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Politique: Hamid Chabat, aux frontières du réel

La campagne de Hamid Chabat, secrétaire général du parti de l’Istiqlal dans les principales villes du Sud marocain était censée être une présentation des positions politiques du parti auprès de ses électeurs. Mais, cela a tourné à une opération «putsch» anti-Benkirane.  

Politique: Hamid Chabat, aux frontières du réel
Imane Azmi
Le 25 juin 2013 à 10h10 | Modifié 25 juin 2013 à 10h10

Le clou de la tournée de Hamid Chabat dans les provinces du Sud reste incontestablement l’interview qu’il a accordée à la télévision locale de Laâyoune. Entretien durant lequel le journaliste a eu beaucoup de mal à garder son sérieux.

Et pour cause ! Le secrétaire général du parti de l’Istiqlal est revenu sur l’épisode de la récente visite d’Erdogan au Maroc. En substance, il rappelle que tout le monde ignorait au sein du gouvernement la rencontre entre Erdogan et Benkirane. Il considère que c’était une rencontre entre deux partis. Même l’association patronale sollicitée est affiliée au PJD. Les patrons ont été évincés. Conclusion : Benkirane consolide son parti sur le dos des masses populaires et ce, en utilisant les deniers publics.

Et là, il part dans une envolée fantastique. Selon M. Chabat, lorsqu’Erdogan a décidé de venir au Maroc, un vent de révolte s’est abattu sur la Turquie et cela continue encore (sourires de gêne du journaliste). Benkirane devait aller en république tchèque. Et là, la nature s’est soulevée. Il a dû annuler son voyage à cause des inondations.

C’est clair que pour Hamid Chabat : il y a signe du destin, voir même de Dieu. Benkirane porte la poisse.

Puis sur un ton qui se veut menaçant, il prévient le chef du gouvernement : le Maroc est une zaouia, il est protégé de Dieu. Qu’il fasse gaffe, s’il ne travaille pas dans l’intérêt du pays !

Le lendemain, dimanche, Hamid Chabat entouré de sa garde rapprochée, constituée de Yasmina Baddou, Taoufik Hijra, Adil Diouiri… s’est adressé à la population istiqlalie de Tan Tan. Les femmes vêtues des couleurs les plus chatoyantes représentaient le plus gros de l’assistance.

Fidèle à lui-même, on a du mal à suivre son raisonnement mais on apprend des choses.Comme par exemple quel’augmentation des prix est une forme de «corruption». L’augmentation des taxes, c’est également de la corruption. Bloquer les comptes bancaires des gens, c’est de la corruption.

Et puis viennent de nouveaux concepts, «Ils (parlant des Pijidistes) ont mis en place le terrorisme intellectuel, économique et culturel. Les gens ont pris la fuite. Il y a ceux qui sont partis en Espagne, en Afrique, en Chine. Ils ont abandonné ce pays aux pauvres». Pourquoi ? Parce que M. Benkirane veut constituer une association avec ses gens à lui.

La suite, ce sont carrément des accusations. «Ils (ces mêmes Pjidistes) récoltent aujourd’hui des fonds au nom du jihad». M. Chabat a même la preuve que «certains salafistes, lui (à Benkirane) ont envoyé une lettre dans laquelle ils lui disent qu’il relève de sa responsabilité d’envoyer les jeunes marocains pour combattre en Syrie. Voyez où est-ce que l’on en est ! On est arrivé au «mounkar».

A Smara, Chabat se fait pieux. Après les rituels louanges à Dieu, le chef de l’Istiqlal récite la sourate «Anasr». Et il se lance dans une description de la salle : constate son immensité, les visages souriants, vante les mérites de la ville comme capitale culturelle et souligne le respect dont font preuve les hommes à l’égard des femmes.

Chabat demande au gouvernement de mettre en application en urgence le plan d’autonomie des provinces du sud.

Et puis l’assistance a droit à un rappel historique relatif au soutien marocain pour l’indépendance de l’Algérie et la guerre «des sables».

Vient alors le temps des justifications. Il explique la décision du conseil national du parti, concernant le retrait du gouvernement. «Cette décision ne vient pas du néant», dit-il. «Là, je vous demande, après un an et demi de Benkirane au gouvernement, avez-vous profité d’un seul projet lancé ? Il n’y a eu que des augmentations des prix et des impôts. Y a-t-il eu un changement ? Oui ? Non ? Non !» Se répond-t-il à lui-même. «On s’est posé cette question au sein de la direction du parti. Dans notre 1er mémorandum du 3 janvier 2013, après un an au pouvoir, on n’a trouvé aucun point positif. Les points négatifs, eux, il y en avait des centaines. On a trouvé le clientélisme, l’embauche avec piston. Et quand les jeunes de cette région manifestent pour leurs droits sociaux, ils subissent la baston (applaudissements de l’assistance). Les diplômés chômeurs ont obtenu gain de cause auprès du tribunal administratif de Rabat. M. Benkirane, que je respecte en tant que personne, mais quand j’en parle, je le considère en tant qu’institution. Aujourd’hui, au chef du gouvernement, à qui vous avez donné de grandes prérogatives, dit encore, qu’on lui met les bâtons dans les roues. Il manifeste encore le 1er mai brandissant une pancarte demandant la liberté syndicale». Notons que Chabat a également manifesté le 1er mai, à Rabat, aux côtés de l’UGTM et que son parti fait parti de la majorité gouvernementale.

Mais, peu lui peu importe. «Qui va nous accorder nos droits si ce n’est le chef du gouvernement?», s’interroge-t-il.

