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ECONOMIE

Affaire Amendis. Le PAM réplique au PJD, Dubaï et Qatar s’invitent dans les débats

Après le vote par tous les conseillers de la ville de Tanger contre le transfert au fonds britannique Actis des parts que Véolia détient dans Amendis, les élus PAM et la majorité critiquent le PJD et l’accusent de «défendre des intérêts extérieurs».

Affaire Amendis. Le PAM réplique au PJD, Dubaï et Qatar s’invitent dans les débats
Jamal Amiar
Le 4 juin 2014 à 18h01 | Modifié 11 avril 2021 à 2h35

PAM et PJD s’opposent violemment sur les termes du «divorce» entre la ville et Véolia.

Le vote, dans un deuxième temps,  par la majorité du conseil de la ville de Tanger d’une recommandation de rachat des parts de Véolia dans Amendis selon les termes de l’article 72 du contrat de gestion déléguée le lundi 26 mai dernier avait provoqué une vive réaction du PJD.

Celui-ci avait rapidement réagi en  publiant un communiqué pour condamner le recours à l’article 72 et  tenu une conférence de presse pour expliquer les inconvénients de ce choix. Le PJD propose de faire valoir les articles 62, 63 et 65 qui prévoient une «déchéance» du contrat.

Selon le PJD, le recours à ces articles permet de récupérer la gestion d’Amendis tout en pénalisant Véolia pour ses manquements à la gestion des services communaux d’eau et d’électricité. Parmi ces manquements, figurent les retards dans les investissements et une absence de transparence au niveau des contrôles de gestion contractuels.

Le PAM n’a pas tardé à réagir cette semaine aux contre-propositions du PJD en publiant un communiqué fustigeant l’attitude du PJD affirmant que le choix de la majorité du conseil de la ville de Tanger de recourir à l’article 72 était conforme aux intérêts de la ville et des habitants.

Mais le PAM ne s’est pas arrêté là puisqu’il critique le PJD pour «défendre le transfert de la gestion de ce secteur à des parties extérieures auxquelles il serait lié par des intérêts idéologiques clairs». Dans le passé, le PAM a souvent accusé le PJD de liens avec les Frères musulmans, et partant avec le Qatar.

Interrogé spécifiquement sur ce point, le secrétaire régional du PAM Mounir Limouri a confirmé à Médias 24 que les expressions « parties extérieures » et « intérêts idéologiques » du communiqué du PAM faisaient allusion à la présence de capitaux qataris dans le fonds d’investissement britannique Actis intéressés par le futur de la gestion déléguée d’Amendis.

Du côté du PJD, où l’on pense également que derrière Actis se profilent des capitaux qataris, on indique que le choix du parti est d’abord que la gestion d’Amendis soit reprise par la ville et que Véolia «ne reparte pas avec un chèque» sans rendre de comptes.

Au PJD, on insiste sur le fait que si le choix du PAM de se séparer de Véolia  à travers l’article 72 aboutit, « cela mènera à l’arrivée de capitaux des Emirats arabes unis pour financer l’opération », un choix qui aurait la faveur de Rabat et rendu nécessaire par les besoins de financements d’Amendis et de la ville. La seule dette bancaire d’Amendis atteint les 800 MDH, les retards des investissements en 10 ans frôlent les 180 MDH et le plan Tanger-Métropole sollicite grandement et la ville et le gestionnaire déléguée.
Durant les débats au sein du conseil communal fin mai,  le conseiller de la majorité Abdeslam Aidioui avait indiqué que « si les instructions du makhzen pour la séparation avec Véolia sur la base de l’article 72 étaient favorables aux intérêts de  la ville, il fallait les accepter ».

Des sources d’Actis contactées par Médias 24 considèrent sous couvert d’anonymat ce point du capital qatari dans Actis comme « peu important » allant jusqu’à indiquer : « à ma connaissance, il n’y en a pas ». Actis est un fonds privé britannique issu du CDC, le Commonwealth Development Company, un ancien bras public de Londres pour l’investissement dans les pays anglophones, aujourd’hui privatisé.

Selon nos propres recherches, si les fonds qataris devaient être présents au sein du tour de table d’Actis, ils n’y apparaissent pas sur les sites web du groupe, ce qui laisse supposer, au mieux, une présence minoritaire.

Du côté d’Actis, on indique également que « ce sont les élus qui en fin de compte sont souverains en matière de gestion des services communaux et qu’il faut respecter cela». «Actis, ajoute notre interlocuteur, a l’habitude des négociations internationales. Ces dossiers sont complexes et ne peuvent se boucler qu’avec l’appui de l’Etat. Nous sommes venus avec une proposition forte pour construire des champions du secteur au Maroc qui pourront demain partir à la conquête d’opportunités en Afrique, par exemple».

 Le contrat d’Amendis sur Tanger et Tétouan court jusqu’en 2026 et Actis a demandé une extension de 5 ans. Du côté d’Actis Maroc, on indique que « a méthode de travail des fonds d’investissement est de restructurer et de bâtir des sociétés leaders avant de les revendre quelques années plus tard». En Afrique,  Actis est  présent en Afrique du sud, en Egypte, en Ouganda, au Cameroun et en Côte d’Ivoire notamment, ainsi que sur le continent asiatique.

Chez Actis on n’écarte pas la possibilité qu’au-delà de la compétition politique et de pouvoir entre Dubai et Qatar par exemple, le dossier risque de devenir une victime du bras de fer entre le PAM et le PJD sur le plan local mais aussi national. «Nous sommes dans une année pré-électorale rappelle-t-on à Actis, et les gens veulent demander des comptes à Véolia». Elections municipales et régionales sont prévues au Maroc en 2015 et le «Amendis-bashing» est populaire comme le montre la page d’accueil du site du PAM au nord.

Selon les termes d’un accord signé entre Actis et Véolia début 2014, la multinationale française cèderait ses participations marocaines (Amendis à Tanger et Tétouan et la Rédal à Rabat et Salé) au fonds britannique  pour un peu plus de 4,1 MMDH.

La mise en œuvre de cet accord est soumise à l’approbation des élus de 18 communes différentes dont la commune urbaine de Tanger est la plus importante suivie par celle de Tétouan. A Tanger, le PAM dirige la majorité du conseil; à Tétouan, c’est le PJD. Avec la Rédal à Rabat et à Salé, et le souhait de Véolia de se défaire de ses participations marocaines, les imbroglios politiques et les enjeux politiques et financiers ne sont pas moins importants qu’à Tanger et à Tétouan. Cette semaine, les élus de Rabat ont à leur tour voté contre le rachat des parts du Français Véolia dans la Rédal par le Britannique Actis.

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Jamal Amiar
Le 4 juin 2014 à 18h01

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