img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Immobilier. La flambée des coûts de construction risque de se répercuter sur les prix

La guerre au Moyen-Orient se répercute sur le BTP au Maroc. Déjà fragilisé, le secteur fait face à la hausse des intrants, à l’envolée du gasoil, aux tensions sur certains matériaux et à une pénurie de main-d’œuvre qui complique davantage l’activité.

Le choc énergétique se transmet à toute la chaîne de valeur BTP.
Le choc énergétique se transmet à toute la chaîne de valeur BTP.
Par
Le 16 avril 2026 à 15h14 | Modifié 16 avril 2026 à 15h36

Le choc énergétique s’est propagé à l’ensemble de la chaîne de valeur du BTP. Il affecte aussi bien les matériaux que le transport et l’ensemble des coûts de chantier. Sur le terrain, plusieurs opérateurs font état d’une hausse rapide des prix et de premières tensions sur l’approvisionnement de certains produits.

La situation devient de plus en plus difficile à tenir pour les entreprises, les maîtres d’ouvrage et, in fine, pour les ménages.

La flambée des intrants déclenche la révision des prix

Interrogé par Médias24, Mohamed Mahboub, président de la Fédération nationale du BTP, décrit une pression déjà bien installée sur les coûts de production, en particulier dans les travaux publics.

"Le secteur traverse une période difficile. La quasi-totalité des intrants est en hausse. Selon les produits, les hausses vont de 15% à 30%. L’aluminium est devenu très cher. Le PVC aussi, du fait de son lien direct avec le pétrole. Presque tous les matériaux sont en hausse, et ce renchérissement devient difficile à supporter pour un secteur déjà confronté à de multiples défis", explique-t-il.

"Certaines entreprises disposent de stocks qui leur permettent d’atténuer une partie du choc, mais ce n’est pas le cas pour l’ensemble des opérateurs".

Pour Mohamed Mahboub, les entreprises de terrassement figurent parmi les plus exposées. Leurs engins, très gourmands en gasoil, subissent de plein fouet la hausse des prix, ce qui renforce la contrainte sur leurs coûts.

"À titre d’exemple, la situation est particulièrement difficile pour les entreprises de terrassement, dont les engins fonctionnent au gasoil. Avec une hausse de plus de 35% du gasoil, la pression sur les charges devient colossale, tant pour les entreprises que pour les maîtres d’ouvrage", poursuit Mohamed Mahboub.

Par ailleurs, le président de la FNBTP affirme que les entreprises ont déjà saisi les pouvoirs publics pour activer les clauses de révision des prix liées aux marchés publics dont elles sont titulaires.

"Les entreprises du BTP engagées sur des marchés publics ont activé les clauses de révision des prix. Le problème, c’est que ces révisions ne couvrent généralement pas les pertes. L’expérience de la guerre en Ukraine l’a montré, même lorsqu’elles sont appliquées, elles ne compensent pas toujours suffisamment les pertes. Aujourd’hui, l’État doit prendre cette réalité en compte", souligne-t-il.

Dans la construction, la main-d’œuvre accentue la crise des coûts

Même constat chez les opérateurs de la construction. Contrairement aux entreprises titulaires de marchés publics, ils ne disposent pas de mécanismes de révision des prix comparables, puisqu’ils construisent pour vendre. Ils supportent ainsi directement la hausse des coûts et se voient contraints de la répercuter sur les acquéreurs finaux.

Contacté par Médias24, un professionnel du secteur décrit une situation devenue particulièrement difficile à gérer sur le terrain.

"Dans plusieurs cas, la hausse des intrants dépasse 30%. Le PVC, l’aluminium et d’autres matériaux ont fortement augmenté. Sur certains produits, des tensions d’approvisionnement commencent à apparaître", indique-t-il.

"Le gasoil renchérit lui aussi toute la chaîne. Les projets deviennent de plus en plus coûteux, sachant que les prix étaient déjà élevés avant ce nouveau choc. Comment continuer à construire dans ces conditions, alors même que le marché absorbait difficilement les niveaux de prix antérieurs ?".

Pour lui, le marché s’achemine vers un déséquilibre plus profond que celui observé aujourd’hui, les entreprises ne pouvant pas vendre à perte, tandis que les ménages, eux, peinent de plus en plus à suivre.

