Programme “Lawhati”: les étudiants sont déçus, les distributeurs s’expliquent
A l’origine de cette incompréhension, la comparaison avec "INJAZ". Les prix sont jugés pas assez abordables et les marques proposées inconnues du public.
Les prix ont été perçus comme inadaptés au pouvoir d’achat ciblé, et certaines marques proposées, dont personne ne connaissait l’existence, ne sont pas jugées fiables.
A l'origine, le lancement le 30 novembre du programme "Lawhati" lancé par le ministère de l'Enseignement supérieur et permettant aux étudiants d'acquérir des tablettes à prix préférentiel. Mais ce fut la déception. Dès que le programme a été annoncé, tout le monde ou presque a pensé tablettes de haute de gamme et marques très connues.
Relayés depuis quelques jours par les réseaux sociaux, les commentaires des étudiants dénoncent des offres ne correspondant ni au pouvoir d’achat moyen, ni aux attentes minimales en termes de qualité.
Les accusations de mauvaise foi et d’arnaque, ainsi que les appels au boycott planent déjà sur le programme, mettant en péril sa réussite, quelques jours seulement après le lancement.
De leur côté, les distributeurs des tablettes ont été pris de court par cette vague de réactions, qu’ils jugent infondées et démesurées, et qu’ils contestent "arguments à l’appui".
En réponse à cette polémique, ceux-ci précisent que le programme Lawhati n’est pas comparable à "Injaz", car ne bénéficiant pas des mêmes subventions.
D’après eux, c’est cette différence d’approche qui explique le gap entre les prix proposés entre les deux programmes. Et c’est justement cette différence, largement perçue par les étudiants, qui explique leur colère.
En effet, contrairement au programme "Injaz" qui avait bénéficié de subventions du ministère de l’Enseignement supérieur (parfois à hauteur de 80%), "Lawhati" ne bénéficie d’aucune subvention de l’Etat. Le rôle du ministère dans ce programme se limite à initier le projet et à rassembler toutes les parties prenantes, en incitant celles-ci à le subventionner elles-mêmes à travers des gratuités ou des réductions.
D’ailleurs, selon les différents distributeurs, ce sont ces gratuités et ces efforts commerciaux qui ont permis un niveau de prix, quoi qu’en pensent les étudiants, inférieur au marché, l’absence de subventions étatiques en faveur des étudiants limitant les possibilités de réduction.
Les gratuités concernent le contenu des tablettes.
Celles-ci comprennent le dernier Windows 10 (pour lequel il faut compter 1.200 DH, muni du pack office et des logiciels annexes comme Skype), ainsi que le contenu éducationnel offert par Intel (estimé à 2.000 DH, et comportant les cours et ouvrages du British Council, de la Khan Academy et d’Intel Education).
Chaque tablette aurait donc pu coûter 3.200 DH de plus si les programmes n’avaient pas été offerts à titre gracieux par Intel et Windows, partenaires du programme.
Quant aux réductions, celles-ci varient, selon les distributeurs, entre 30 et 40%.
Interrogés sur les prix "grand public" de ces tablettes, certains distributeurs ont répondu:
1. Pour Infodis:
- Les tablettes HP: 3.580 DH au lieu de 4.990 DH pour le grand public;
- Les tablettes Yooz (marque marocaine, certifiée Intel): 2.500 DH au lieu de 3.900 DH;
Soit 1% de marge chez le revendeur, en plus des subventions accordées par les fabricants.
2. Pour Diffazur:
- Les tablettes Dell: 35% de réduction exclusivement de la part du distributeur;
- Les tablettes Haier (enseigne chinoise qui veut se positionner dans le haut de gamme mais qui est plus connue comme fabricant d’électroménager, elle s’est lancée dans le IT depuis quelques années, mais pas encore au Maroc): 30% de réduction.
3. Pour Dataplus:
- Les tablettes ACER: 15% de la part du distributeur;
- Les tablettes Olinote (Tablette conçue en partenariat avec la marque américaine Polariod, reconnue mondialement): 30% de réduction.
Globalement, les réductions sont du même ordre chez tous les partenaires du programme.
Si les prix sont désormais justifiés, qu’en est-il de la problématique des marques proposées?
En effet, abstraction faite des prix, ce sont les marques proposées qui déçoivent. Ainsi, selon des avis d'étudiants, seules 4 ou 5 marques des 10 proposées sont fiables. Les autres sont quasiment inconnues du public.
Certains accusent même les distributeurs de proposer des fabrications chinoises de mauvaise qualité.
Interrogés à propos de cette question, les distributeurs sont catégoriques: ils ont proposé d’un côté des tablettes connues mais dont le prix ne convient pas à tous les budgets, et de l’autre côté des tablettes un peu moins connues, mais avec quand même un très bon rapport qualité prix.
Concernant les origines de ces dernières, les distributeurs répondent: "N’importe quelle marque, même prestigieuse, fait appel à un moment ou un autre de sa chaîne de fabrication aux pays asiatiques, ça ne remet pas en question la qualité de ses produits pour autant. Nos constructeurs, nouveaux sur le marché marocain mais très connus ailleurs, sont allemands, américains, japonais, italiens… Ils ont certainement dû, comme tout le monde, externaliser la fabrication d’une ou deux composantes en Chine ou ailleurs, mais leurs produits sont parfaitement propres à l’utilisation."
Rappelons que ce programme, initié par le ministère de l’Enseignement supérieur, et lancé le 30 novembre, vise à faciliter l’accès des étudiants aux technologies de l’information et à parfaire leur formation via ces supports beaucoup plus adaptés à l’enseignement moderne.
Il est également à noter que les offres proposées concernent exclusivement des tablettes 2-en-1, destinées à remplacer l’ordinateur portable, ce qui justifie également leur prix un peu plus élevé comparé aux tablettes classiques.
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