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CULTURE

Yasmine Laraqui annonce le débarquement d'Alien Nation à Marrakech

La photographe, plasticienne et vidéaste marocaine Yasmine Laraqui récidive avec Alien Nation, l'exposition itinérante du collectif Awiiily. A voir du 26 février au 31 mars, dans le cadre de la Biennale de Marrakech.  

Yasmine Laraqui annonce le débarquement d'Alien Nation à Marrakech
Habib Hemche
Le 30 janvier 2014 à 13h57 | Modifié 30 janvier 2014 à 13h57

Les installations, les toiles et les performances de Lina Laraki, Chahine Icone, Omeyma Gzara, Lea Porter, Andres Salgado, Alice Ito, Gaetan Henrioux, Yasmine Laraqui, Omar Elhamy et Rita Alaoui se déplacent de Paris à Marrakech du 26 février au 31 mars en collaboration avec l’espace marrakchi 18 Derb El Fennane et Mint Collective.

La mission  est ambitieuse : « Ne plus limiter la forme, mettre le lieu et l'acte artistique sur le même plan, remettre en question les limites et les frontières ».

Entretien avec une Casablancaise qui ne quitte plus son Holga - une marque chinoise, une sorte de Volkswagen Beetle de la photographie - et son adaptateur secteur, tant les artistes et galeristes - aux quatre coins du globe - réclament avec insistance cette artiste citoyenne du monde.

Qui est le collectif Awiiily, un mélange d'univers juxtaposés ou plutôt une fratrie d’artistes ?

Le collectif regroupe des artistes d'un peu partout dans le monde avec des parcours et des travaux propres à leurs histoires personnelles, donc plutôt un mélange d’univers juxtaposés. De ce fait, nous ne nous positionnons pas par rapport à la scène artistique marocaine en particulier - ce serait ne pas prendre en compte une bonne partie du collectif, ni les contextes de nos premières expositions ; le run space new-yorkais ou l'atelier parisien.

C’est par affinités esthétiques et conceptuelles que le groupe s'est créé. Chahine Icone, Léa Portier, Andres Salgado, Omeyma Gzara, Alice Ito et Raphaël Faon et moi nous sommes connus à l'Ecole nationale supérieure d'arts Paris-Cergy, nous avons eu le temps de nous voir évoluer et de comprendre nos univers respectifs. J'ai rencontré Gaëtan Henrioux à Paris également qui nous a présenté ensuite Sepànd Danesh. Quant à Zahra Sebti, Abdeslam Alaoui et Lina Laraki, c'est Youth's Talking qui nous as réunis la première fois, mais depuis nous travaillons ensemble souvent et toujours avec autant de plaisir. Ce qui fait que nous sommes aussi une fratrie construite au fur et à mesure.

Donc nous sommes peut-être, comme certains le disent, un cheval de Troie dans le contexte artistique connu et amorphe de la scène mondialisée en réseaux hybrides et acculturés. J’entends par là que le concept d'identité est fictif. Raphael Faon, un des membres du collectif, développe une thèse très convaincante sur le sujet. En définitive, l’identité résulte du vécu aléatoire de chacun d’entre nous. Il n'y a rien de bon à essayer de retrouver une identité de groupe dans un passé fantasmé, Mme Belghoul est pour moi un parfait exemple de cette dangerosité.

Il faudrait davantage ouvrir les yeux, prendre tous les fragments culturels qui nous constituent déjà et tenter de reconnaître qu'il est une sphère artistique qui n'attend pas d'être nommée, ni reconnue pour exister. Disons que c'est la conclusion à laquelle Awiiily est parvenue. Chahine Icone nous as baptisés : « Les 12 hommes en colère ; il y en aura toujours un pour l’ouvrir ».

Il s’agit là de votre deuxième expérience en tant que curateur : aujourd’hui vous traitez les questions de forme de l’acte artistique et de frontières, ce qui n’est pas aux antipodes des questions précédemment posées par Youth Talking, votre première expérience de curatrice. Alien Nation aurait une filiation avec l'historique Youth's Talkingde 2010 ?

Il y a forcément une filiation avec l'historique de Youth's Talking. J'avais 20 ans lors de la création et de la première exposition Youth's Talking, disons qu'à cette époque tout ce que je savais était que je voulais proposer une plateforme d'expression différente, sans trop savoir où je mettais les pieds. Cinq années et quelques péripéties plus tard, Awiiily a pris forme, une nouvelle forme.

