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ECONOMIE

La mine, nouveau métier mondial du Maroc?

Le ministre de l’Energie et des Mines, Fouad Douiri, a présenté hier vendredi la nouvelle stratégie nationale de développement du secteur minier. Ambitieuse, cette stratégie se fixe pour objectif de tripler le CA du secteur à l’horizon 2025.

La mine, nouveau métier mondial du Maroc?
Zakaria Boulahya
Le 13 juillet 2013 à 18h59 | Modifié 13 juillet 2013 à 18h59

C’est au lendemain de la présentation en Conseil de gouvernement de cette stratégie nationale que Fouad Douiri, ministre istiqlalien en partance, en a présenté les grandes lignes aux médias. « On ne mesure pas à sa juste valeur l’apport du secteur minier en termes de retombées socio-économiques» souligne d’emblée le ministre. Par le déploiement d’une nouvelle stratégie minière, élaborée conjointement avec les professionnels nous assure-t-on  du côté de la Fédération de l’industrie minérale (FDIM) et de son président El Hou El Marbouh, le secteur minier pourrait peut-être devenir un nouveau ‘métier mondial’ du Maroc.

Refonte de la chaîne de valeur

La barre a été placée assez haut. Tripler le CA du secteur avec pour cible 15 milliards de DH à l’horizon  2025, multiplier par dix les investissements consacrés à l’exploration et à la prospection pour atteindre 4 milliards de DH, avec la création de 30.000 emplois directs soit le double du volume actuel. La stratégie nationale prévoit à cet effet une restructuration de la chaîne de valeur minière, exploration, recherche, valorisation, transformation des minerais…

La règlementation  et la régulation du secteur sont également des piliers majeurs de cette stratégie, peut-être même les plus avancés puisque le Code minier en vigueur, datant du protectorat, sera bientôt remplacé par un nouveau cadre législatif, dont les textes occupent déjà les tiroirs du Secrétariat général du gouvernement.

Parmi ses nouveautés, l’élargissement des superficies minières exploitables, l’extension du règlement minier aux zones maritimes (prémices de plateformes offshore marocaines ?), ou encore l’obligation de conduire une étude d’impact environnemental ainsi qu’un plan de réhabilitation de la mine avant même de donner le premier coup de pioche… Le volet Formation est bien sûr à l’ordre du jour avec le développement de nouvelles filières en partenariat avec des écoles d’ingénieurs et l’OFPPT.

Barytine, uranium et terres rares…

Dans ses grandes lignes, cette stratégie part d’un diagnostic du secteur qui met en évidence des faiblesses structurelles ainsi que la modestie des réalisations, notamment en matière de recherche et d’investissement dans la prospection minière. «Notre ambition est de faire du secteur minier un exemple de développement responsable, sur le plan économique, social et environnemental. Le Maroc doit se positionner en leader régional compte tenu de notre potentiel géologique » martèle avec conviction le ministre de tutelle.

En 2011 (dernières données officielles),  les extractions marocaines de minerais ont atteint les 2,2 millions de tonnes (hors phosphates), à la tête desquels vient la Barytine avec 770.000 tonnes. Pour ceux (la majorité d’entre-nous) qui l’ignore, ce minerai est principalement utilisé dans l’industrie pétrolière comme boue lourde, pour augmenter la densité des gaz de forage, mais aussi dans les peintures et la plasturgie.

Les prospections font également état d’un potentiel ‘affirmé’ d’uranium ainsi que de ces fameuses terres rares que le monde entier s’arrache au prix fort.

Sur la question des schistes bitumineux, le ministre de tutelle a rappelé que d’importants gisements ont été identifiés depuis les années 70. Estimés à 50 milliards de barils, ils positionneraient le Maroc  en tant que 6ème réserve mondiale ! Néanmoins, «nous n’avons pas encore trouvé de technique permettant d’exploiter ces gisements de manière économiquement rentable et écologiquement responsable… »

Les investisseurs suivront-ils ?

Sur le papier, il faut reconnaître que cette stratégie a l’air de se donner les moyens de ses ambitions. Mais quid de son financement ?

«Si l’on considère l’ensemble des secteurs ayant bénéficié de stratégies nationales ces dernières années, il apparaît clairement que la mise à niveau de l’industrie minière est celle qui coûtera le moins cher à l’Etat,» explique El Marbouh, président de la FDIM.  

Interpellé sur la question par Médias 24, M. Douiri précise que « le rôle de l’Etat est en effet assez restreint dans le financement de cette stratégie, nous nous concentrerons davantage sur la régulation et la cartographie. C’est aux opérateurs d’investir, et je pense qu’ils peuvent le faire davantage, de manière progressive. Développer l’investissement en recherche-prospection, pour multiplier les découvertes de gisements et attirer de plus en plus d’investisseurs… ».

Le modèle se tient, l’effet d’entraînement pouvant en effet conduire à une croissance à deux chiffres du secteur…à condition toutefois que les opérateurs nationaux et étrangers s’impliquent comme prévu.

Or, si les professionnels se disent partant, ils restent néanmoins frileux sur l’éternelle question de la fiscalité. «Nous ne demandons pas d’avantages fiscaux, juste la prise en considération, à sa juste valeur, des risques que court tout investisseur dans le secteur» précise El Marbouh. En tête de liste des doléances des professionnels, l’équité fiscale, ainsi que le retour de la PRG : provision pour reconstitution de gisement, destinée à financer de nouvelles explorations minières (suspendue en 2008).

Fouad Douiri, ministre istiqlalien qui rappelons-le a déposé mardi dernier sa démission, envisage prudemment l’idée d’une exonération de la TVA sur la recherche minière, tout en annonçant une série de propositions fiscales pour la prochaine Loi de finances 2014. De leur adoption, ou non, découlera le degré d’adhésion des professionnels et par conséquent les chances de survie de cette nouvelle stratégie minière, dans l’attente de connaître le prochain ministre qui en héritera…

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Zakaria Boulahya
Le 13 juillet 2013 à 18h59

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