Neila Tazi, une réussite marocaine
Derrière son regard de velours, Neila Tazi, fondatrice du groupe A3 Rezo est indiscutablement une femme de caractère. Sans fard ni esbroufe, elle se dévoile avec justesse, pudeur et une spontanéité rafraîchissante.
Connue pour avoir donné naissance au célèbre festival gnaoua faisant la renommée de la ville d'Essaouira, cette business woman réserve également de nombreuses surprises.
Entre deux phrases, elle s’emmitoufle élégamment dans un gilet taupe, parfaitement rehaussé par une petite écharpe rose pale... De l'allure et du style, elle en a, c'est certain. Mais il suffit d'un regard de Neila Tazi, pour comprendre que la réduire à des vêtements mariés avec goût serait une grossière erreur.
Ne vous y trompez pas: cette femme est une tigresse, une wonder-woman à l'énergie dévorante, dotée d’un pep naturel et nécessaire pour suivre le rythme effréné de cette prêtresse de la Com.
“Nous sommes multiples“
Fondatrice du groupe A3 Rezo, Neila Tazi et son équipe ont contribué à changer, dix-sept ans plus tôt, le visage de la ville d'Essaouira. Et pour cause. Le désormais internationalement connu, «Festival Gnaoua et des Musiques du monde», c'est son bébé, son tendre troisième enfant et c'est à son acharnement qu'on le doit...
Si vous esquissez votre moue admirative en opinant du chef, c'est que vous mesurez l'ampleur du défi remporté.
Pourtant ce n'est pas assez pour cette quadra super active. Se reposer sur ses lauriers, ça jamais! Animée d'une passion qu'elle déverse sans modération dans son «boulot», elle continue de bousculer les a priori en proposant des projets innovants, de changer les mentalités et de se bagarrer «pour les valeurs qui la motivent», brandissant «le désir de promouvoir l’image du pays» comme bouclier.
Si elle chérit ce festival souiri, elle ne souhaite pas être uniquement enfermée dans le carcan culturel et gnaoui. L'étiquette est certes valorisante, chaleureuse et colorée mais elle est bien trop étroite pour ses ambitions et ses nombreuses réalisations.
Et puis d'ailleurs, les étiquettes, elle les a tout simplement en horreur! «Nous sommes multiples!», s'exclame-t-elle. «L'être humain l'est» ; et son travail, lorsqu'il est exercé avec passion, honnêteté et abnégation, comme le conçoit Neïla, ne peut en être autrement.
Une conviction qui la conduit des podiums de Caftan du Maroc aux dunes ensablées du Rallye des Gazelles, en passant par les bancs «du Conseil de la CGEM en tant que responsable de la communication... Mais, ça, personne ne le sait,» s'amuse-t-elle. Son engagement auprès du patronat la mène notamment au Gabon dans le cadre du forum économique maroco-gabonais du 7 mars 2014, aux côtés de sa grande amie et l’un de ses premiers soutiens, Meriem Bensaleh Cheqroun, cette femme «qui fédère et qui écoute» comme elle l’a décrit.
En pionnière de l'entrepreneuriat culturel, elle revendique la volonté de «bien faire» son métier ; de ne pas tomber dans les innombrables «kadia, [astuce, ndlr]», magouilles & Cie qui entachent certaines professions. Cette rigueur vaudra d'ailleurs à l'agence qu'elle dirige d'être «le premier groupe marocain à bénéficier du label RSE [responsabilité sociale de l'entreprise, label obtenu en 2013, ndlr]». Un rire communicatif lui échappe d'ailleurs en repensant au chemin parcouru...
Télex et Blackberry
1992. A3 voit le jour avec un investissement de départ de 12.000 DH, un minuscule bureau, une foi inébranlable, et un télex*[*pour les plus jeunes d'entre vous, le télex est un ancêtre un peu malingre et oublié d'Internet]. Pas le choix, il fallait y croire car «on ne nous prenait pas toujours au sérieux à l'époque». Et pour cause! Une jeune femme, à la tête d'une agence, souhaitant créer et lancer des projets culturels au Maroc des années 1990 ?! Mais quelle sotte idée, voyons...
Sans sombrer dans la caricature victimisante de la femme freinée dans ses ambitions, Neïla reconnaît toutefois que ça n'a pas toujours été simple.
«Une vraie galère par moments», des traversées du désert et des moments difficiles aussi. Elle parvient pourtant à les balayer d'un revers de main parfaitement manucurée (le glamour et la détermination ne sont pas incompatibles).
En guise d'explications, elle lance: « Je suis née aux États-Unis, ai été élevée par des parents open-minded». « J'ai appris à être libre!» résume cette business woman qui estime avoir «hérité du meilleur de la culture marocaine, sans s'être encombrée des «hchouma» ou « ici on ne fait pas comme ci ou comme ça» etc. ». Une ouverture d'esprit taillée à vif, combinée à tempérament de «serial battante» fière de son africanité.
2014. L'encombrant télex a laissé place à un discret Blackberry, «son bureau transportable» comme elle dit, tandis que l’agence s’est étoffée doucement mais sûrement se targuant d’employer une trentaine de salariés permanents. «Vingt femmes et dix hommes», précise-t-elle, «on approche de la parité».
Bien qu'elle s'en défende aujourd'hui, Neïla est un modèle de réussite. Mais wonder woman prend encore « des claques» lorsque des «jeunes souhaitent lui rendre hommage». Modeste, l'héroïne ? A n'en pas douter…
Les causes qui comptent
Le succès la surprend encore alors qu'elle, voue une admiration sans failles à d'autres femmes. Celles qui se battent au quotidien pour faire leur place dans un monde d’hommes et faire valoir «nos droits».
Si Neïla ne se définit pas comme une militante féministe, il lui est impossible et impensable de conserver le silence devant certaines causes jugées révoltantes. Le cas d'Amina Filali, les affaires de violences envers les femmes, la lutte pour la Moudawana etc., les réactions qu'elles lui suscitent sont viscérales, épidermiques. «Si on ne peut pas être de tous les combats, il faut au moins se mobiliser pour les causes qui comptent», insiste une Neila entière, qui s'engage comme elle mène sa vie, guidée par l'éthique et l'instinct.
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