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Qui sont les salafistes qui vont se présenter aux élections législatives ?

Plusieurs figures du salafisme se présenteront au scrutin législatif du 7 octobre sous les couleurs de l’Istiqlal et du PJD. Leur éventuelle entrée au parlement pose la question de savoir s’ils respecteront l’édifice constitutionnel ou essaieront d'imposer leur propre interprétation de la charia comme source de législation. 

Qui sont les salafistes qui vont se présenter aux élections législatives ?
Samir El Ouardighi
Le 30 août 2016 à 17h04 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

La candidature de personnalités salafistes à la chambre basse constitue une première dans l’histoire politique du Maroc. Après l’inclusion des islamistes du PJD aux législatives de 1997, le prochain scrutin connaitra la participation de grandes figures du salafisme parrainés par deux grands partis politiques

Abou Hafs: "Si je suis élu, je défendrais les libertés individuelles"

Les listes définitives des candidats de l’Istiqlal n’ont pas encore été publiées. Toutefois, l'on sait que ce parti négocie avec Abdelwahab Rafiki alias Abou Hafs pour qu’il se présente sous sa bannière dans la ville de Fes.

Joint par Médias 24, l’ex-prêcheur condamné au lendemain des attentats casablancais du 16 mai 2003 à 30 ans de prison confirme que sa participation au législatives sera officialisée dans quelques jours.

Même s’il a peu de chances d’être élu, cet ancien salafiste pur et dur tient à se présenter pour défendre et expliquer pendant la campagne électorale son revirement idéologique spectaculaire.

Interrogé sur sa priorité en cas d’élection à la Chambre des Représentants, Abou Hafs affirme que son action consistera à défendre les dossiers des droits de l’homme et des libertés individuelles.

«Si je suis élu député, je me consacrerais à un rôle purement politique loin de toutes considérations religieuses. Désormais, je considère que la foi est une affaire relevant de la sphère privée qui ne doit pas interférer dans la gestion de la chose politique», précise l’ex membre du Parti de la renaissance et de la vertu (PRV),

Notre interlocuteur affirme qu’aucune revendication d’ordre religieuse ne figure dans son agenda car contrairement au passé, il défend une séparation claire entre les champs religieux et politique. Selon lui, le parlement ne doit pas servir de tribune religieuse à certains pour se transformer en prédicateur.

Fizazi dément sa participation aux législatives

Si la candidature d’Abou Hafs sera bientôt rendue publique, celle du salafiste Mohamed Fizazi , sous la bannière de l’Istiqlal à Tanger, a été formellement démentie par l’intéressé auprès de notre rédaction.

«Cette fausse information a été colportée par plusieurs médias qui n’ont pas pris la peine de me consulter. J’ai effectivement été approché par plusieurs partis politiques dont je préfère taire le nom mais j’ai refusé leur offre. Ma vocation principale reste les prêches dans la mosquée de Tanger où j’officie sous la supervision du ministère des Affaires islamiques», conclut-il.

Si Abou Hafs est devenu quasi-laïc après avoir été un des cerveaux de la Salafia Jihadia qui prône l'utilisation de la violence pour imposer l'Islam des origines, son ex- compagnon de prison Fizazi se veut toujours salafiste rigoriste mais quiétiste (adepte de la voie pacifique pour imposer la Charia).

Contacté par Médias 24, le politologue Tozy juge que Fizazi n’intéresse pas les partis politiques car il n'a plus de crédibilité depuis sa sortie de prison.

Rafiki a quant à lui peu de chances d’être élu car il a opéré un revirement idéologique qui risque de lui aliéner toutes les voix des sympathisants salafistes voire simplement conservateurs modérés. «Depuis sa mue idéologique, on ne peut plus le qualifier de salafiste car il est désormais beaucoup plus à gauche que le PJD», précise t-il.

Hammad Kabbaj, la bonne pioche électorale du PJD

Notre spécialiste du champ religieux  juge cependant probable l’élection au parlement de Hammad Kabbaj, qui a été désigné le 26 août dernier tête de liste PJD de la circonscription Marrakech Guéliz.

Il ajoute que la seule vraie force de frappe électorale du mouvement salafiste est celle de «cet apôtre du Cheikh Mohamed Al-Maghraoui qui possède un réseau d’écoles coraniques très puissant. Selon notre interlocuteur, c’est largement grâce à son soutien que le PJD a pu triompher lors des élections communales de septembre 2015".

Sur les déclarations archaïques voire haineuses (à l’encontre des juifs) de Hammad Kabbaj, le politologue qualifie le candidat du PJD  à Marrakech de traditionnaliste réactionnaire, limite fascisant.

Mohamed Tozy avance que s’il devait être élu en octobre prochain, il ne pourrait cependant pas présenter des propositions de loi archaïque car ses sorties takfiristes seront complètement contrôlées par son parti.

Si ces candidatures de figures ultraconservatrices peuvent inquiéter le camp moderne et laïc, il apparait que le vrai but de leur parrainage par des partis politiques est de ratisser large électoralement au risque cependant de voir des candidatures de ce genre se multiplier à l'image de l'Egypte ou de la Tunisie.

"Le PJD et l’Istiqlal vont chercher les voix partout car ils ne veulent pas perdre les nombreux bulletins de vote d’une société majoritairement conservatrice", conclut notre source.

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Samir El Ouardighi
Le 30 août 2016 à 17h04

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