Tanger: vers la destruction d’une construction illégale de la place Amrah
Les infractions à la loi en matière d’urbanisme se multiplient, comme le montre le cas de la propriété Taidi, dont l’ampleur du chantier a alerté les riverains.
Une commission composée des représentants de la wilaya, de l’autorité locale, de la commune et de l’Agence urbaine s’est rendu place Amrah dans la médina de Tanger jeudi après-midi sur le chantier d’une construction incontrôlée.
Mais la commission n’a pas rapporté tout ce qu’elle a vu.
La commission a ainsi omis de mettre noir sur blanc au moins trois infractions :
-une absence de procès-verbal de démarrage de chantier,
-une autorisation de construire caduque,
-une absence de panneau portant le numéro de l’autorisation de construire sur la façade.
Des fonctionnaires et des riverains
Médias 24 est en possession d’une copie du procès-verbal de la commission de l’urbanisme, « dressé par un fonctionnaire de l’Agence urbaine » selon des sources municipales. Outre les membres de la commission, des riverains ont participé à la visite.
Suite à la visite de cette commission sur les lieux jeudi 8 avril, un « ordre d’arrêt immédiat des travaux » a été délivré par la commune et signé du président de l’arrondissement de Tanger-Medina Younès Cherkaoui (RNI). Il a été transmis au caïd de l’arrondissement Driss Benjelloun vendredi 9 avril vers 11H.
Des sources à la wilaya de Tanger ont indiqué à Médias 24 que « la règle et la consigne générales est de fournir des autorisations pour travaux et rénovations ; pas pour construire des choses nouvelles ». C’est ce que l’Agence urbaine avait indiqué à des résidents de la médina : « ce qui est en R+1 reste en R+1 ».
Mais les responsables de la wilaya semblent dépassés par l’ampleur des multiplications des infractions à la loi et des complicités et du silence dont ces violations bénéficient.
Discrètement, la maison Taidi s’agrandit
Ce dossier concerne la propriété dite Taidi au titre foncier numéro 4769806. Taidi appartient à parts égales à deux citoyens américains Gilbert Frank Di Biasi et Eugene Fred Meyer. La propriété a été acquise par Di Biasi et Meyer en mai 2009 selon un document de la conservation foncière de Tanger. Le responsable des travaux en cours est l’entrepreneur Jérôme Guérin.
Sollicité pour des explications sur ce dossier, M. Guérin s’est réfugié derrière l’avis de « l’avocat de M. Di Biasi qui refuse que l’on communique ».
L’ampleur du chantier avait attiré l’attention des riverains de la place Amrah et de l’association Al Boughaz de défense du patrimoine historique et architectural de la ville.
Des riverains parlent de versement de « gratifications financières » à des habitants du quartier pour « les remercier de leur patience devant la gêne occasionnée par les travaux en cours ». Les voisins avaient remarqué que les murs montaient et que le balcon débordait sur la rue.
Pourtant, les cas de constructions mal conçues qui ont provoqué des morts dans les médinas du Maroc et jusqu’au quartier Bourgogne de Casablanca en juillet dernier sont encore dans les mémoires.
La place Amrah fait partie du circuit touristique et historique de la médina et de la casbah de Tanger. Elle relie la place de la casbah, son musée et sa vue sur les eaux du détroit de Gibraltar et le nouveau port de pêche avec la résidence de Barbara Hutton et la descente vers le petit Socco.
Officiellement, 4 infractions…
La commission de l’urbanisme, qui s’est finalement rendue jeudi 8 avril sur le chantier, l’a longuement visité et a officiellement constaté quatre infractions : des hauteurs de plafond plus élevées que prévues ; un balcon plus grand ; un mur et des fenêtres en plus.
Sur les lieux du chantier, un débat a opposé le caïd de l’arrondissement Driss Benjelloun aux responsables de la commune et de l’Agence urbaine sur la validité de l’autorisation de construire N° 80T/013.
Celle-ci a été délivrée le 9 octobre 2013. Les maçons sur place affirment que « les travaux n’ont démarré qu’il y a deux mois ». En août dernier, des piliers métalliques de soutien avaient été installés mais aucun travail de maçonnerie ou de construction n’avait démarré.
Le caïd de l’arrondissement s’arc-boute sur ces « piliers métalliques » pour argumenter que l’autorisation de construire n’était pas caduque.
…mais en réalité, 7 infractions
Un permis de construire a une validité de 12 mois. Cette infraction n’a pas été notée dans le PV sur l’insistance du caïd et malgré les protestations d’un responsable de l’Agence et de responsables de la commune.
Autre infraction importante non mentionnée sur le PV : l’absence d’un PV de démarrage de chantier. Son existence aurait rendu « caduque » tout débat sur la validité ou pas de l’autorisation de construire. Ce n’est pas le cas.
Troisième infraction non mentionné sur le PV de la commission d’inspection : le numéro d’autorisation placardé sur la façade ne correspond au numéro de l’autorisation de construire dont Médias 24 détient une copie.
Selon l’adjointe de la commune Saïda Chaker (RNI) qui a reçu Anne Haudrechy, résidant place Amrah, « la commission de l’urbanisme devrait maintenant ordonner la destruction des constructions ajoutées au bâtiment original », une position qui rejoint celle des autorités de la wilaya et de certains élus communaux et fonctionnaires de l’Agence urbaine.
Selon une source de presse bien informée, « le wali ne devrait pas rester spectateur face aux scandales de l’urbanisme qui s’accumulent ». Une pétition citoyenne doit lui être remise au cours de cette semaine.
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