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CULTURE

Un mémoire sur la dette marocaine et le Protectorat dirigé par Thomas Piketty

La dette marocaine est un sujet paradoxal, "à la fois connu et peu étudié" remarque Adam Barbe, étudiant à l'École d'économie de Paris et auteur d'un mémoire; "Dette publique et expansionnisme européen au Maroc, de 1860 à 1956", codirigé entre autres par le très célèbre économiste Thomas Piketty, soutenu cet été 2016.

Un mémoire sur la dette marocaine et le Protectorat dirigé par Thomas Piketty
Jules Crétois
Le 5 octobre 2016 à 15h56 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

Le travail universitaire revient sur quelques faits connus (la difficulté à collecter l'impôt par le sultan par exemple) mais aussi sur des épisodes moins souvent mis en avant, comme le rapprochement entre le Quai d'Orsay français et les banques du même pays. Mais surtout, il détaille l'aggravation de la crise économique au tournant du siècle, entre dépréciation de la monnaie et déficit de la balance commerciale.

Pour bien comprendre la vie économique marocaine de la période, l'auteur prend même des exemples inattendus, comme les relations économiques entre le Maroc et le Japon dans les années 1930.
Au fil des pages, se dessine un pays qui peine à sortir la tête de l'eau, tenu par des accords contraignants, l'obligeant à une internationalisation difficile: "Le Maroc était presque le seul pays dans le monde avec un tel système d'échange ouvert à ce moment-là, et pendant la Grande dépression. Cela contrastait particulièrement avec la tendance générale au protectionnisme. Cela a empêché ensuite toute tentative d'industrialisation et a nui à la production locale."

Mais Barbe ne se cantonne pas à sonder le processus qui amène à l'endettement. Comme il l'écrit, il "s'efforce également d'éclairer les implications politiques de la dette. Elle a engendré en particulier l'émergence de nouvelles institutions et la modification durable des rapports de force au sein de l'économie marocaine".

En effet, "la plus grande partie de la dette marocaine a été consacrée à investir dans les infrastructures marocaines". Et cette dette "modifie l'équilibre des forces en faveur des acteurs spécifiques au sein d'une économie qu'ils sont alors en mesure de façonner", remarque le jeune chercheur. Qui revient sur des entreprises comme Génaroc, la Compagnie générale du Maroc, bras armé de Paribas au Maroc, ou encore Énergie électrique du Maroc, elle aussi tenue par Paribas et qui jouissait du monopole de la production énergétique.

On peut jeter uncoup d'oeil au mémoire ici.

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Jules Crétois
Le 5 octobre 2016 à 15h56

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