Comment les expats découvrent et s'intègrent à Tanger
Arrivée au Maroc en 2014, Virginie Colonna dirige l’antenne de Tanger de Maroc Intégration. Elle accueille et encadre les expatriés et leurs familles.
Aurait-elle pu trouver mieux pour s’épanouir sur le plan professionnel? Difficile. Corse d’origine et ayant vécu à Lyon avant de se diriger vers le Maroc en compagnie de son mari il y a deux ans, Virginie Colonna a un diplôme bac + 5 en ressources humaines et son mémoire a porté sur "La gestion de la mobilité internationale". Prémonitoire.
Lorsqu’elle revient au Maroc après avoir visité avec son mari ingénieur industriel le premier Salon de la sous-traitance automobile de Tanger en 2014, c’est pour l’aider à monter sa filiale marocaine à la Tanger Free Zone. Mais elle-même cherche autre chose. "Je voulais travailler au sein d’une équipe, monter mon entreprise et ne pas être constamment absorbée par les tâches administratives et de gestion."
Par ses contacts, elle reçoit sur sa boîte mail une annonce de Maroc Intégration, société fondée en 2010 par Charles Pommarède. Maroc Intégration, basée à Casablanca, cherchait "the right person" pour son futur bureau de Tanger. Ce sera elle.
"Accompagner une arrivée"
Depuis le début de l’année 2015, le travail de Virginie Colonna est d’"installer et d’accompagner une arrivée" comme elle le décrit. "Nous écoutons les besoins, faisons de la formation interculturelle. Nous faisons aussi le lien avec les administrations et les écoles. Nous pilotons même les dossiers de demandes de contrat de travail d’étranger, les cartes de séjour et nous gérons leurs renouvellements."
"Nous informons les familles d’expatriés sur tout ce qui concerne leur future vie à Tanger: où ils peuvent faire leurs courses, où ils peuvent se faire soigner, prendre des cours d’arabe, où aller se cultiver et bien sûr où aller dîner." "Nous mettons à leur disposition un lexique des mots et expressions arabes les plus courants, une histoire de la ville, un plan."
Virginie Colonna, qui parle anglais et italien en plus du français, s’occupe de cadres et de familles français, mais aussi américains et espagnols. "Il y a des cadres et des familles de toutes les nationalités à Tanger maintenant", précise-t-elle.
Liberté et…
"Il faut, précise Virginie, gérer l’arrivée d’un cadre expatrié avec ses questions et ses doutes, mais aussi ceux de son conjoint et de ses enfants. Pour cela, le voyage de reconnaissance est essentiel. Il faut que les futurs expatriés s’approprient la ville, qu’ils apprennent à se repérer. Et en matière de logement, il faut, dès qu’ils arrivent, qu’ils puissent s’installer."
Pour résumer tout cela, Virginie Colonna a une formule: "La clé d’une expatriation réussie, c’est de trouver l’équilibre entre la vie du cadre expatrié et celle de son conjoint et de ses enfants."
Les expatriés ont naturellement des attentes et des interrogations. "Ils ont bien sûr l’impression en venant à Tanger de partir vers un pays très très différent de là où ils vivent", explique Virginie. "C’est de l’autre côté de la Méditerranée, c’est une monarchie, c’est un pays arabe, la place de la religion y est importante."
"Les femmes se demandent comment s’habiller, s’interrogent sur la sécurité et l’attitude des hommes dans la rue, sur le niveau éducatif des écoles. Leur souci principal", souligne Virginie Colonna, "est de savoir si elles peuvent mener à Tanger une vie comme 'avant', trouver ce qu’il faut en matière de shopping, pouvoir conduire…"
"Les épouses d’expatriés constatent rapidement que tout est possible", poursuit Virginie. "Elles peuvent conduire, aller au café ou au restaurant avec leurs amies et surtout pratiquer de nombreux loisirs et activités extra-scolaires (équitation, tennis, golf, surf, théâtre, librairie...). Elles découvrent à Tanger", souligne Virginie, "une joie de vivre, une convivialité, une curiosité et une chaleur humaine un peu perdues au nord de la Méditerranée. Les expatriés y découvrent aussi une âme liée à la richesse culturelle de Tanger, grâce à ses peintres et auteurs célèbres: Paul Bowles, Matisse, Mohamed Choukri pour ne citer qu’eux."
… sécurité
Au vu de l’actualité, pour ne parler que des attentats qui ont secoué Paris et Tunis en 2015, la question de la sécurité revient de manière plus systématique et plus pressante. Sur ce point, Virginie Colonna qui vit ici avec son mari et son enfant et qui dirige deux entreprises est claire: "Votre sécurité et votre protection sont amplement assurées ici", dit-elle à ses interlocuteurs. "On peut sortir dans la rue sans problème même s’il faut parfois adapter légèrement ses codes vestimentaires."
"Je souligne, indique Virginie Colonna, que ce pays s’occupe de la sécurité de ses résidents étrangers comme de celle de ses propres citoyens et que les investissements et le tourisme internationaux y sont considérés comme prioritaires. Ils s’en rendent compte bien vite."
L'entretien tirant à sa fin, Virginie Colonna raconte une anecdote. Cela s’est déroulé le lundi 16 novembre à l’extérieur du consulat général de France de Tanger. Ce jour-là, une cérémonie avec une minute de silence était organisée à 11h en mémoire des victimes des attentats du 13 novembre à Paris. Virginie Colonna raconte: "En sortant du consulat avec un groupe de personnes, nous avons vu arriver une maman marocaine et son fils venus déposer un bouquet de fleurs au consulat."
"Ensuite notre groupe s’est dirigé vers l’autre côté de la rue, au Café de Paris pour y prendre un thé ensemble et échanger. En nous voyant arriver, un groupe d’hommes qui occupaient une grande table se lève pour nous faire de la place. Et ils nous présentent leurs condoléances pour ce qui était arrivé à Paris quelques jours plus tôt. Nous avons été très touchés. Ils avaient vu que nous sortions du consulat et de la cérémonie organisée à la mémoire des victimes des attentats de Paris. Nous avions probablement les yeux un peu rougis. Pour moi, cette scène résume la vie à Tanger aujourd’hui."
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