Sécheresse: Aziz Akhannouch annonce les premières mesures d'urgence

Intervenant lors d'une réunion tenue à la Chambre des représentants, Aziz Akhannouch qualifie de difficile la situation actuelle de l'eau et de la campagne agricole au Maroc, et annonce les premières mesures d'urgence.

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Sécheresse: Aziz Akhannouch annonce les premières mesures d'urgence

Le 11 mars 2020 à 19:42

Modifié le 12 mars 2020 à 10:14

La situation de l'eau et la campagne agricole ont été au cœur d’une réunion tenue ce mercredi 11 mars au parlement, et marquée par la présence du ministre de l’agriculture Aziz Akhannouch. Ce dernier a fait le point sur une situation préoccupante et marquée par l’urgence.

Le premier fait inquiétant concerne la pluviométrie: « Nous avons enregistré une baisse de 46% comparativement à la moyenne des trente dernières années qui était de 256 mm. Cette année, cette moyenne est de 143 mm », a déclaré le ministre, intervenant devant les membres de la commission des secteurs sociaux.

Une situation qui affecte logiquement les stocks des barrages, notamment agricoles. Jusqu’au 9 mars, ces stocks n’ont pas dépassé « les 6 milliards de m3, soit un taux de remplissage de 45% », alors qu’ils s’établissaient à environ 8 milliards de m3 l’année précédente. 

Le niveau des barrages avoisinait également « 7,9 milliards m3 en 2016, année pourtant marquée par une grande sécheresse ». « Nous avions de bonnes réserves en 2016 au niveau des barrages compte tenu de la sécheresse. Aujourd’hui, nous avons une conjonction difficile entre la réduction des eaux de barrage et l’absence de pluie », déplore le ministre de l’Agriculture.

Conséquence, les ressources en eau mobilisables depuis les barrages ont baissé de 58%, à 1,6 milliard de m3.

« Les dotations en eau d’irrigation que nous avons reçues pour l’instant ne constituent que 35% de celles que nous sommes censés avoir sur cette période, soit 915 millions m3 », rapporte M. Akhannouch, signalant « un arrêt de l’irrigation dans le Souss-Massa et le N'fis.» Il en est de même pour Moulouya et Doukkala.

Quant à « Tadla, Ouarzazate, Tafilalet et El Haouz, la situation de l’eau est déficitaire (déficit allant d'aigu à exceptionnel) mais l’irrigation y est toujours pratiquée. Dans le Gharb et Loukkos, la situation est bonne », ajoute l’intervenant.« Cette situation génère un impact négatif sur la marche normale de la saison agricole », estime le ministre.  

L'état végétatif des cultures céréalières printanières est inquiétant : sur 1,7 million d'hectares, seulement 15% sont dans un bon état, 26% dans un état moyen, 41% sinistrés et 17% complètement perdus, ces dernières superficies étant réparties entre plusieurs régions (Marrakech-Safi, Casablanca-Settat, Fès-Meknès, Béni Mellal, Rabat et Tanger).

"Le couvert végétal s'est amélioré dans certaines régions mais s'est détérioré dans beaucoup d'autres", fait savoir le ministre, images satellitaires à l'appui. Conséquence, les prix des aliments de bétail ont flambé, ce qui a poussé les agriculteurs à vendre leurs bêtes. Le prix de ces dernières a donc chuté.

Akhannouch a donné les moyennes hebdomadaires suivantes pour les prix des aliments et du bétail :

- Paille : 1,98 DH le kilo (+98%)

- Son de blé : 3,17 DH le kilo (+35%)

- Orge beldi : 4 DH (+82%)

- Viande bovine : -12%

- Viande ovin : -20%. 

Le ministre qualifie la situation de « difficile » : des périmètres irrigués n'ont plus d'eau. Quant au bour, il est livré à son sort. Akhannouch ne parle pas pour autant de «sécheresse. L’espoir est de mise et les deux prochains mois peuvent changer la donne. Nous avons pris des mesures immédiates. Elles en appelleront d’autres si la situation persiste », soutient le responsable.

Le ministre de l’Agriculture a annoncé des mesures principalement pour les aliments de bétail, sous forme de subventions avec l’orge comme « priorité ». « 55 millions de DH d'orge seront distribués aux agriculteurs dès les prochains jours. Nous avons également lancé un programme de 2.165.000 quintaux d’orge et une dotation de 11 millions de dirhams d'orge suivra. Les appels d'offres seront lancés incessamment », explique le ministre. De quoi « couvrir les deux prochains mois », selon la même source.

"Un programme d'urgence plus global sera mis en place comme en 2016, en fonction de l'évolution de la situation (irrigation, aliments composés...). Mais pour ne pas attendre, nous avons préféré démarrer avec ces mesures. 

"Le prix de l'orge (hors beldi) atteint aujourd'hui 3 DH. L'Etat va intervenir pour fixer ce prix à 2DH. Les appels d'offres ont commencé pour désigner les entités qui procéderont à la distribution de l'orge en fonction des quantités disponibles. 82 points de vente seront ouverts avec des prix fixes et la liste des bénéficiaires. Le transport sera prévu pour les localités éloignées des aliments au même prix. Nous espérons que l'intervention de l'Etat réduira les prix sur le marché de façon générale", ajoute le ministre.

Le ministre précise enfin qu'une réunion s'est tenue avec les équipes de la Mamda pour entamer rapidement l'expertise et l'évaluation en vue d'indemniser de façon plus simplifiée les agriculteurs couverts par l'assurance risques climatiques.

