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ECONOMIE

Saïd Amaghdir : “La finance participative se différencie par le sens du partage et la prise mesurée du risque”

Pour Saïd Amaghdir, président de l’Association marocaine pour les professionnels de la finance participative, la finance participative a de beaux jours devant elle au Maroc. Toutefois, le dispositif législatif permettant son développement se fait attendre.    

Saïd Amaghdir : “La finance participative se différencie par le sens du partage et la prise mesurée du risque”
Hajar Chafai
Le 23 juillet 2013 à 21h20 | Modifié 23 juillet 2013 à 21h20

« Takaful, pilier et levier de la finance participative au Maroc » tel était le thème du l’atelier organisé lundi 22 juillet par l’Association marocaine pour les professionnels de la finance participative (AMFP) à Casablanca. Takaful est un produit de la finance islamique, cette finance participative que le Maroc veut mettre en place. Mais, paradoxalement, les produits de la finance islamique restent peu connus par le grand public.

L’association a été créée en mai dernier, alors que les négociations sur la mise en place d’un système bancaire et financier islamique au Maroc allaient bon train. Quel est l’objectif de votre association ?

Notre but est de créer un espace d’échange entre les professionnels intéressés pas la finance participative.

Nous voulons être un acteur de référence et l’interlocuteur des professionnels et des autorités de tutelles. Et notre principale mission est de vulgariser la finance participative.

Pourquoi on parle de finance participative ?

Pour la petite histoire, les autorités préfèrent utiliser la notion de participative plutôt que d’utiliser la nomination islamique.

Nous en tant qu’association, on a préféré être en conformité avec la loi en cours d’élaboration et qui parle de finance et de banque participative au lieu de finance islamique.

Sur quoi repose la finance participative ?

Notre projet qui est la finance participative est basé sur trois principes : l’adossement à des actifs tangibles soit une connexion avec l’économie réelle ; le respect de l’éthique ; l’une de nos sources est le droit musulman des affaires « Fiqh Al Mouamalat »

Ce qui nous différencie aussi du système classique, c’est le sens du partage et la prise mesurée du risque.

Prenons à titre d’exemple les projets de moucharaka et moudaraba : le client partage le risque et le profit, contrairement à la finance conventionnelle.

Mais il y a quand même des intérêts dans cette transaction…

Non. Pas des intérêts.

Dans le cas de la finance participative, les termes de la transaction sont clairs. Je vous donne un exemple. Vous voulez acheter une maison à 400.000 dirhams.

Vous le demandez à la banque participative qui l’achète pour son propre compte. Vous payez le prix pendant 15 ou 20 ans. La banque vous la vendra à 800.000 dirhams sur 20 ans.

Elle déclare le prix de vente et de revient du bien à l’avance.

La banque prend un risque sur le bien (perte de valeur, désistement du client…). Ce risque justifie la marge. C’est une question de profitabilité et dans l’islam cela est permis.

C’est un commerce, et selon le Coran : Dieu a rendu licite le commerce et a interdit l’usure.

Et en cas de décès, si le client avait déjà souscrit à une assurance takaful, l’assurance puise dans son fonds pour payer l’appartement et les héritiers se retrouvent propriétaires.

Mais quand  les clients versent des primes, l’assurreur takaful les investit après sur le marché. Il y a un risque alors. Cela ne va-t-il pas à l’encontre des principes de ce système ?

L’assureur takaful investit dans projets conformes à la charia dans différents secteurs à l’exception des secteurs qui travaillent avec la riba (banques conventionnelles, assurances classiques ou encore le secteur de crédit à la consommation). A la bourse de Casablanca, sur 70 valeurs, 25 seulement sont éligibles. 

Et quels sont les critères d’éligibilité ?

 

La banque n’investira pas dans les banques, assurances conventionnelles et sociétés de crédit à la consommation.

Puis, deuxième filtre, les ratios financiers. Par exemple, la banque n’investira pas dans une société dont le taux d’endettement dépasse les 30%.

Vous soutenez que ce système est plus proche de l’économie réelle, pourtant vous allez injecter l’argent dans le marché des capitaux…

Dans la finance dite conventionnelle, on achète des produits dérivés, parfois des options déconnectées de la sphère réelle.

Un exemple concret, d’après les statistiques, le PIB mondial de l’économie réelle est de 60 000 milliards de dollars. Or, la valorisation de tous les instruments financiers nous donne 600 000 milliards de dollars. Soit 10 fois l’économie réelle. Dans le monde, on a créé d’autres produits dérivés qui ne sont pas adossés à l’économie réelle.

Nous on dit : chaque instrument financier doit être adossé à l’économie réelle. Nous avons des règles. Prenons les créances, dans le système financier islamique, on peut titriser une seule fois, mais pas une seconde fois la même créance.

Y a-t-il des opérateurs réticents face à cette nouvelle formule au Maroc ?

C’est une finance qui est nouvelle, c’est très légitime pour les opérateurs de prendre du temps. Mais il ya des banques qui veulent se lancer.

La Faisal islamic bank, appartenant à un prince saoudien, a déjà déposé une demande d’agrément.

Si les banques marocaines ne s’y mettent pas, elles seront dépassées… Elles ont déjà commencé à lancer des études pour ce segment.

Et que gagnerait le Maroc à mettre en place un système financier participatif ?

C’est d’abord de permettre au Marocain de choisir entre différents produits. Il y a une catégorie de Marocains qui ne se retrouvent pas dans les produits actuels.

Ensuite, si les banques étrangères viennent investir chez nous, cela va nous rapporter du cash. Et le Maroc a besoin de devises.

Et puis la dernière raison, et non des moindres, c’est un système financier et banquier moins risqué que le système actuel.

Pour finir, où en est le cadre législatif ?

La loi sur la banque participative doit voir le jour en octobre ce qui permettra au régulateur de la place boursière d’agréer la première génération d’OPCVM conformes à la charia.

Pour ce qui est du produit takaful, le projet de loi est chez le Secrétariat général du gouvernement.

En fin, les sukuks : le texte de loi est validé par les deux chambres, reste uniquement sa publication dans le Bullettin officiel.

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Tags : CAN 2019
Hajar Chafai
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