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Quand la Police Judiciaire vit à l’âge de la pierre

Les méthodes et les conditions de travail des forces de l’ordre interpellent à plus d’un niveau. Les constats sont effarants. Les outils de base à la réalisation d’enquêtes ou d’investigations manquent cruellement. Alors que la criminalité affiche toujours une longueur d’avance.

Quand la Police Judiciaire vit à l’âge de la pierre
Imane Azmi
Le 20 avril 2014 à 9h01 | Modifié 20 avril 2014 à 9h01

«Le pays regorge de bons éléments dans les rangs de la police. Toutefois, ils ne disposent pas des moyens nécessaires pour exprimer leur talent. Les conditions d’exercice les brident», lance d’emblée Abdelhakim Yamani, consultant en sécurité, gérant de CSI gestion des risques à Tanger.

Tout d’abord, en termes d’effectifs, la Police Judiciaire compte de nombreux éléments émanant de la sécurité publique, ceux que l’on nomme dans le jargon «les ceintures noires». Il s’agit d’agents détachés. «Ce renfort vient pour pallier au manque d’effectifs de la PJ. Ce ne sont pas enquêteurs, ils sont formés sur le tas», témoigne Abdelhakim Yamani.

Résultat, les brigades de la PJ qui devraient compter un minimumde 6 membres, tournent parfois à deux éléments. Et les enquêteurs cumulent les heures supplémentaires de travail.

Pour parler de ville de Tanger, qui a fait la chronique criminelle de ces derniers mois, les membres de la PJ des deux districts urbains avoisinent les 150 personnes, pour une population estimée à près de 2 millions d’habitants. Les commissariats d’arrondissement disposent de compétences territoriales importantes. A chacun, il est attribué une zone correspondant à des populations atteignant 100.000 habitants dans certains cas. À peine une dizaine depoliciers sont en fonction en moyenne au sein de chaque commissariat d’arrondissement.

Quand on jette un regard sur les outils de travail, l’exercice du métier d’enquêteur en prend un coup. «Les criminels font preuve aujourd’hui d’une extrême mobilité. La PJ doit s’aligner et disposer de motos, de voitures citadines… Même les voitures banalisées restent rares. D’ailleurs, les patrouilles continuent à se faire en fourgonnettes, la fameuse El Mouchouma», indique notre expert. Dans certaines villes, les brigades des « stups » effectuent des descentes avec les petits utilitaires «Honda» destinés à la base au transport de marchandises,  réquisitionnés pour la circonstance. La PJ ne dispose pas de fourgonnettes aux vitres teintées pour réaliser des opérations de surveillance, plus connus dans les milieux policiers comme sous-marins

Côté structures également, les services de la PJ sont déficitaires. Les conséquences sur l’efficacité des interventions se ressentent. «Normalement, chaque sûreté doit comprendre un centre de tir, une salle de sport, des vestiaires avec douches…Mais avant tout, les services de la PJ des grandes villes doivent s’établir dans un bâtiment qui leur serait dédié, avec un parking attenant», considère M. Yamani.

Les remarques ne se limitent pas uniquement à ce niveau. «Les enquêteurs utilisent leurs propres moyens pour exercer leur fonction. Ils circulent avec leurs véhicules personnels, payent la vignette, communiquent avec leurs propres téléphones. Sachant que le salaire d’un enquêteur n’est pas extensible, des questions se posent!» s’exclame notre expert.

Alors, cette situation serait-elle inhérente au défaut des moyens financiers ? «Pas essentiellement, c’est surtout un problème de mentalité. Il faut la volonté de mettre en place une police professionnelle. On construit de superbes édifices abritant les préfectures de police, mais vides de contenu. Par exemple, la DGSN pourrait bénéficier des véhicules saisis dans le cadre de la lutte anti-criminalité et ainsi ce serait les propres criminels qui fourniraient à la police les moyens d'encore mieux les traquer sans bourse délier», répond Abdelhakim Yamani.

Ces mesures de fond telles le recrutement d’effectifs ou la construction de bâtiments destinés aux services de sécurité ou encore la mise à disposition de matériel roulant  ne font que raviver l’urgence d’une réforme et d’une nouvelle organisation.


 

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Imane Azmi
Le 20 avril 2014 à 9h01

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