La situation de non-Maghreb coûte 9 milliards de dollars par an à la région
Le 3e forum des entrepreneurs du Maghreb a démarré lundi à Marrakech, au Maroc. La Banque Mondiale et l'IFPRI ont dévoilé la dernière estimation sur le coût du non-Maghreb. Le principal perdant est ... l'Algérie.
Si on devait résumer en quelques mots le lancement du troisième forum des entrepreneurs du Maghreb ce lundi 17 février à Marrakech, nous dirons:
- Intérêt: celui des opérateurs. 600 entrepreneurs essentiellement du Maghreb se sont inscrits à ce forum alors qu'ils savent bien que les perspectives politiques sont bloquées.
- Pragmatisme: on connait les chiffres, on sait le constat, on n'ignore rien des objectifs. Le président du CAP (Confédération algérienne du patronat) Boualem M'rakach la résumé en quelques phrases:"les innombrables avantages à être ensemble n'ont pas besoin d'être réaffirmés. Un opérateur ne croit qu'en ce qu'il touche, ce qu'il voit".
-Légitimation: la nécessaire intégration est légitimée désormais, elle est une évidence. Mais comme le dira David Laborde de l'IFPRI, lorsque dans une région donnée, il existe un pays puissant bénéficiant d'une rente énergétique, il sera peu sensible au commerce. Ajoutez à cela de la politique et le tour est joué.
L'initiative de la CGEM de réunir ce forum et de lancer l'IMCI (retenez bien), est donc pertinente. Le discours d'ouverture de Miriem Bensalah-Chaqroun résumait bien le tableau et le contexte, sans tomber dans l'excès des bons sentiments. Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement, flanqué de l'inséparable EL Ouafa, était davantage dans l'incantation, avec des formules et des métaphores aussi amusantes que d'habitude.
Le coût du non-Maghreb
C'est M. Laborde de l'IFPRI qui a fourni l'un des moments forts de la matinée, à travers une étude qui chiffre les gains en cas d'intégration économique plus poussée.
D'abord, il ne faut plus se comparer à l'UE mais au Mercosur. L.Europe est devenue la première puissance économique de la planète, il est normal que le niveau de commerce intra régional atteigne des records, 60% en l'occurrence. Mais dans le cas du Mercosur on est dans des proportions plus modestes, environ 3,5% ce qui signifie que si on s'alignait sur ce taux, le commerce intra régional doublerait au Maghreb.
L'étude de l'IFPRI comportait trois scénarios dont le plus avantageux est celui d'une intégration aussi poussée que dans le cadre du Mercosur. Pas davantage. Et dans ce cas, le gain serait de 9 milliards de dollars de PIB par an pour l'ensemble de la région, dont 2 pour le Maroc et ... 5 pour l'Algérie.
Dans le scénario le plus bas, celui d'un rattrapage de l'élan perdu en 2007, le gain global ne serait que de 3 milliards de dollars.
Nous sommes donc aujourd'hui selon M. Laborde, situés entre 40 et 70% du potentiel global. Fait pas trop rêver, en somme.
Mais une intégration plus poussée va surtout créer des dynamiques régionales et là le gain peut être multiplié.
Dans le scénario le plus favorable, le Maroc va multiplier par dix ses exportations en direction de l'Algérie. Tandis que l'Algérie multiplierait par 280% ses exportations en direction du Maroc.
Le seul pays qui s'en tire bien, sur le plan du commerce intra régional est la Tunisie, une sorte de Pays Bas du Maghreb selon l'orateur. Son commerce régional est nettement supérieur à son commerce avec la France.
Verbatim
Miriem Bensalah Chaqroun: "ce n'est pas une énième tentative de faire l'UMA. Nous voulons créer un eco système. Les mentalités aussi doivent être mises en question. Cela se passe aussi en notre for intérieur"
Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al Maghrib: "Le PIB global maghrébin était de 430 milliards de dollars en 2012 (soit 4.700 dollars par habitant) pour une population de 90 millions d'habitants. La Turquie a un PIB de 791 milliards de dollars pour une population de 75 millions d'habitants. L'Espagne, un PIB de 1.350 milliards de dollars pour 47 millions d'habitants".
Simon Gray, directeur du département Maghreb de la Banque Mondiale: " il faut inventer le made in Maghreb. Ce n'est plus une option mais une obligations sinon ne veut pas rater le train de la mondialisation.
Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement: " le Maghreb existe et il est là et se fera. Nous sommes des États différents et un seul peuple. Il ne faut plus dire 5+5 mais 5+1+1+1+1+1. Donnez l'exemple, nous les politiques serons obligés de vous suivre".
Les travaux prendrons fin demain mardi 18 février avec le lancement solennel de l'IMCI.
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