Immobilier. La flambée des coûts de construction risque de se répercuter sur les prix
La guerre au Moyen-Orient se répercute sur le BTP au Maroc. Déjà fragilisé, le secteur fait face à la hausse des intrants, à l’envolée du gasoil, aux tensions sur certains matériaux et à une pénurie de main-d’œuvre qui complique davantage l’activité.
Le choc énergétique s’est propagé à l’ensemble de la chaîne de valeur du BTP. Il affecte aussi bien les matériaux que le transport et l’ensemble des coûts de chantier. Sur le terrain, plusieurs opérateurs font état d’une hausse rapide des prix et de premières tensions sur l’approvisionnement de certains produits.
La situation devient de plus en plus difficile à tenir pour les entreprises, les maîtres d’ouvrage et, in fine, pour les ménages.
La flambée des intrants déclenche la révision des prix
Interrogé par Médias24, Mohamed Mahboub, président de la Fédération nationale du BTP, décrit une pression déjà bien installée sur les coûts de production, en particulier dans les travaux publics.
"Le secteur traverse une période difficile. La quasi-totalité des intrants est en hausse. Selon les produits, les hausses vont de 15% à 30%. L’aluminium est devenu très cher. Le PVC aussi, du fait de son lien direct avec le pétrole. Presque tous les matériaux sont en hausse, et ce renchérissement devient difficile à supporter pour un secteur déjà confronté à de multiples défis", explique-t-il.
"Certaines entreprises disposent de stocks qui leur permettent d’atténuer une partie du choc, mais ce n’est pas le cas pour l’ensemble des opérateurs".
Pour Mohamed Mahboub, les entreprises de terrassement figurent parmi les plus exposées. Leurs engins, très gourmands en gasoil, subissent de plein fouet la hausse des prix, ce qui renforce la contrainte sur leurs coûts.
"À titre d’exemple, la situation est particulièrement difficile pour les entreprises de terrassement, dont les engins fonctionnent au gasoil. Avec une hausse de plus de 35% du gasoil, la pression sur les charges devient colossale, tant pour les entreprises que pour les maîtres d’ouvrage", poursuit Mohamed Mahboub.
Par ailleurs, le président de la FNBTP affirme que les entreprises ont déjà saisi les pouvoirs publics pour activer les clauses de révision des prix liées aux marchés publics dont elles sont titulaires.
"Les entreprises du BTP engagées sur des marchés publics ont activé les clauses de révision des prix. Le problème, c’est que ces révisions ne couvrent généralement pas les pertes. L’expérience de la guerre en Ukraine l’a montré, même lorsqu’elles sont appliquées, elles ne compensent pas toujours suffisamment les pertes. Aujourd’hui, l’État doit prendre cette réalité en compte", souligne-t-il.
Dans la construction, la main-d’œuvre accentue la crise des coûts
Même constat chez les opérateurs de la construction. Contrairement aux entreprises titulaires de marchés publics, ils ne disposent pas de mécanismes de révision des prix comparables, puisqu’ils construisent pour vendre. Ils supportent ainsi directement la hausse des coûts et se voient contraints de la répercuter sur les acquéreurs finaux.
Contacté par Médias24, un professionnel du secteur décrit une situation devenue particulièrement difficile à gérer sur le terrain.
"Dans plusieurs cas, la hausse des intrants dépasse 30%. Le PVC, l’aluminium et d’autres matériaux ont fortement augmenté. Sur certains produits, des tensions d’approvisionnement commencent à apparaître", indique-t-il.
"Le gasoil renchérit lui aussi toute la chaîne. Les projets deviennent de plus en plus coûteux, sachant que les prix étaient déjà élevés avant ce nouveau choc. Comment continuer à construire dans ces conditions, alors même que le marché absorbait difficilement les niveaux de prix antérieurs ?".
Pour lui, le marché s’achemine vers un déséquilibre plus profond que celui observé aujourd’hui, les entreprises ne pouvant pas vendre à perte, tandis que les ménages, eux, peinent de plus en plus à suivre.
"Il existe déjà un déséquilibre entre l’offre et la demande, les prix n’étant plus raisonnables pour une grande partie de la clientèle. Avec les coûts actuels, et puisque nous ne pouvons pas vendre à perte, nous risquons de nous retrouver avec des biens devenus inaccessibles pour une large partie des Marocains. C’est là que le problème devient structurel. L’État doit assumer son rôle et agir".
Par ailleurs, au-delà des matériaux et de l’énergie, la pénurie de main-d’œuvre constitue un autre facteur de tension majeur pour l’activité des chantiers.
"La guerre vient aussi aggraver une problématique déjà ancienne, celle de la main-d’œuvre. La pénurie s’est encore accentuée. Aujourd’hui, même à 150 ou à 170 DH par jour, il devient difficile de trouver des ouvriers non qualifiés. Quant à la main-d’œuvre qualifiée, elle est à la fois plus chère et plus rare", conclut-il.
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