Il était une fois… Saïd C. Naciri
Le jeune réalisateur marocain revient sur sa formation aux Etats-Unis, ses premiers courts métrages et ses sources d’inspiration, notamment pour Kanyamakan, actuellement en salles, un film d’aventure avec une touche western-spaghetti dopée à la tchatche made in Morocco.
Explosif, délicieusement fun, décomplexé, ultra-speed… Kanyamakan constitue dans le paysage actuel du cinéma marocain -plus prompt à toucher aux tabous qu’à divertir- une heureuse surprise. « Je ne cherche pas à dénoncer quoi que ce soit, le but de mon film est avant tout de divertir, et puis les jeunes ne veulent plus voir les problèmes, ils les connaissent déjà », lance-t-il d’emblée.
Divertir, tel est le crédo du film. Et ça marche ! Pendant 1H40, le plaisir est très vite communicatif : déluge d’effets spéciaux, scènes d'action à gogo et dialogues savoureux sur fond de violence expressionniste, de comique de situation et d’anachronisme musical.
Et s’il contient explicitement une touche western-spaghetti à l’ancienne sauce marocaine, le film (en salles depuis le 12 mars, et produit par son frère, Mamoun Naciri) est avant tout un film d’aventure grand public, loin des belles lenteurs « sergio-leonesques » qui caractérisent le genre. « Quand on parle de film d’aventure, ça peut être un film de cape et d'épée, un western ou un film de science-fiction », insiste-t-il.
Le titre -somme toute conventionnel, vous en conviendrez- «renvoie à la fois aux contes arabes et aux westerns de Sergio Leone, il était une fois dans l’Ouest, il était une fois au Mexique », voire (pour la digression) il était une fois en Amérique, qui du coup n’est pas un western mais un film de mafia en pleine période de prohibition.
« Mon film porte plein de messages. C’est une grande métaphore du Maroc d’aujourd’hui : la jeunesse bling-bling, et l’ancienne génération qui tente de sauvegarder les choses traditionnelles de la vie. Au Maroc, on trouve des médinas entourées de buildings ». Très PAMiste tout ça !
S’il est vrai que le spectacle est pétaradant à souhait et les acteurs au top (mise à part le cabotinage de Mohamed Qissi, acteur décidément has been), le scénario, qui nourrit de multiples références, manque parfois d’audace créatrice. A force de vouloir toucher le plus grand nombre, on fini forcément par froisser quelques cinéphiles trop tatillons.
Du reste, Kanyamakan, c’est 14 semaines de tournage, une belle brochette d’acteurs et une jolie BO originale signée Hoba Hoba Spirit et Rachid Taha. Sans oublier des décors tout à fait soignés: Les paysages du Far Ouest remplacés ici par les décors du désert et ses kasbahs, les cowboys par les nomades, les saloons par des bars où l’on boit allégrement de la « Spéciale » à gogo. Mais avant de signer ce film, Saïd C. Naciri a fait du chemin.
De Marrakech au pays de la Busherie
Né à Casa, il passe son enfance à Tanger. Ado, il s’installe avec sa famille à Marrakech et fréquente le lycée Victor Hugo. Une fois le bac en poche, il s’envole aux Etats-Unis et intègre The Los Angeles Film School. Il y reste 5 ans, et se spécialise en production et réalisation. « Quand j’ai fini mon cursus, je suis resté 3 années de plus à Los Angeles (…), pendant ce temps, j’ai passé des stages sur plein de productions, comme la 2e saison de la série 24 heures chrono(…) j’ai aussi produit 3 courts métrages aux Etats-Unis ».
Puis il revient au Maroc réalise son moyen métrage Kasbah Story, avec la collaboration de deux de ses anciens camarades de classe : Mark Neveldine et Brian Taylor. « Le premier en tant qu’acteur, le second en tant que chef opérateur », raconte Saïd.
Ensemble, le trio va expérimenter une nouvelle technique : le caméraman filme la médina de Marrakech en Rollerblade. « Une technique qui sera plus tard reprise dans tous les films de Mark Neveldine et Brian Taylor, Hyper Tension, Ultimate Game, Ghost Rider ». Dans la même veine, il réalise 5 courts métrages. « Et c’est là que je commence à réfléchir à comment rester dans la même dynamique de film de divertissement : faire un film fun, capable de réunir les gens de tout âge, sans forcément porter de message », se rappelle-t-il.
Deux déclics
Il y a eu deux déclics : d’abord, un voyage dans le désert. « Quand j’ai découvert les ksour sur la route entre Ouarzazate et Merzouga, je me suis véritablement senti dans une ambiance de western marocain. Et puis je me suis dit, pourquoi est-ce qu’on ne retrouve pas ce genre de décors dans notre cinéma ? ».
« Ensuite, un pote américain est venu me rendre visite, et là je l’emmène à la place Jemaa el-Fna(…), le gars n’a pas dit un mot pendant 5 min. C’est là que je prends conscience de la magie de cet endroit, une magie qu’on a tendance à oublier», dit-il.
« Marrakech, c’est aussi la ville où j’ai quelque part fait mon adolescence. Les mecs de la place Jemaa el-Fna te font un film rien qu’en parlant, avec du suspense, des rebondissements et une fin. C’est quand même incroyable ».
Village sur-mesure
L’écriture a pris 2 ans. « J’ai écrit la première version, mais pour tout ce qui est de la structure et de l’aspect technique, j’ai bossé avec des scénaristes ».
« Pour la pré-production, j’ai fait des repérages pour trouver un village qui correspond à ce que j’avais en tête. Je l’ai trouvé, il existe à Ouarzazate, mais il est habité. On a préféré ne pas déranger les habitants en créant notre propre village. Cela nous a donné la liberté de tourner à n’importe quelle heure. Aujourd’hui, le village existe encore, et pour l’anecdote, Nicole Kidman a tourné une scène dans ce village il y a quelques semaines, dans Queen Of The Desert », raconte-t-il.
Le choix de la musique s’est fait naturellement. « Je suis fan de Rachid Taha, je trouve que sa musique est extrêmement cinématographique. Et quand j’ai vu La Chute du faucon noir de Ridley Scott, l’impression que sa musique colle parfaitement aux films s’est confirmée. Pour Hoba Hoba Spirit, l’idée de collaborer avec eux m’est venue quand j’ai écouté leur titre Gnawa Blues, qui a des sonorités très western. Je me suis dit qu’il fallait absolument que Hoba Hoba participe aussi au film », confie-t-il.
Des décors soignés
L’autre point fort du film tient de son graphisme et son esthétisme incroyablement travaillé. « J’aime les films graphiques, cela peut aller de l’univers des BD Marvel aux mangas (…), d’ailleurs dans Kanyamakane, il y a une petite touche manga dans les tenues, les combats, la manière de filmer, les costumes (…), dans les djellabas on retrouve un coté cape et d’épée ».
Ses cinéastes préférés ? « John Woo, Tsui Hark dont je me suis inspiré pour la scène du combat des tanneries. Billy Wilder, John Ford ou King Vidor pour les classiques. Parmi les nouveaux, j’aime beaucoup Kim Jee-woon, les frères Ridley et Tony Scott, David Fincher et Michael Bay. »
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