Benkirane défend son bilan au Grand Oral Sciences Po
C’est avec une grande curiosité que les journalistes attendaient cette sortie publique de Abdelilah Benkirane, la première depuis le discours du Trône. Un discours où le Roi Mohammed VI l’avait recadré, sans toutefois le nommer.
Le Roi avait demandé aux partis politiques de s’abstenir d’utiliser son nom ou celui de l’institution monarchique dans leurs campagnes et également de garder une certaine tenue dans leur compétition politique.
Depuis la mi-juillet, Benkirane s'était fait discret. Depuis le discours du Trône, il est resté muet.
“Une pause de méditation“, explique-t-il au “Grand oral“ des anciens de Sciences Po, très réussi, parfaitement organisé et pertinent. L’événement a eu lieu ce samedi 17 septembre à Casablanca devant 200 à 250 personnes, journalistes, intellectuels, anciens de Sciences Po, ou personnes venues du monde de l’entreprise.
Donc, voici le secrétaire général du PJD devant le feu des questions.
Le verbatim:
-“Si je suis reconduit à la tête du gouvernement, j’appliquerai la même conception que vous avez appris à connaître“.
Il dresse le bilan de ces cinq années, évoque une période “très, très, très difficile“.
-(séducteur): “vous êtes l’élite éclairée, avec un auditoire pareil, on peut être plus précis, le débat sera de haut niveau. J’ai un reproche : pourquoi on ne vous voit pas en politique? Vous savez, la politique, c’est tout. C’est elle qui décide du prix du pain ou de votre propre sécurité et même de la qualité des taxis qui vous transportent. Notre pays a besoin de la participation des plus brillants, comme vous“.
-“Lorsqu’il est nommé, le chef du gouvernement entre à Dar Lmakhzen. Son bureau se trouve au palais royal. Vous avez compris“.
-“Les nombreux visiteurs me demandaient mes priorités. Je répondais en trois points:
1. Rétablir les équilibres macro-économiques. Nous allions vers l’asphyxie à cause de la compensation. En 2012, les subventions nous ont coûté 57 milliards de DH. 1 dollar supplémentaire de prix du pétrole imposait une dépense supplémentaire du budget de l’Etat de 600 MDH par an.
2.L’entreprise. Rien ne se fait sans elle. Mon sentiment était qu’elle était gênée de partout et par tous les intervenants.
3. Rétablir l’équilibre dans la société. Les plus précaires, ceux qui ne savent pas se défendre, ni organiser des grèves ni protester, avaient besoin d’un soutien“.
-“Les subventions ont été ramenées de 57 milliards de DH par an à 15 MMDH en 2016. Depuis 2012, nous avons économisé 100 MMDH“.
-“Abdelilah Benkirane a mis un terme aux grèves sauvages (santé, enseignement, diplômés chômeurs, collectivités locales, tribunaux… Les grèves sauvages, c’est fini“.
-“L’eau courante et le courant électrique dont vous bénéficiez étaient menacés. C’est moi qui les ai sauvés en augmentant les tarifs. Les gens m’applaudissent lorsque je leur dis que j’ai fait des hausses pour sauver la situation“.
-“Je suis entré dans une maison en ruines, où il y avait des fuites d’eau, des pannes d’électricité et de télévision etc… J’ai mis un casque et j’ai commencé à réparer“.
-“Pour les entreprises, j’ai réglé le problème du butoir de TVA“.
-Social: il cite le doublement du montant des bourses, les allocations aux veuves, la hausse des allocations Tayssir aux enfants scolarisés des familles démunies.
-(sur le ton de la confidence): “J’ai passé les 5 années les plus difficiles de ma vie. Si la patrie m’appelle de nouveau, si l’on vote pour moi, je ne reculerai pas, j’accepterais de continuer“.
-Sur la répartition des pouvoirs: “En plus de mes convictions et de mon éducation, j’ai lu la Constitution. Je suis venu pour aider Sa Majesté“.
