Le PJD met entre parenthèses le débat sur la succession de Benkirane
Le PJD tient ce samedi un congrès extraordinaire dont l'ordre du jour peut sembler anodin. En réalité, une séquence décisive pour l'avenir du parti se met en place. A court terme, le PJD arrivera-t-il à se passer de Benkirane?
Ce samedi 28 mai, le PJD réunit un congrès extraordinaire, avec un point unique à l’ordre du jour: le report du congrès ordinaire du parti. Les mandats des différentes instances ont en effet pris fin et le parti est censé les renouveler, sauf si le congrès extraordinaire en décide autrement.
Reporter le congrès ordinaire pour cause de proximité des législatives a été le choix de la plupart des partis concernés comme l’Istiqlal ou le RNI. Seul le PAM a renouvelé ses instances, avec l’élection d’Ilyas Elomari au poste de secrétaire général.
Pour le PJD, tout est parti d’un seul élément: le mandat de Benkirane au parti prend fin en juillet 2016. Et selon les statuts, il n’a pas droit à un mandat supplémentaire, ayant déjà accompli deux mandats successifs.
Au cours du 1er trimestre 2016, les échanges au sein des instances dirigeantes du parti et en coulisses, ont abouti à une seule conclusion: l’absence de consensus. S’il y avait eu un consensus, les barons du parti auraient soit amendé les statuts et permis un troisième mandatau SG; soit maintenu le congrès ordinaire et remplacé Benkirane.
Interrogées par nos soins il y a quelques semaines, deux grandes figures du PJD nous ont déclaré s’opposer formellement à un troisième mandat. Ce sont surtout le ton et les mots utilisés qui nous ont surpris: “Il n’en est pas question!“, clame le premier. “Nous ne sommes pas une zaouia“, renchérit le second.
Donc, un congrès extraordinaire se réunit ce samedi matin à Rabat avec pour seul point à l’ordre du jour le report du congrès ordinaire. Toutes les instances, ainsi que les dirigeants du Conseil national au secrétariat général, bénéficieront d’une prolongation de leur mandat pour une durée d’une année. Le congrès sera reporté à juin ou juillet 2017.
Abdelilah Benkirane, secrétaire général du parti, s’adressera également aux 3.000 congressistes, au cours d’un congrès dont la totalité des travaux seront ouverts à la presse.
La veille, vendredi 27 mai, le Conseil national présidé par Saâdeddine Elothmani, tiendra une réunion préparatoire pour boucler les derniers documents à présenter au congrès.
En s’organisant de la sorte, le parti met entre parenthèses tout débat sur la succession de Benkirane, mais ne règle pas le problème.
Voici, objectivement, quels sont les scénarios possibles:
1-Le PJD perd les élections législatives. Dans ce cas, le PJD réunira son congrès ordinaire en 2017 et Benkirane sera remplacé.
2-Le PJD arrive en tête des législatives: c’est une conviction unanimement partagée au sein des instances de direction du PJD. Dans ce cas, voyons ce que dit la loi fondamentale.
Article 47 de la Constitution :
“Le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants et au vu de leurs résultats. Sur proposition du chef du gouvernement, Il nomme les membres du gouvernement. Le Roi peut, à Son initiative, et après consultation du chef du gouvernement, mettre fin aux fonctions d’un ou de plusieurs membres du gouvernement. Le chef du gouvernement peut demander au Roi de mettre fin aux fonctions d’un ou de plusieurs membres du gouvernement.
“Le chef du gouvernement peut demander au Roi de mettre fin aux fonctions d’un ou de plusieurs membres du gouvernement du fait de leur démission individuelle ou collective. A la suite de la démission du chef du gouvernement, le Roi met fin aux fonctions de l’ensemble du gouvernement. Le gouvernement démissionnaire expédie les affaires courantes jusqu’à la constitution du nouveau gouvernement“. [Fin de l’article 47].
Cet article est clair. Le chef de l’Etat ne choisit pas obligatoirement le leader du parti arrivé en tête. Mais le nouveau chef de gouvernement doit bénéficier du soutien de son parti.
Les variantes sont donc les suivantes:
a-Le Roi choisit Benkirane. Arrive le congrès de 2017. Benkirane livre à ses troupes le message suivant: “Je peux être chef du parti sans être chef du gouvernement. Mais je ne peux être chef du gouvernement sans être chef du parti. Déjà comme ça, en étant chef du parti, ce n’est pas facile tous les jours“.
Réponse possible de l’un des barons du parti: “c’est Sa Majesté qui décide et Benkirane ne pourra pas dire non à Sa Majesté s’il est choisi“. Cette réponse à un tel scénario nous a été fournie par l’un des dirigeants les plus en vue du parti, opposé à un troisième mandat de Benkirane à la tête du PJD. Ce dirigeant sépare entre le parti et le gouvernement. Le parti selon lui est une affaire interne, réglée par les statuts. Le gouvernement, en premier et dernier ressort, relève du chef d l’Etat.
En 2017, si Benkirane est reconduit à la tête du PJD, après amendement des statuts, il effectuera son troisième et dernier mandat et sera un chef de gouvernement dans la continuité de ce qu’il a été pour l’actuel mandat.
S’il n’est pas reconduit, il sera obligatoirement affaibli. Son remplacement à la tête du gouvernement par le nouveau secrétaire général du PJD ne serait pas impossible.
b-Le parti propose au Palais un autre nom pour devenir chef du gouvernement. Par exemple Mostafa Ramid, ce qui en fera le successeur certain de Benkirane à la tête du parti à partir de 2017. Benkirane serait alors, dans les faits, une sorte de secrétaire général de transition jusqu’en 2017 au plus tard.
Ce sont là les enjeux réels derrière le congrès extraordinaire du PJD. Sans Benkirane, le parti aura-t-il la même popularité? Et un parti qui est porté par un seul homme a-t-il réellement un grand avenir? Ne vaut-il pas mieux pour Benkirane partir au sommet du succès, plutôt que de tenter un troisième mandat, qui sera obligatoirement plus difficile?
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