résine multicolore qui habillait la coupole mais qui était difficile à nettoyer. La structure est donc devenue ouverte, puis repeinte par la suite en vert et rouge, couleurs du drapeau national. Cet épisode a complètement dénaturé l’œuvre.

La partie éclairage sera revue par le projet en cours. Ce chantier sera coordonné avec la Lydec qui prépare un schéma directeur éclairage public pour toute la ville. En parallèle, la structure sera couverte d’une membrane en ETFE (éthylène tétrafluoroéthylène). Il s’agit d’un matériau résistant, plus léger que le verre et capable de transmettre de manière plus efficace la lumière.
Trois architectes reconnus ont accepté de nous donner leur appréciation du nouveau projet.
Omar Alaoui (parmi ses références: le Grand Théâtre de Rabat –avec Zaha Hadid-)
"A l’époque de Zevaco, la fonction première du projet était d’assurer le franchissement à travers le passage souterrain, la place connaissant depuis toujours un important trafic de voitures. Il fallait donc créer un passage piéton souterrain pour palier l’absence d’un passage piéton en surface. Ce fut une réponse à un besoin du moment.
"Sa fonctionnalité a changé avec le temps et l’arrivée du tramway. La place est devenue un lieu de vie. La réponse apportée par l’architecte Souad Belkeziz est appropriée aux rebondissements qu’a connus la place.
"Le nouveau projet ne touche pas à la coupole qui avait une double fonctionnalité: couverte pendant l’hiver et ouverte durant l’été. Transparente, elle permettait d'éclairer naturellement le passage souterrain qui faisait le lien entre les deux côtés de l’avenue. Elle gardera ce côté lumineux dans le nouveau projet qui agira sur la fonctionnalité de la place et non pas sur l’œuvre.

Aziz Lazrak - lauréat du prix Aga Khan en 1986-
"Je suis abasourdi, déçu par le projet de réhabilitation. Encore une fois, des occasions seront ratées comme fut le cas pour l’identité visuelle de Casablanca.
"Plusieurs erreurs sont commises en marge de l’aménagement de la place pour accueillir le tramway. Tout le mobilier urbain qui a été mis en place a été saccagé. Les jardinières, les banquettes, les balustrades, etc. ont été vandalisées.
"L’équipement mis en place n’est pas adapté. C’est un constat. Et au lieu de rectifier le tir, on reproduit les mêmes erreurs. Un plan d’eau est également envisagé et se transformera au fil des jours en dépotoir.
"La coupole en elle-même n’est qu’un objet qui, par ailleurs, n’est pas une œuvre majeure de Zevaco. Le défi consiste à restructurer le nœud routier et retravailler tout ce qu’il y a autour.
"J’ai bien connu cette coupole. Elle a été faite en polyester qui a mal vieilli et c’est pour cela qu’on l’a enlevé. Il fallait trouver des solutions durables. Mais la façon dont elle sera habillée n’a pour moi aucun sens.
"Cette place changera complètement de physionomie. La coupole qui était isolée se retrouve aujourd’hui au milieu d’un trafic. Elle n’est plus à sa place. Tout cela manque de réflexion sérieuse".
Rachid Andaloussi (président de Casamémoire).
"C’est une bonne chose que de commencer à s’intéresser au patrimoine et à sa réhabilitation.
"Je ne suis ni radical, ni extrémiste quand il s’agit de réhabilitation, une notion qui concentre de nombreux aspects: mise à niveau, reconnaissance du passé… On peut se tromper sur les choix de mener un projet en termes de couleur, d’esprit général, mais le principe est bon.
"Je ne sais pas ce qu’en penserait Zevaco s’il était encore de ce monde. Mais c’est l’architecte choisi qui a son mot à dire.
"Ce qui compte c’est l’harmonie générale, le côté esthétique, le résultat final.
"Prenons le cas de l’opéra de Lyon rénové par l’architecte Jean Nouvel. Ce dernier a conservé les façades néo-classique du XIXeme siècle en ajoutant une calotte de verre demi cylindrique au sommet, élevant ainsi le bâtiment à 42 mètres du sol. Le résultat a été harmonieux, beau et le travail de Jean Nouvel a fait le tour du monde.
"A partir du moment où la beauté de l’œuvre n’est pas altérée, tout reste possible en architecture".
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