“Lisez la Constitution: Sa Majesté est le Chef de l’Etat, Amir Al Mouminine, Chef d’état major des armées, président du conseil des ministres. Il est le chef des ministres, du gouvernement et du chef de gouvernement. En arrivant, je savais que je n’aurais aucune chance si je me lançais dans un conflit avec Sa Majesté sur les prérogatives. Je ne suis pas un batal [héros], je suis un citoyen que les vents du printemps arabe ont amené à la tête du gouvernement. Ma conviction consiste à servir mon pays. Je n’ai pas fait de concessions sur les prérogatives, les choses sont conformes à la Constitution, à la réalité, à la pratique“.
-“Le Maroc ne peut être comparé à aucun pays au monde, il y a un grand prestige, Sidna fait un travail colossal, il y a de quoi être fier“.
-Ministres de souveraineté: “Aucun ne m’a été imposé. On m’a proposé des noms, j’ai choisi. Sur l’enseignement, aucun gouvernement ne doit pouvoir faire ce qu’il veut, c’est un dossier lourd, c’est pour cela que la Constitution a prévu le Conseil supérieur. Ce dossier est suivi personnellement par Sa Majesté. Entre Benmokhtar et moi, les conceptions sont différentes“.
-Ministère de l’Intérieur: “Les grands succès passent par moi, mais pas les détails. Je ne peux pas mentir. L’Intérieur n’est pas un ministère comme les autres. Il fut la mère de tous les ministères. Soyons clair, ce ministère a ses propres spécificités, il y a un certain esprit qui l’habite, mais les choses évoluent. Si tu as un problème avec le ministère de l’Intérieur, tu ne pourras rien faire. Les choses ont bien évolué, le ministre vient me voir, on me consulte, les choses avancent vers la démocratie“
-Aziz Akhannouch: “Nous avons eu une coopération pendant cinq ans. Il y a eu un seul malentendu, celui qui concerne le fonds de développement du monde rural“.
-Hammad Kabbaj: “C’est un salafiste éclairé, je l’ai reçu à dîner chez moi, il est Marocain, pacifiste, modéré. Dans les années 80, mes frères [au sein du mouvement islamiste], ne voulaient même pas que l’on crée une association, ne reconnaissaient même pas l’Etat. Aujourd’hui, voyez. Les imprécations contre les juifs étaient répandues, en fait elles visaient les juifs combattants en Palestine, pas nos concitoyens. Il suffisait de lui demander de s’excuser de l’avoir écrit et dit. Il a choisi de ne pas déposer de recours devant la justice, mais de s’adresser à Sa Majesté“.
-Tahakkoum: “tant qu’il durera, j’en parlerai“.
-Discours du Trône, communiqué du cabinet royal concernant Nabil Benabdellah: “A mon arrivée, j’ai eu un incident similaire, mais qui s’est conclu dans la discrétion. J’avais déclaré à un journal que je n’avais pas réussi à instaurer une bonne collaboration avec les conseillers de Sa Majesté. Sa Majesté n’aime pas que l’on touche à ses conseillers. Nous ne les appelons qu’après autorisation ; ils ne nous contactent que s’ils en ont l’instruction. A l’époque, j’avais présenté des excuses. Benabdellah est un leader respectable, loyal à l’égard de sa partie et de son Roi“.
-Vie politique: “une alliance entre nous et le PAM dans un même gouvernement est impossible“.
Commentaire. Le recadrage effectué par le Roi dans le discours du Trône a clairement fait son effet. Après 45 jours de silence, Benkirane affiche un profil conciliant, il est moins dans la confrontation, dans l’impulsivité, dans la victimisation. Pour combien de temps? Nul ne le sait.
Pour ce qui concerne son bilan, comme tout homme politique, il a évité les échecs et les points faibles (tourisme, chômage, parité, protection des femmes, culture, entraves posées à l’introduction des langues étrangères dans l’enseignement) et a amplifié les points forts. Son tropisme social est réel. Sa réussite économique est malgré tout largement due à des ministres venus d’autres partis. Il a effectivement démantelé les subventions des produits pétroliers, mais qu’en sera-t-il dans une année ou deux lorsque le prix du pétrole aura remonté? La suppression des subventions des produits pétroliers a été largement favorisée par la baisse des cours et il faut souligner qu’au cours actuel, sans le démantèlement de la compensation, l’Etat encaisserait des recettes supplémentaires.
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