L'idée d'une structure internationale m'était chère, car c'est à mon sens la représentation la plus juste que l'on puisse donner au monde de l'art aujourd'hui, peut-être pour demain.

Il y a des centaines de labels dans le monde de l'art, ils sont tous connotés et lourdement identitaires ; ça ne nous représente pas pour la plupart. 

Je m'explique : il y a actuellement une polémique à l'échelle mondiale sur la problématique de montage et de production d’expositions d'artistes réunis dans une unité de lieu en raison de leur identité, ou de leur ethnicité. Récemment à New York, deux expositions se sont illustrées. Je pense à « Our America : the latino presence in American art » et « Radical presence », la première étant entièrement dédiée aux artistes latinos et la seconde aux Afro-Américains.

Les critiques reçues par ces initiatives curatoriales sont d’une part l'incohérence conceptuelle de tels labels ; parce qu'il en résulte une flopée d'artistes aux sensibilités diverses et aux discours différents, réunis par le seul motif de leurs origines. D'une autre part, cela contribue à une nouvelle forme de ségrégation à laquelle des artistes tels qu’Adrien Piper ou Barbara Chase-Ribound par exemple refusent de participer, bien qu'il s'agisse d'expositions institutionnelles qui offrent une très large visibilité.

Plusieurs nouvelles problématiques se présentent avec ce nouveau projet multinational. Essayez-vous de dépasser le processus académique ankylosé des galeries d’art ?

Concernant l’autoproduction, c’est un choix qui s’impose faute de moyens, d'où le protocole spécifique de nos expos, façon système D. Il faut préciser tout de même qu'il y a galeriste et galeriste. En d'autres termes il y a des marchands d'arts qui ont un cursus purement commercial et qui ne jurent que par la valeur mercantile des pièces qu'ils proposent, de nombreuses enseignes de la ville blanche, ou d’ailleurs dans le monde, pourraient être qualifiées de boutiques de décorations pour bourgeois sur guest list, et c'est à peine caricatural.

Il y a toutefois des exceptions, les galeristes qui ont un cursus plus ou moins en rapport avec le monde de l'art, son histoire et son contexte et qui essaient de faire avancer les choses tant au niveau de la diffusion de l'art comme un objet culturel à la portée de tous, qu'au niveau de l'intégrité des artistes et de leurs discours.

Avec Awiiily, comme avec Youth's Talking, l'idée est d'amener l'art ailleurs, pour d'autres publics et pour d'autres raisons que le marché qui parfois le nourrit, parfois le pourrit.  

Ce n'est pas une idée nouvelle, mais elle stimule et fait des remous dans le monde de l'art depuis toujours.

Quel est le regard des Américains sur le travail accompli par Awiiily ? Par ailleurs, quel regard Yasmine Laraqui — la globe-trotteuse — porte sur la dynamique marocaine ?

Les Américains sont très curieux de l'étranger mine de rien, les retours étaient encourageants, les gens paraissaient intéressés. Nous avons organisé une discussion à la fin de l'exposition afin de répondre aux interrogations des visiteurs, et je pense que créer cet espace d'interaction avec un public est très enrichissant pour nous aussi. 

Les initiatives du genre sont plutôt communes ici, les jeunes artistes se prennent un espace à 15 et invitent les gens à venir voir leurs travaux et les gens viennent ; ce qui est sympathique.

Pour le reste, on verra bien, je pense qu’Alien Nation fera son chemin sous d'autres formes, dans de nouvelles villes dans le monde, nous y travaillons. 

La dynamique marocaine actuelle a cette volonté « d'amener l'art ailleurs », les scènes indépendantes sont à mon sens le vrai reflet d'une société qui accepte sereinement sa multiplicité. Ça bouillonne dans tous les arts et tous les sens : du boulevard des jeunes musiciens à l'battoir, aux labels électroniques comme Runtomorrow, aux run spaces qui fleurissent ; l'ultra laboratory, le 18, iwa, aux collectifs hyper actifs ; je pense à Mint, NAP, pixylone et titswi.

 

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Habib Hemche
Le 30 janvier 2014 à 13h57

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