Chinois, Indiens et Africains: 4,5 milliards de personnes en 2030… Quel rôle pour le Maroc?
La « Chindiafrique » va jouer un rôle de plus en plus important à l’avenir. Reste à savoir quelle sera la place réservée au royaume.
L’essai économique intitulé Chindiafrique que signent Jean-Joseph Boillot et Stanislas Dembinski aux éditions Odile Jacob porte comme sous-titre : La Chine, l’Inde et l’Afrique feront le monde de demain.
Ces 3 ensembles aujourd’hui peuplés aujourd’hui de 1,4 milliards de Chinois, 1,2 milliard d’Indiens et 900 millions d’Africains verront tous 3 leur population atteindre les 1,5 milliard chacun, soit 4,5 milliards de personnes et donc la moitié de la population mondiale en 2030.
Plus important encore notent les auteurs, sur le plan de la consommation, de l’urbanisation, des besoins en énergie et de l’impact sur l’environnement, Chinois, Indiens et Africains arrivent par dizaines de millions chaque année dans le doux monde de la classe moyenne, synonyme de besoins économiques et sociaux toujours plus sophistiqués à satisfaire.
La moitié de la population mondiale
Mais cet ouvrage n’est pas que l’histoire d’une progression « chindiafricaine » annoncée. C’est aussi l’analyse du basculement du monde de l’ouest vers l’est et le sud.
Une Chine deuxième puissance économique mondiale par exemple et qui joue d’égal à égal avec les Américains sur certains dossiers internationaux, mais lui laissant le soin de s’occuper des interventions militaires en Irak ou en Afghanistan.
Une Inde aujourd’hui 10ème puissance mondiale, puissance nucléaire et tissant sa toile internationale avec ici Washington pour contrebalancer Pékin, et là la France pour s’équiper en technologies nucléaires.
L’Afrique enfin, un continent de 50 Etats mais dont la force de frappe nigériane, sud-africaine et demain maghrébine si les Etats du Maghreb le souhaitent, est réelle et palpable. Un pays africain, l’Afrique du sud, ne fait-il d’ailleurs pas partie avec la Chine, l’Inde, la Russie et le Brésil du fameux groupe des 5 BRICS ?
L’Europe a réagi tardivement aux changements
Mieux que de décrire une success story prévisible , les auteurs expliquent tout d’abord comment Chinois, Indiens et Africains en sont arrivés à ce niveau de puissance mondiale. Ils rappellent pertinemment la financiarisation de l’économie mondiale, la fin des Trente Glorieuses et le fait que le monde occidental n’ait jamais accepté la fin d’un monde à l’énergie bon marché, d’où notamment la prolongation -grosse consommatrice de ressources arabes- du conflit israélo-palestinien et les interventions occidentales coûteuses en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Mali… La fameuse thèse de l’addiction au pétrole qui détermine blocages et troubles au Moyen-Orient et quelques fortes orientations diplomatiques occidentales.
Deuxième angle d’explication de la montée de la Chindiafrique, le fait que la Chine, l’Inde et l’Afrique combinent « un effet démographique de masse » en plus de « conséquentes diasporas mondiales ». Et les auteurs de parler également d’enchaînement de développement économique qui va de la Chine à l’Afrique en passant par l’Inde. Enfin, estiment Boillot et Dembinski, l’existence de fortes relations économiques triangulaires entre ces 3 blocs.
« Le basculement du monde est inéluctable »
Pour les auteurs enfin, il ne fait aucun doute que le basculement du monde est inéluctable décrivant dans leur ouvrage des données d’enquête sur le terrain et des résultats de travaux prospectifs. Difficile au vu des chiffres, de la lecture de la presse internationale et d’une politique étrangère et commerciale américaine ou allemande orientée vers l’Asie de ne pas souscrire aux conclusions des auteurs. Difficile au vu de l’engouement suscitée par les marchés africains au Maroc, en Turquie, au Brésil, en France en Chine ou au Japon de ne pas souscrire à la thèse du basculement qui d’ailleurs aujourd’hui est un constat.
Maroc Export est averti : si l’on veut équilibrer notre balance commerciale au cours des prochaines années, il faut persévérer sur l’Afrique et concevoir une stratégie pour les marchés indiens et chinois avec ce que nous avons d’offre exportable actuelle et tout en gardant les deux yeux rivés sur l’extraordinaire concurrence.
Après les rendez-vous ratés de l’Union du Maghreb arabe et les relations asymétriques avec l’Union européenne, les capitales du Maghreb sont également averties : leur force devra passer par leur union ; certainement plus de coopération que de conflits. Le contraire risque d’être synonyme de marginalisation croissante sur la scène internationale.
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