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Enjeux pétroliers, milices, Da'ech: nouvelle alerte pour la Libye

Dans une étude, l'International crisis group alerte La Libye et la communauté internationale sur la situation dans le pays.

Enjeux pétroliers, milices, Da'ech: nouvelle alerte pour la Libye
Jamal Amiar
Le 4 décembre 2015 à 10h22 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Alors que Da'ech consolide ses positions autour de Syrte, à mi-chemin entre Tripoli et Benghazi, l’International crisis group (ICG) tire la sonnette d’alarme sur la rapide détérioration de la situation économique et sociale en Libye dans un rapport rendu public ce jeudi 3 décembre.

L’analyse de l’ICG part du fait que la baisse du prix du pétrole conjuguée à la casse des infrastructures pétrolières libyennes crée une situation de baisse de revenus pour l’ensemble des factions en conflit à Tripoli, à Syrte ou à Benghazi. D’où une lutte plus acharnée pour moins de ressources à se partager.

Moins de ressources, luttes plus acharnées

Cette situation de baisse des revenus attise les conflits entre les milices de Tripoli, Tobrouk et Benghazi, et maintenant les milices de Da'ech positionnées autour de Syrte.

Alors que les dépenses publiques ne baissent pas et que la corruption augmente, la baisse des exportations pétrolières et des revenus plonge le pays "dans le chaos dans un contexte de profonde crise politique, de batailles entre milices et d’éclosion de groupes radicaux, dont l’organisation Da'ech". La réalisation du rapport de l’ICG a été conduite par la chercheuse Claudia Gazzini. 

Selon Gazzini, "si les conditions de vie se détériorent et si les salaires des miliciens et des fonctionnaires ne sont pas payés, les deux gouvernements qui luttent pour leur légitimité perdront tout support et les pillages et le chaos l’emporteront".

La Libye: deux gouvernements, deux parlements, Da'ech, les premières réserves de brut en Afrique

Depuis la mi-2014, la Libye dispose de deux gouvernements et de deux parlements. Plusieurs sessions de négociations entre les parties se sont tenues à Rabat, Alger ou Bonn depuis une année. De nouvelles négociations sont annoncées à Rome.

La production de pétrole de la Libye est tombée d’environ 1,4 million de barils/jour en 2011 à 10% de ce chiffre aujourd’hui, soit 150.000 barils. Cette raréfaction des ressources aiguise les conflits et les enjeux du conflit libyen. Le pays abrite les plus importantes réserves de brut du continent africain et les cinquièmes réserves au monde.

La concentration des réserves de pétrole dans l’est de la Libye (Benghazi) et l’importante corruption des dirigeants libyens depuis l’ère Kadhafi avaient déjà donné naissance à des revendications sécessionnistes sur la frontière orientale du pays.

A cette donne passablement explosive se rajoute depuis une année, et de manière progressive, la montée en puissance de Da'ech autour de la ville de Syrte qui se trouve à mi-chemin de Tripoli avec ses milices et de Benghazi avec ses rebelles sécessionnistes.

Outre le pétrole, les conflits actuels portent sur les avoirs de la banque centrale CBL (Central bank of Libya), de la compagnie pétrolière NOC (National oil company) et du fonds souverain LIA, la Libyan investment authority, soit un total, estimé par le Crisis group, à 130 milliards de dollars US.

Dans ce contexte, l’International crisis group appelle les négociateurs onusiens et autres médiateurs à réitérer qu’il ne peut à l’avenir y avoir qu’une seule banque centrale, une seule compagnie pétrolière nationale et un seul fonds souverain avec autorité donnée au futur gouvernement d’union nationale de nommer leurs dirigeants.

L’ICG recommande également de donner une priorité dans les négociations qui doivent s’ouvrir à Rome à la gouvernance économique afin d’éviter une grave crise sociale et l’aggravation des "comportements prédateurs".

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Jamal Amiar
Le 4 décembre 2015 à 10h22

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