Abdeslam El Aziz (CNI/FGD): “Nous espérons ressusciter la gauche marocaine”
Le Congrès national Ittihadi est une des composantes de la Fédération de la gauche démocratique. Son secrétaire général revient pour Médias 24 sur les enjeux stratégiques de cette alliance qui pourrait, selon lui, bouleverser l'échiquier politique marocain dans les années à venir.
Créé en 2001 par Noubir Amaoui, secrétaire général de la Confédération démocratique du travail (CDT), après une scission avec l’USFP, le Congrès national ittihadi (CNI) attire moins les médias que le Parti socialiste unifié (PSU), unique parti marocain à être dirigé par une femme, Nabila Mounib.
C'est pourtant aux côtés de ce dernier et du Parti d’avant-garde démocratique socialiste (PADS), que le CNI a fondé la Fédération de la gauche démocratique (FGD), et est donc partie prenante du scrutin législatif du 7 octobre prochain. L'enracinement du CNI dans le monde syndical en fait d'ailleurs une force importante de la Fédération.
Abdeslam El Aziz, secrétaire général du CNI, est tête de liste de la FGD dans la circonscription de Hay Bernoussi à Casablanca, n'est pas là pour faire de la figuration et tient à le prouver.
Dans sa circonscription, il est soutenu par une centaine de militants et bénévoles qui battront le pavé au premier jour de la campagne électorale. Et il se dit d'ores et déjà assuré de décrocher son investiture à la Chambre des représentants.
Dans l’attente de recevoir son récépissé définitif de candidature, il prépare une campagne basée essentiellement sur le porte-à porte, le mailing, le phoning et des capsules vidéos partagées sur les réseaux sociaux, destinées à convaincre les nombreux abstentionnistes de voter pour sa liste.
"En nous présentant à ce scrutin, nous voulons faire en sorte que la gauche reste un acteur principal du champ politique. Notre alliance a pour objectif de ressusciter cette force qui était une pépinière d’idées et de cadres. Sans naïveté aucune, je pense que la FGD dispose des compétences pour y arriver".
Selon lui, la FGD présente un programme commun totalement différent de ceux du PPS et de l’USFP, devenus à ses yeux de simples auxiliaires du PJD ou du PAM.
"Face à ce constat, nous avons décidé de travailler ensemble pour un projet de société totalement différent, basé sur les libertés individuelles et collectives. Contrairement aux autres partis de gauche devenus ultra-libéraux, la FGD considère que l’Etat doit garder une place centrale dans l’Education et la Santé, car les Marocains ne veulent plus de la marchandisation des services publics", précise-t-il.
Pour financer des services sociaux de qualité et réduire les inégalités, le candidat veut accroître les recettes fiscales de l’Etat en taxant ceux qui n’investissent pas leur fortune dans l’économie.
Notre interlocuteur poursuit que ce programme économique basé sur l’égalité fiscale rencontre un écho favorable chez les intellectuels, mais surtout auprès des classes moyennes et laborieuses.
Concernant certaines critiques sur leur programme économique socialiste, largement axé sur la taxation du secteur privé, El Aziz répond que les entreprises ne sont pas un ennemi à abattre pour une FGD qui ne raisonne plus en termes de lutte des classes.
"Il y a un problème au niveau de notre perception ou peut-être de notre communication. Nous n’avons rien contre les entrepreneurs qui respectent les règles du jeu (droit commercial, fiscalité…) mais ils sont malheureusement rares, car une grande partie du PIB marocain n’est pas imposée".
A la question de savoir pourquoi le programme économique de la FGD n’a pas chiffré les recettes additionnelles pour l’Etat prévues par leur réforme du système fiscal (IGR, IS, TVA…), le candidat avance que les promesses chiffrées sont des chimères:
"Quand on est incapable de respecter les prévisions d’une loi de finances sur un an, pourquoi faire des promesses irréalisables comme le PJD, qui s’était engagé en 2011 à un taux annuel de croissance de 7%?".
Se voulant pragmatique sur les considérations budgétaires ou fiscales, il avance que les priorités de la FGD sont de baisser le taux de chômage et de faire passer le nombre d’élèves en classe de 70 à 30.
"S’il n’y a pas de corruption, nous décrocherons plusieurs sièges qui permettront de faire entendre la voix de la gauche dans les prochaines institutions. 2016 est un rendez-vous important, mais celui du scrutin de 2021 pourrait nous permettre de devenir l’alternative dont a besoin le Maroc", conclut-il.
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