Standard & Poor’s optimiste pour la finance islamique au Maroc
L’agence de notation américaine estime que la finance islamique, qui est en train d’émerger au Maghreb, va se développer dans la région. Le Maroc a posé les bases d’une législation permettant l’essor des produits financiers islamiques.
Selon le directeur de recherche pour l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Europe Centrale à Standard & Poor’s (S&P) Mohamed Damak joint par téléphone par Médias 24, « le Printemps arabe et la crise économique et financière qui a touché l’Occident à partir de 2008 ont accru l’intérêt pour la finance islamique en Afrique du Nord notamment en raison de l’augmentation des besoins de financement et de la frilosité des investisseurs occidentaux qui s’en est suivi », une situation et une attitude concomitante avec les tensions politiques que vit la région depuis 2011. S&P vient de publier une étude sur la finance islamique au Maroc, en Tunisie et en Egypte.
Cette crise économique et politique au nord et au sud de la Méditerranée aura eu le mérite d’attirer l’attention sur la finance alternative. «Les besoins de financements, les déficits des comptes courants et le déclin de la finance conventionnelle, souligne Mohamed Damak, ont amené les gouvernements des pays du Printemps arabe à étudier les opportunités offertes par la finance islamique. »
En Tunisie et en Egypte, une nouvelle réglementation a été mise en place à l’automne 2013 note l’étude de S&P et le gouvernement marocain a approuvé un texte de loi posant les fondations de la finance islamique en janvier dernier.
S&P note toutefois que si « la finance islamique doit gagner des parts de marché, elle ne pourra le faire qu’en proposant des produits compétitifs ». Selon les calculs de S&P contenus dans l’étude publiée cette semaine, les coûts de la finance conventionnelle restent plus compétitifs que ceux de la finance islamique dans la région du Golfe où les deux types de finance coexistent.
Sur le plan international, il est à noter que Londres est la première place financière islamique grâce à l’expertise de la City et à ses liens anciens avec les pétromonarchies arabes, suivie de Kuala Lumpur qui s’est mise très tôt sur un créneau différent de sa voisine Singapour. Selon divers experts, Casablanca dispose des atouts pour devenir une plateforme pour la finance islamique en Afrique si, d’ici là, Le Caire, Tunis ou Lagos ne s’en chargent pas.
Le Maroc compte aujourd’hui 2 fonds islamiques et aucune banque, l’Egypte 12 fonds et 4 banques et la Tunisie 3 fonds et 3 banques. A noter que la loi marocaine ne prévoit pas la création de banques islamiques spécifiques mais la possibilité pour les banques de la place de développer une activité compatible avec la charia. « En matière de banques, d’assurances et de fonds, note S&P, la finance islamique représente entre 1 et 5% du total » selon les pays de la région.
L’autre argument jouant en faveur de la finance islamique en Afrique du Nord, outre le fait qu’elle est susceptible d’offrir de nouvelles sources de financement très en demande au Maroc, comme en Tunisie ou en Egypte, est l’arrivée au pouvoir à Rabat et à Tunis de gouvernements proches des islamistes tandis qu’en Egypte le régime militaire est proche des pétromonarchies d’Arabie saoudite, des Emirats Arabes Unis et du Koweït.
Au Maroc, outre la couleur islamiste du parti dominant, le caractère politique et religieux de la monarchie couplé aux bonnes relations qu’entretient Rabat avec Ryad, Abu Dhabi ou le Koweït constituent un atout en matière de développement progressif du secteur de la finance islamique marocaine.
Selon M. Damak, l’exemple de la Turquie est significatif à cet égard puisqu’« en 2012 l’émission d’un sukuk –obligation d’Etat compatible avec la charia- par Ankara a été souscrit à 60% par des institutions de la région du Golfe qui pourraient ne pas être intéressées par un produit conventionnel équivalent. »
En matière d’investissements directs étrangers (IDE), une évolution pourrait aussi s’amorcer. A fin 2011 au Maroc, les IDE sont à 62% en provenance de l’UE, à 28% en provenance des pays arabes, à 4% en provenance des USA et 4% autres.
En Tunisie, la part de l’UE est de 49%, celle des pays arabes de 38%, celle des USA de 9% et 4% autres à fin 2012. Dans le cas égyptien, la part de l’UE est de 52%, la part américaine de 23%, la part arabe de 15% et 11% autres à fin juin 2013.
Selon S&P, si de grands changements ne sont pas attendus en matière de modification des comportements des entreprises et des consommateurs à court terme au Maroc, en Tunisie ou en Egypte, en revanche, « le principe-clé qui consiste à adosser les crédits sur des actifs réels dans la finance islamique et les importants besoins en infrastructures dans les pays nord-africains pourraient se conjuguer ».
Si « plus de 4,9 milliards de dollars ont été investis dans les infrastructures en 2012 » au Maghreb à travers les banques multilatérales note S&P, la capacité de ces institutions à mobiliser plus de financements est limitée. »
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