Patrimoine architectural: Aucun bâtiment n’est protégé à Mohammedia
A Mohammedia, l’immeuble du Parc, en cours de démolition, ne figure pas dans le répertoire du patrimoine national. Et pour cause: une autorisation de reconstruction le concernant a été délivrée par la municipalité avant que la demande d’inscription du bien ne soit déposée. D’autres bâtiments pourront emboîter le pas à l’immeuble du Parc, puisqu’aucun ne figure dans le répertoire national du patrimoine.
La semaine dernière, une pétition circulait sur les réseaux sociaux appelant à participer à un sit-in devant l’immeuble du Parc à Mohammedia pour protester contre les travaux de démolition en cours.
Considéré comme un bâtiment emblématique symbole de l’identité balnéaire de Fédala, la décision de le raser a soulevé un tollé parmi les défenseurs du patrimoine immobilier.
Seulement, quand un bien immobilier n’est pas inscrit au registre national du patrimoine, il est possible de reconstruire un autre à la place, sans être tenu de sauvegarder la façade ni de respecter le cachet architectural du projet authentique. Et c’est exactement ce qui est en train de se passer pour l’immeuble du Parc.
"Quand la demande de l’inscription de cet immeuble nous est parvenue il y a deux ans de cela, et après vérification, nous avons constaté qu’il a fait l’objet d’une autorisation de reconstruction de la part de la municipalité de Mohammedia", nous explique Youssef Radi Alaoui, de la direction du patrimoine au ministère de la Culture.
Ce département siège dans la commission tripartite aux côtés de l’Intérieur et de l’Urbanisme et qui se prononce sur les demandes d’inscription au registre.
Mohammedia sans protection
"En février 2016, un dossier a été déposé auprès de l’Unesco pour protéger tout le secteur où se trouve l’immeuble du Parc. Il a été retiré par la suite par le Maroc", nous déclare sous couvert d’anonymat un professeur à l’Ecole nationale d’architecture de Rabat. Une information que nous n’avons pas pu confirmer.
"Dans ce dossier, il a été demandé une protection forte pour l’ensemble du patrimoine balnéaire englobant le Casino ainsi que toutes les villas du secteur pour les protéger contre l’invasion immobilière, d’autant plus qu’au début de l’avenue du Parc, il y a déjà un immeuble R+9", ajoute-t-il.
"Il s’agit des rares villes à la fois de pêcheurs et disposant d’une casbah datant du 18e siècle. Lyautey avait demandé à l’architecte Erwin Hinnen qui travaillait sur des projets à Casablanca de construire aussi un port industriel et de pêcheurs à Fédala. Cette ville balnéaire a gardé ses titres de noblesse jusqu’à l’indépendance. Après, le Sphinx a été fermé, puis le Casino... L’ensemble est resté fermé sauf le Sphinx rouvert en 2016. Le côté balnéaire a été abandonné pour ne garder que le côté industriel avec la Samir. Les promoteurs immobiliers se sont occupés du reste en construisant une ville monstrueuse", poursuit cet architecte.
Quoi qu’il en soit, le résultat est qu’aujourd’hui aucun bâtiment n’est protégé dans cette ville. L’information nous est confirmée aussi bien par le ministère de la Culture que par des architectes.
Selon l’actuelle loi, toute demande d’inscription doit émaner d’un tiers, une association, la commune… Le ministère de la Culture n’est pas habilité à le faire. A Casablanca par exemple, 82 édifices ont été classés à l’initiative notamment de l’association Casa mémoire.
Un nouveau projet dans le pipe
Un avant-projet de loi est au SGG. Il devra remplacer la loi n° 22-80 sur la conservation des monuments historiques et des sites, des inscriptions, des objets d’art et antiquités.
Il donnera au ministère de la Culture la possibilité de proposer l’inscription et la protection d’édifices. «L’inscription des biens culturels immobiliers au registre national de l’inventaire est prononcée par arrêté de l’autorité gouvernementale en charge de la Culture, après avis de la commission nationale du patrimoine culturel, sur sa propre initiative, ou à l’initiative du propriétaire du bien concerné ou de toute personne physique et morale y ayant intérêt», selon l’article 10 de cet avant-projet de loi.
Il prévoit des dispositions financières et des mesures fiscales pour accompagner le travail de protection. "C’est le grand vide de l’actuelle loi", selon Rachid Andaloussi, président de Casa mémoire.
L’avant-projet de loi stipule que si le département de la Culture le juge nécessaire, "les propriétaires privés des biens culturels immobiliers qui entreprennent des travaux de sauvegarde, de restauration, de réhabilitation, de conservation et de mise en valeur de leurs biens peuvent bénéficier d’aides financières directes ou indirectes des organismes publics".
Cette aide est de 30% au minimum du coût des travaux exécutés et approuvés pour la consolidation, le confortement et/ou de gros œuvres. En cas de restauration et de réhabilitation, le taux de participation est plafonné à 50% du coût total. Le tout est exonéré de la TVA.
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