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E-cigarette : L’innocuité n’est pas garantie

Devant l’engouement massif pour la cigarette électronique, de nombreux spécialistes demeurent circonspects. Chantre de la lutte contre le tabagisme en France, le Professeur Bertrand Dautzenberg publie un ouvrage complet afin de répondre aux multiples interrogations.

E-cigarette : L’innocuité n’est pas garantie

Le 30 janvier 2014 à 11h17

Modifié 30 janvier 2014 à 11h17

Devant l’engouement massif pour la cigarette électronique, de nombreux spécialistes demeurent circonspects. Chantre de la lutte contre le tabagisme en France, le Professeur Bertrand Dautzenberg publie un ouvrage complet afin de répondre aux multiples interrogations.

Professeur de pneumologie à l’Université Paris VI et Président de l’Office français de prévention du tabagisme, le docteur Bertrand Dautzenberg s’attaque désormais à ce nouveau phénomène de société : la cigarette électronique. Dans son livre intitulé « L’e-cigarette pour en finir avec le tabac ? », à paraître le 3 mars prochain chez les éditions Ixelles, le spécialiste de la lutte contre le tabagisme souligne que l’innocuité totale de ce produit n’est pas avérée. En s’appuyant sur une série d’études et d’analyses – certes encore trop rares – il émet certaines réserves quant à la consommation de ce qu’un grand nombre de personnes considère comme une alternative au tabac. A tort ou à raison ? C’est là le cœur du propos abordé dans cette publication de vulgarisation extrêmement détaillée.

Peu de recherches, mais un optimisme ambiant

Si le Professeur ne se veut pas alarmiste, il insiste assez rapidement sur le fait que le pouvoir addictif de l’e-cigarette n’est pas connu à ce jour. Une lacune qui devrait inquiéter plus qu’elle ne rassure, soutient le spécialiste. Pourtant, de nombreux tabacologues et pneumologues estiment que ce nouveau produit représente « une forte réduction du risque lorsqu’elle remplace la cigarette traditionnelle ». Une vision optimiste face à ce tabac classique, « arme de destruction massive, responsable de près de 100 millions de morts au XXe siècle, et qui se prépare à condamner à un décès prématuré un milliard de fumeurs au XXIe siècle ». La méconnaissance en matière d’addiction à la nicotine de la cigarette électronique constitue le premier obstacle à la définition de l’e-cigarette. S’agit-il d’un substitut nicotinique ou s’apparente-t-elle davantage à un produit du tabac ? Une question qui devrait rapidement donner lieu à de nouvelles études vu le mode d’ingestion de la nicotine, sous forme gazeuse et de gouttelettes, selon Bertrand Dautzenberg.

La dépendance à la  nicotine et des e-liquides contestés

En effet, la nicotine peut ainsi se déposer dans la bouche, être absorbée par le faisceau de vaisseaux sanguins ou se placer au plus profond du poumon et également être absorbée. Si la toxicité de l’e-cigarette, a priori non cancérigène, n’arrive pas à la cheville de la nocivité du tabac traditionnel chez les fumeurs, elle peut toutefois entrainer dans certains cas de figures une inflammation des voies respiratoires voire une légère obstruction, selon les conclusions de récentes recherches européennes.

Dans cet ouvrage, qui a vocation à fournir tous les éclairages disponibles sur l’e-cigarette en vogue depuis 2010, le Pr Dautzenberg consacre de nombreux chapitres aux e-liquides (ensemble des liquides dans les e-cigarettes). Essentiellement composés de propylène glycol et/ou de glycérine végétale, ces e-liquides contiennent également des concentrations variables de nicotine (de 0 à 20 mg/ml), substance classée dans la catégorie vénéneuse en Europe. Aussi, l’auteur met en garde contre l’absence de standardisation des informations quant aux niveaux de nicotine présents. Selon une étude publiée en 2011, des fabricants d’e-liquides proposaient des produits indiquant 24 mg/ml de nicotine alors qu’ils n’en contenaient pas ; au Royaume-Uni en revanche un fournisseur signalait une teneur en nicotine à 10% près ce qui était mentionné sur le flacon. Une approximation qui desserre l’e-cigarette, utilisée comme palliatif.    

L’auteur signale par ailleurs la présence de produits indésirables dans les e-liquides, des métaux notamment, bien qu’en quantités minimes, équivalentes à la cigarette. Cependant, ceux-ci sous formes de microparticules, véhiculés par la vapeur peuvent atteindre le fond du poumon. En s’y logeant, ils engendreraient des inflammations pulmonaires, qui conduiraient à un œdème et à des maladies fibrosantes du poumon dans les cas les plus extrêmes. Le docteur, partisan de la prévention, explique toutefois que ces complications restent anecdotiques et précise que le risque d’apparition des microparticules de métaux nocives est faible. Il insiste en revanche sur la nécessité de ne pas jouer à l’apprenti sorcier avec les e-liquides. Les manipuler soi-même, y ajouter des produits achetés à droite et à gauche, de l’alcool, du cannabis, y adjoindre des huiles minérales ou essentielles expose à un risque assez élevé de pneumopathies lipidiques, incurables.

Concernant les effets cardiaques ou cérébraux, peu d’informations sont disponibles, à ce jour : on ne reconnaît à l’e-cigarette que les effets vasomoteurs de la nicotine au niveau cardiaque, et peu d’éléments laissent penser que ce produit favorise les AVC. Ce risque est supposé faible.

Néanmoins, le Pr Bertrand Dautzenberg accentue le fait qu’une e-cigarette, même fabriquée avec toutes les précautions d’usage ne sera jamais un produit 100% sain. Par nature, elle dispense des produits à potentiel irritants et peut-être impliquée dans la dépendance à la nicotine. Chez un non ou un ex-fumeur, l’e-cigarette ne doit pas être utilisée. L’auteur estime qu’il est impossible d’exclure que la vapoteuse soit un moyen de « contaminer un non fumeur par une maladie chronique et incurable : la dépendance à la nicotine ». Avec un brin d’humour, le docteur toujours prudent en l'absence d'études suffisantes, déclare : « L’e-cigarette c’est bien mieux que la cigarette, mais beaucoup moins bien que rien ! ». 

 

 

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