Il remet une couche sur le dossier des diplômés chômeurs. «C’est Benkirane qui a dit au parlement que les diplômés chômeurs n’avaient qu’à aller devant la justice. Si elle le décide, il appliquera la sentence. Le tribunal a statué mais Benkirane n’a pas exécuté. Regardez ce pouvoir absolu, cet abus de pouvoir et l’égoïsme que subit notre parti au sein du gouvernement. On a une position par rapport au gouvernement mais pas de litige avec la PJD».

Un autre rappel historique. «S’il n’y avait pas le parti de l’Istqlal, aujourd’hui, il n’y aurait pas eu de PJD. Rappelez-vous des événements du 16 mai 2003 à Casablanca. Le conseil du gouvernement avait décidé la dissolution du PJD. Mais le parti de l’istiqlal a refusé car nous avons le même référentiel. Pour nous, le PJD représente le peuple et nous voulons que le gouvernement représente le peuple. M. Benkirane travaille encore comme s’il n’était que chef du parti. Il n’a pas encore compris qu’il est chef du gouvernement».

Il décrypte ensuite le programme du chef du gouvernement. «Il comportait une croissance de 7%, un Smig à 3.000 DH et il s’était engagé à ne pas augmenter les prix. Une année avant les élections, il avait dit dans l’émission «hiwar», «donnez-moi 6 mois et vous verrez ce que je ferais pour le peuple marocain».

«Il a eu un an et demi : il a augmenté les prix des produits du pétrole, l’essence, les produits alimentaires. Et à la télé, il annonce les augmentations et prétend qu’il a la confiance du peuple».

Hamid Chabat poursuit sa lecture de l’émission télévisée et raconte que Abdelillah Benkirane a même dit sur les ondes : «si vous trouvez quelqu’un comme moi, qu’on le mette à la tête du gouvernement». Et Chabat de s’adresser à l’assistance : «vous, femmes, vous n’avez mis au monde personne comme Benkirane ? 15 millions de femmes ! C’est vrai qu’il n’existe personne comme Benkirane, il est chef de gouvernement et il est contre le peuple. Même les technocrates ne sont pas arrivés à ce stade» ! 

On en arrive à la déclaration : «moi, tant qu’un Benkirane dirige le gouvernement, il est impossible que j’y occupe un poste de ministre, avec tout mon respect pour les ministres, car eux aussi subissent la pression, la tutelle».

Et c’est au tour d’El Ouafa d’être mis sur la sellette. «Voyez notre ministre de l’Education nationale, quand il va rendre visite à un instituteur, il est accompagné du chef du gouvernement. Il ne peut se déplacer sans qu’il l’accompagne. Et s’il effectue des visites sans Benkirane, ce dernier le sanctionne. C’est inacceptable» ! Et il continue sur ce même chapitre. «On n’accepte pas un gouvernement où les ministres sont mineurs. Comment un ministre de 64 ans peut-il subir une tutelle» ?

Décidemment Hamid Chabat ne rate aucun passage télévisé du chef du gouvernement. Il donne sa lecture. «Benkirane vient à la télé pour dire qu’il désire réformer mais qu’on ne le laisse pas faire. Et réforme, signifie pour lui augmentation des prix. On lui a dit que s’il augmente le prix du butane, qu’il allait s’exploser lui-même».

«Le peuple n’a jamais entendu les expressions des afarites et des crocodiles. Je lui ai conseillé de Marrakech, que «Bouya Omar» est juste à côté, qu’il aille exorciser ses djinns et de s’y faire ligoter».

Il se penche ensuite sur le fond du sujet. Le remaniement ministériel que le parti de l’Istiplal réclame depuis 4 mois. Il explique aussi la genèse de cette situation de crise : «C’est la mauvaise gestion du chef du gouvernement. M. Benkirane est entré en conflit avec les syndicats et avec les entrepreneurs en augmentant la pression fiscale. Les gens ont vidé leurs comptes bancaires, ils ont acheté des coffres forts made in China. Nous, on ne ment pas ! Lui c’est un monsieur prétentieux ! Jamais durant les réunions de la majorité, il n’a voulu traité des dossiers qui concernaient les Marocains». Et d’ajouter toujours sur sa lancée : «il ment au peuple. Pour nous sortir de cette crise, il n’a qu’à intégrer dans le gouvernement d’autres partis mais nous on reste avec le peuple».

Parce que pour M. Chabat, la crise d’aujourd’hui n’est pas une crise d’argent, ce pays regorge de richesses. C’est une crise de pensée et d’éthique émanant de chez le chef du gouvernement». Il va encore plus loin et déclare solennellement. «Aucun d’entre nous n’aura un poste ministériel. Je le jure. On ne veut pas de 30 ministres, 15 sont suffisants. On réduit la tonne de voitures Mercedes. Les ministres actuels ont vite fait de se raser, de prendre du poids, d’afficher une bonne mine».

Il conclut : «vaut mieux que nous soyons sans gouvernement. Les fonctionnaires travaillent. Ce budget devrait être distribué aux chômeurs. Les ministres sont tout le temps en déplacement à l’étranger. D’avions en avions, ils ne savent plus où se trouve le peuple. Au début, ils ont annoncé qu’ils circuleraient en train. Ils ont achetés de nouvelles maisons et ont pris même de nouvelles femmes».

L’étape de Chabat à Guelmim est une véritable course aux slogans anti Benkirane. «Le peuple exige la démission du gouvernement». «C’est le Maroc et nous sommes ses habitants, que Benkirane s’en rende compte». «Dégage Benkirane». «Chabat soit tranquille, Benkirane est le crocodile».


 

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Imane Azmi
Le 25 juin 2013 à 10h10

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