"Il existe déjà un déséquilibre entre l’offre et la demande, les prix n’étant plus raisonnables pour une grande partie de la clientèle. Avec les coûts actuels, et puisque nous ne pouvons pas vendre à perte, nous risquons de nous retrouver avec des biens devenus inaccessibles pour une large partie des Marocains. C’est là que le problème devient structurel. L’État doit assumer son rôle et agir".

Par ailleurs, au-delà des matériaux et de l’énergie, la pénurie de main-d’œuvre constitue un autre facteur de tension majeur pour l’activité des chantiers.

"La guerre vient aussi aggraver une problématique déjà ancienne, celle de la main-d’œuvre. La pénurie s’est encore accentuée. Aujourd’hui, même à 150 ou à 170 DH par jour, il devient difficile de trouver des ouvriers non qualifiés. Quant à la main-d’œuvre qualifiée, elle est à la fois plus chère et plus rare", conclut-il.

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Tags : BTP, Construction
Par
Le 16 avril 2026 à 15h14

à lire aussi

5e colloque de la Fondation Zakoura : l’IA, levier éducatif ou nouveau facteur de fracture ?
Quoi de neuf

Article : 5e colloque de la Fondation Zakoura : l’IA, levier éducatif ou nouveau facteur de fracture ?

La Fondation Zakoura a ouvert, ce mercredi 15 avril 2026 à Salé, son 5e colloque international consacré à l’intelligence artificielle et à l’éducation. Réunissant décideurs, experts et acteurs de terrain, l’événement interroge les promesses pédagogiques de l’IA, mais aussi les risques de fracture, d’inégalités et de dérives éthiques qu’elle peut accentuer.

Driss El Azami : “Nous travaillons pour être premiers”, le PJD affiche ses ambitions et promet des surprises
Elections 2026

Article : Driss El Azami : “Nous travaillons pour être premiers”, le PJD affiche ses ambitions et promet des surprises

À cinq mois des législatives de septembre 2026, Driss El Azami El Idrissi, premier vice-secrétaire général du PJD, était l'invité du 12/13 de Médias24. Entre bilan, autocritique mesurée et ambitions électorales, il a défendu la trajectoire d'un parti qui entend reconquérir sa place dans le paysage politique.

Nigeria-Morocco Gas Pipeline. The project that could reshape Africa’s energy map (Amina Benkhadra)
Energie

Article : Nigeria-Morocco Gas Pipeline. The project that could reshape Africa’s energy map (Amina Benkhadra)

As global energy markets undergo a profound reshaping, the Atlantic Africa Gas Pipeline is emerging as a pivotal project for both Africa and Europe. Amina Benkhadra, CEO of ONHYM, says the corridor could fundamentally alter the energy balance between the two neighboring continents.

À Casablanca, la librairie Livremoi ouvre un nouvel espace dédié à la littérature anglophone
Communication d'entreprise

Article : À Casablanca, la librairie Livremoi ouvre un nouvel espace dédié à la littérature anglophone

La librairie Livremoi, située dans le quartier Gauthier à Casablanca, a récemment agrandi ses murs pour consacrer un espace entier à la littérature en langue anglaise.

Marché obligataire. Le Trésor réduit ses levées, les taux évoluent sans tension marquée
Actus

Article : Marché obligataire. Le Trésor réduit ses levées, les taux évoluent sans tension marquée

En avril 2026, le Trésor réduit ses levées alors que la demande reste présente. Avec une trésorerie confortable, il se montre plus sélectif sur les niveaux de taux, ce qui se traduit par un ajustement progressif des rendements sur le marché secondaire, sans mouvement marqué à ce stade.

Malgré sa liquidation, le groupe agricole Soprofel obtient six mois de répit
Les plus de Médias 24

Article : Malgré sa liquidation, le groupe agricole Soprofel obtient six mois de répit

Le tribunal de commerce d’Agadir prolonge de six mois l’activité de Soprofel, malgré sa mise en liquidation judiciaire. Une décision qui intervient alors que la famille Puech, propriétaire du groupe, conteste toujours cette issue devant la Cour de cassation, sur fond de litige de près de 600 millions de dirhams avec l’Office des changes.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité