Driss Azami: “Voici comment redresser l'économie à Fès”
Driss Azami, candidat aux régionales de Fès-Meknès, s'attaque à la gouvernance de Chabat pour mobiliser autour de son projet. Pour lui, les moyens financiers existent. C'est la gouvernance et donc la confiance qu'il faut ramener à Fès.
Médias24: Quelle est la situation du parti dans la région de Fès Meknès?
-La situation du parti est globalement positive dans la région. Nous constatons un niveau très élevé de réceptivité auprès des habitants.
Nous sommes considérés comme la seule alternative sérieuse et crédible pour sortir la région du chaos général.
Suite à nos rencontres avec la population, nous relevons un sentiment de ras-le-bol par rapport à la gouvernance actuelle de la ville et en même temps la crainte de ne pas trouver une alternative qui pourrait rendre à Fès son rayonnement régional, voire national.
-Quels sont les facteurs qui ont favorisé ce ras-le-bol?
-Deux facteurs concourent à l'installation d'un sentiment de crainte dans la ville de Fès: la criminalité et le manque de perspectives économiques et sociales.
Les deux sont liés et indissociables car personne ne peut prétendre combattre la criminalité sans mettre en place un projet de développement qui crée de l’emploi.
-Justement, comment créer de l'emploi dans une ville en perte de vitesse?
-Point d'emploi sans investissement. C'est une règle absolue. Notre rôle sera de drainer des investissements vers Fès. Et la première chose à faire est de rétablir la confiance.
Le témoignage des opérateurs économiques que nous avons rencontrés mercredi 2 septembre à Fès est clair: des investisseurs préfèrent installer leurs activités à Meknès parce que leurs demandes traînent à Fès et leurs projets peinent à sortir de terre.
Notre conviction est que le problème de Fès est lié à une mauvaise gouvernance. Preuve est la difficulté de la ville à mettre sur pieds un projet de développement convaincant que l'Etat peut adopter et soutenir dans le cadre de conventions à l'instar de ce qu'ont fait des villes comme Casablanca, Marrakech ou autres.
Ce qui manque à Fès, c'est un projet de développement mobilisateur.
-Quel est votre projet de développement pour la ville?
-Pour résumer, notre projet repose sur trois éléments essentiels.
D'abord mettre en place l'environnement nécessaire pour une bonne gouvernance de la ville. Le conseil de la ville doit être un catalyseur pour le développement en installant la confiance et en adoptant une démarche efficace.
Ensuite, mobiliser les moyens de la ville pour les mettre à la disposition des citoyens et des acteurs économiques. Je cite l'assiette foncière de la ville qui doit être mobilisée et engagée dans la transparence et pour le développement de la ville.
Dans ce sillage, la mise à niveau de la région est prioritaire et doit être réalisée dans le cadre d'engagements urbanistiques contraignants pour éviter les écarts d'exécution.
Enfin, il faut se battre à tous les niveaux, à commencer à Rabat, pour attirer les investissements vers la ville et dont créer une dynamique économique et sociale.
-L'attractivité économique repose sur des infrastructures, cela prendra du temps alors que les habitants demandent des actions urgentes. Comment régler cette équation?
- Pas vraiment. Prenons l'exemple du désenclavement, les Fassis s'attendaient à la réalisation d'une autoroute qui lierait Fès à Tanger Med.
Actuellement, nous avons une nouvelle donne: le projet de Peugeot à Kénitra impose la réalisation du Port Atlantique.
Cette infrastructure portuaire est actée à Rabat et le projet sera lancé sous peu. C'est une opportunité pour Fès et sa région. Encore faut-il que les acteurs de gouvernance sachent préparer le terrain.
-Comment relancer l'industrie et le tourisme dans la région?
Il faut rappeler que, par le passé, l'industrie existait et évoluait positivement en l'absence d'infrastructures portuaires et autoroutières. La notion clé est la confiance dans la gouvernance locale. Il faut donc rétablir cette confiance.
Ensuite, nous pouvons relancer l'industrie en lançant quelques actions ciblées. Je cite à titre d'exemple la réserve foncière de la société Cotef, une société de textile appartenant à l'Etat et dont l'outil de production a été détruit.
La ville peut faire appel à l'aide d'une banque d'affaires pour placer cette réserve foncière pour des projets industriels à valeur ajoutée. Mais encore une fois, personne ne viendra mettre son capital à Fès s'il n'a pas confiance dans sa gouvernance.
Pour le tourisme, la ville dispose d'une grande capacité d'hébergement et est riche d'un bon positionnement de ville impériale, mais elle réalise un taux d'occupation d'à peine 20 à 30%. Le rôle des élus locaux est d'être des catalyseurs pour le développement de destination. Si le problème majeur est l'aérien, le conseil régional peut ainsi prétendre à une subvention des vols internes pour connecter Fès au circuit de Marrakech, toutes deux faisant partie du circuit des villes impériales.
Nous ne pouvons pas demander cela à la RAM. La région a les moyens de subventionner des dessertes pour animer le tourisme et le développement des activités qui l'entourent.
-Avec quels moyens financiers?
-Les moyens financiers existent. Rien que pour les transferts de l'Etat, le budget de la région passera de 60 millions de DH actuellement à 1 milliard de DH dans la configuration prévue par la loi. A cela s'ajoutent les revenus propres collectés par la région dans le cadre de la fiscalité ou la redevance locale.
La loi sur les régions prévoit également deux fonds, l'un de solidarité entre régions et l'autre pour le développement social. Les deux font profiteront à la région de Fès en contribuant au financement des infrastructures dans les localités éligibles, comme celle de Boulemane, El Hajeb, Taza...
La question des moyens ne se pose plus, c'est l'efficacité de la gouvernance locale qui devient le maître mot dans la gestion décentralisée au Maroc.
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