Mondial 2026. Le double pivot, pierre angulaire du projet Ouahbi
Les deux milieux de terrain devant la défense constituent l’élément central du dispositif tactique du sélectionneur national. Un principe qui assure l’équilibre des Lions de l’Atlas, conditionne la récupération du ballon et la première phase de construction. Mais qui n’est pas sans risque.
Il est assez rare que les techniciens s’épanchent sur leurs choix stratégiques en conférence de presse. Si Mohamed Ouahbi n’a pas hésité à mettre en avant son intention d’implémenter un double pivot devant la défense dès sa première prise de parole, ce n’est pas un hasard.
Bien évidemment, le technicien marocain n’a pas dévoilé cette orientation simplement pour satisfaire le parterre de journalistes présent lors de sa nomination à la tête de l’équipe nationale.
En réalité, cette prise de position en dit long sur l’importance des deux milieux axiaux dans son dispositif. Si Walid Regragui a lui aussi pu y recourir ponctuellement, son utilisation restait suffisamment rare pour que le choix de son successeur marque une forme de rupture.
Là où Regragui privilégiait une sentinelle devant la défense accompagnée de milieux relayeurs plus hauts, Ouahbi s’inscrit donc davantage dans une logique de double pivot. Une orientation déjà visible lors de la Coupe du monde U20, mais aussi plus récemment à l’occasion des deux matchs préparatoires au Mondial 2026 disputés en mars.
Une évolution qui en rappelle une autre. Car pour comprendre cette orientation, il faut revenir sur la transformation du rôle du milieu défensif.
Avec le temps, ce rôle a considérablement évolué
Longtemps cantonné à un rôle de pur destructeur, chargé essentiellement de récupérer le ballon et de protéger sa défense, le numéro 6 occupait une fonction d’équilibre, indispensable mais souvent peu visible.
Des profils comme Claude Makélélé ont incarné cette spécialisation, centrée sur la couverture des espaces et la sécurisation de l’axe.
Avec le temps, ce rôle s’est considérablement enrichi. Il ne s’agit plus seulement d’intercepter ou de stopper la progression adverse, mais aussi d’organiser, d’orienter et de participer à la première relance.
Cette transformation est illustrée par des joueurs comme Sergio Busquets, capable de contrôler les espaces par le positionnement et la lecture du jeu, mais aussi par Andrea Pirlo, repositionné plus bas pour dicter le tempo et structurer la construction depuis l’arrière.
De nos jours, le double pivot apparaît comme une réponse logique aux exigences du football moderne. Plutôt que de confier toutes les responsabilités à un seul joueur, il permet de répartir les tâches entre deux profils complémentaires.
L’un est davantage orienté vers la récupération, la couverture et la protection de la défense. L’autre est plus impliqué dans la projection (voir capture d’écran).


Cette complémentarité permet de sécuriser l’axe tout en assurant une première phase de construction plus fluide et mieux structurée.
Le double pivot n’est d’ailleurs pas l’apanage d’un seul schéma tactique. On le retrouve dans plusieurs organisations, aussi bien à trois qu’à quatre défenseurs.
Dans le cas de l’équipe nationale, deux systèmes retiennent particulièrement l’attention : le 4-2-3-1 et le 4-4-2 à plat en phase défensive.
Dans le 4-2-3-1, le double pivot constitue la base structurelle de l’équipe. Il permet la protection de l’axe, facilite la première relance et sert de relais vers les joueurs offensifs.

Dans le 4-4-2 à plat, il se forme surtout en phase de repli, où les deux milieux centraux renforcent la densité dans l’axe et stabilisent le bloc.

Les associations ne sont pas encore rodées en équipe nationale
Sous l’ère Mohamed Ouahbi, ce principe a été mis en place dès les premiers matchs amicaux de l’équipe nationale.
Sur ces rencontres, les deux postes du double pivot ont été principalement occupés par trois joueurs : Neil El Aynaoui, Samir El Mourabet et Mohamed Rabie Hrimate. Mais avec une réussite inégale.
Cette rotation traduit une phase de recherche et d’ajustement. Les associations ne sont pas encore stabilisées et les complémentarités restent à définir. Or, dans ce type d’organisation, la cohérence du duo est déterminante pour assurer la fluidité du jeu et la stabilité de l’entrejeu.
Le danger dans ce genre de situation a été illustré par plusieurs séquences contre l’Équateur. À l’image de la capture d’écran ci-dessous, où le positionnement de Mohamed Rabie Hrimate et de Neil El Aynaoui manque de discernement.

La zone axiale devant la défense n’est pas suffisamment protégée. Il suffit d’une perte de balle pour exposer immédiatement l’équipe.
Ce fut d’ailleurs le cas lorsque le milieu de terrain de l’ASFAR s’est fait subtiliser le ballon, sans conséquence heureusement.
Car le double pivot ne fonctionne que si les profils sont parfaitement complémentaires et les associations rodées. Sans cet équilibre, l’équipe peut rapidement se retrouver coupée en deux, avec un bloc étiré entre la défense et l’attaque.
Sans parler des espaces dans le cœur du jeu. Bref, le rôle des deux milieux est décisif, aussi bien dans la protection de la défense que dans le maintien du lien entre les différentes zones du terrain.
Reste maintenant à transformer l’idée en certitude. Car si le double pivot pose les bases du projet, son efficacité dépendra avant tout de la complémentarité des profils et de leur capacité à faire vivre ce principe sur le terrain.
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