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Tourisme. “Ces cinq dernières années, Benkirane nous a tués”

Le gouvernement met en avant son bilan, mais évite des sujets sensibles comme la création d'emplois, la lutte contre le chômage ou encore le tourisme. Des professionnels du tourisme se déclarent et ne mâchent pas leurs mots lorsqu'on les interroge sur le bilan gouvernemental. Médias 24 a recueilli les témoignages de deux ministres et de différents professionnels.

Tourisme. “Ces cinq dernières années, Benkirane nous a tués”
Samir El Ouardighi
Le 16 septembre 2016 à 16h23 | Modifié 16 septembre 2016 à 16h23

A l'occasion du scrutin législatif, le PJD a écrit à la Confédération nationale du tourisme pour demander aux professionnels de lui adresser leurs doléances, qu'il souhaite intégrer à son propre programme. Médias 24 a consulté ce mail. Au sein de la profession, des voix s'élèvent pour s'étonner de cette démarche venue d'un parti qui n'a pas vraiment brillé par son intérêt pour ce secteur clé de l’économie marocaine.

L'idée de cet article est venue de ce mail, dont l'existence nous a été signalée par un professionnel connu. Nous avons alors entrepris de recueillir les témoignages.

Première remarque: personne, ni au sein du gouvernement, ni au sein des professions touristiques, ne dit du bien de l'action du gouvernement en faveur du tourisme.

Seconde remarque: une partie de nos interlocuteurs, tout en s'abstenant de toute considération positive, préfère ne pas faire de déclarations à la presse.

"Le Chef du gouvernement a réuni une seule fois les opérateurs et il a parlé des tajines..." [ministre]

La charge peut paraître rude contre l’action gouvernementale de Abdelilah Benkirane, mais quand elle émane de ses propres ministres et de professionnels reconnus dans le secteur touristique, il ne faut pas la négliger. 

Un ministre se rappelle: autant que je m'en souvienne, le chef du gouvernement a tenu une seule réunion avec la profession, c'était en janvier 2015.

"Lors de ce comité stratégique du tourisme, nous avons été atterrés par les propos de Benkirane, qui s’est contenté de parler de tajines. Il n’y a eu aucune discussion sérieuse et encore moins de décisions, alors que la situation était préoccupante. Ses propos ont tourné le tourisme en dérision, sans plus".

Selon notre interlocuteur, l’absence d’avancées sur ce dossier découle clairement d’un désintérêt idéologique du chef du PJD, qui ne croit pas en ce secteur et qui n’y a jamais cru.

"Après les déclarations malheureuses du ministre Ramid sur la destination Marrakech, le PJD s’est un peu calmé, mais pour ce parti, le cosmopolitisme et l’ouverture sur le monde sont antinomiques avec son idéologie de fermeture. Ainsi, malgré le potentiel énorme de visiteurs chinois et russes, Benkirane n’a rien fait pour avancer", ajoute notre interlocuteur.

Il ajoute que, hormis le désintérêt du chef du gouvernement, qui a fait perdre cinq ans de développement touristique, il faut ajouter les combats d’ego à l’intérieur du département du Tourisme et entre le ministère et l’ONMT.

Le ministre du Tourisme n’a pas non plus alerté l'opinion ni suffisamment le gouvernement sur la situation sinistrée du secteur, selon notre source. "Il y a aujourd'hui certes une stratégie, une vision, mais les problèmes des stations Azur sont encore là. Le gouvernement aurait également pu intervenir sur la relance des investissements, sachant qu’aucune banque n’accepte plus de financer des hôtels", conclut le ministre.

Ce jugement lapidaire est partagé par un second ministre de Benkirane, qui a lui aussi requis l’anonymat.

"Le tourisme n’a jamais été une priorité de l’action gouvernementale de Benkirane, car il n’a jamais cru bon de s’intéresser sérieusement à ce secteur. Il a d’ailleurs tenu très peu de réunions avec les professionnels du tourisme. De plus, le chef du gouvernement et son parti ont envoyé des signaux négatifs aux éventuels investisseurs, qu’ils soient étrangers ou marocains".

Hayat Jabrane: un désintérêt total du gouvernement

Jointe par Médias 24,  Hayat Jabrane, secrétaire générale de la CNT, partage la même impression de désintérêt total du chef du gouvernement pour ce secteur stratégique. Surprise, elle nous apprend que le parti de Benkirane a contacté récemment  la CNT pour recueillir ses attentes et suggestions.

"Comme par miracle, et à seulement trois semaines du scrutin, nous avons reçu un mail d’un proche du PJD qui nous demande de lui faire des propositions chiffrées destinées à étoffer le programme économique du parti de Benkirane", raconte notre interlocutrice.

Jabrane s’interroge sur l’intérêt soudain du PJD, en rappelant que son secrétaire général n’a jamais daigné assister à un seul événement consacré au tourisme (sommets internationaux organisés par le Maroc, inauguration de complexes ou de 5 étoiles,…) durant son mandat de chef du gouvernement.

"En janvier 2015, il a reçu la profession pour une réunion qui devrait ouvrir la voie à une politique de relance de cette industrie en crise depuis les nombreux attentats. Depuis, plus aucune nouvelle de lui".

"Pour moi, ce désintérêt est motivé par ses convictions idéologiquesn, qui considèrent que ce secteur est synonyme de nudité, d’alcool, et d’occidentalisation, contraires aux mœurs d’un pays musulman.

"Rappelez-vous de la sortie médiatique de son ministre, Mustapha Ramid, qui avait jugé que Marrakech était la capitale de la débauche au Maroc. Après la réaction scandalisée de la profession, ce membre très influent du PJD avait dû faire machine arrière, mais il n’en pense pas moins", accuse-t-elle.

Elle poursuit que Benkirane n’est pas seulement indifférent au développement du tourisme, car l’accréditation par le PJD au scrutin législatif, invalidée depuis, du salafiste Hammad Kabbaj illustre une inconscience des enjeux en présentant un candidat sulfureux appelant à la haine des juifs.

"Au lieu de nous aider et de soutenir son ministre du Tourisme, le chef du gouvernement s’est félicité de l’attrait des touristes pour le couscous et la harira, comme si ces deux plats nationaux suffisaient à développer l’image de la destination Maroc", conclut notre interlocutrice.

Lahcen Zelmat: "Benkirane nous a tués"

Contacté par Médias 24, Lahcen Zelmat, président de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) résume le mandat du chef du gouvernement en quatre mots: "Benkirane nous a tués".

"Benkirane ne s’est jamais intéressé à ce secteur, qui constitue un filon fabuleux pour l’économie marocaine et dont le potentiel de recettes est très loin d’être atteint. Si nous avions une seule suggestion à lui faire, elle consisterait à s’inspirer de l’AKP turc (dont il se dit proche) qui a réussi à attirer des millions de touristes en Turquie depuis son arrivée aux affaires", se désole Zelmat.

Nos nombreuses tentatives de joindre le ministre du Tourisme et des officiels pour savoir s’ils auraient pu faire mieux avec un soutien de leur supérieur hiérarchique sont restées sans réponse. 

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Samir El Ouardighi
Le 16 septembre 2016 à 16h23

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