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Agriculture: 2020, une année de sécheresse?

En détresse, les petits agriculteurs se débarrassent de leur bétail

Sécheresse: Aziz Akhannouch annonce les premières mesures d'urgence

Le 11 mars 2020 à20:05

Modifié le 12 mars 2020 à 10:14

Intervenant lors d'une réunion tenue à la Chambre des représentants, Aziz Akhannouch qualifie de difficile la situation actuelle de l'eau et de la campagne agricole au Maroc, et annonce les premières mesures d'urgence.

La situation de l'eau et la campagne agricole ont été au cœur d’une réunion tenue ce mercredi 11 mars au parlement, et marquée par la présence du ministre de l’agriculture Aziz Akhannouch. Ce dernier a fait le point sur une situation préoccupante et marquée par l’urgence.

Le premier fait inquiétant concerne la pluviométrie: « Nous avons enregistré une baisse de 46% comparativement à la moyenne des trente dernières années qui était de 256 mm. Cette année, cette moyenne est de 143 mm », a déclaré le ministre, intervenant devant les membres de la commission des secteurs sociaux.

Une situation qui affecte logiquement les stocks des barrages, notamment agricoles. Jusqu’au 9 mars, ces stocks n’ont pas dépassé « les 6 milliards de m3, soit un taux de remplissage de 45% », alors qu’ils s’établissaient à environ 8 milliards de m3 l’année précédente. 

Le niveau des barrages avoisinait également « 7,9 milliards m3 en 2016, année pourtant marquée par une grande sécheresse ». « Nous avions de bonnes réserves en 2016 au niveau des barrages compte tenu de la sécheresse. Aujourd’hui, nous avons une conjonction difficile entre la réduction des eaux de barrage et l’absence de pluie », déplore le ministre de l’Agriculture.

Conséquence, les ressources en eau mobilisables depuis les barrages ont baissé de 58%, à 1,6 milliard de m3.

« Les dotations en eau d’irrigation que nous avons reçues pour l’instant ne constituent que 35% de celles que nous sommes censés avoir sur cette période, soit 915 millions m3 », rapporte M. Akhannouch, signalant « un arrêt de l’irrigation dans le Souss-Massa et le N'fis.» Il en est de même pour Moulouya et Doukkala.

Quant à « Tadla, Ouarzazate, Tafilalet et El Haouz, la situation de l’eau est déficitaire (déficit allant d'aigu à exceptionnel) mais l’irrigation y est toujours pratiquée. Dans le Gharb et Loukkos, la situation est bonne », ajoute l’intervenant.« Cette situation génère un impact négatif sur la marche normale de la saison agricole », estime le ministre.  

L'état végétatif des cultures céréalières printanières est inquiétant : sur 1,7 million d'hectares, seulement 15% sont dans un bon état, 26% dans un état moyen, 41% sinistrés et 17% complètement perdus, ces dernières superficies étant réparties entre plusieurs régions (Marrakech-Safi, Casablanca-Settat, Fès-Meknès, Béni Mellal, Rabat et Tanger).

"Le couvert végétal s'est amélioré dans certaines régions mais s'est détérioré dans beaucoup d'autres", fait savoir le ministre, images satellitaires à l'appui. Conséquence, les prix des aliments de bétail ont flambé, ce qui a poussé les agriculteurs à vendre leurs bêtes. Le prix de ces dernières a donc chuté.

Akhannouch a donné les moyennes hebdomadaires suivantes pour les prix des aliments et du bétail :

- Paille : 1,98 DH le kilo (+98%)

- Son de blé : 3,17 DH le kilo (+35%)

- Orge beldi : 4 DH (+82%)

- Viande bovine : -12%

- Viande ovin : -20%. 

Le ministre qualifie la situation de « difficile » : des périmètres irrigués n'ont plus d'eau. Quant au bour, il est livré à son sort. Akhannouch ne parle pas pour autant de «sécheresse. L’espoir est de mise et les deux prochains mois peuvent changer la donne. Nous avons pris des mesures immédiates. Elles en appelleront d’autres si la situation persiste », soutient le responsable.

Le ministre de l’Agriculture a annoncé des mesures principalement pour les aliments de bétail, sous forme de subventions avec l’orge comme « priorité ». « 55 millions de DH d'orge seront distribués aux agriculteurs dès les prochains jours. Nous avons également lancé un programme de 2.165.000 quintaux d’orge et une dotation de 11 millions de dirhams d'orge suivra. Les appels d'offres seront lancés incessamment », explique le ministre. De quoi « couvrir les deux prochains mois », selon la même source.

"Un programme d'urgence plus global sera mis en place comme en 2016, en fonction de l'évolution de la situation (irrigation, aliments composés...). Mais pour ne pas attendre, nous avons préféré démarrer avec ces mesures. 

"Le prix de l'orge (hors beldi) atteint aujourd'hui 3 DH. L'Etat va intervenir pour fixer ce prix à 2DH. Les appels d'offres ont commencé pour désigner les entités qui procéderont à la distribution de l'orge en fonction des quantités disponibles. 82 points de vente seront ouverts avec des prix fixes et la liste des bénéficiaires. Le transport sera prévu pour les localités éloignées des aliments au même prix. Nous espérons que l'intervention de l'Etat réduira les prix sur le marché de façon générale", ajoute le ministre.

Le ministre précise enfin qu'une réunion s'est tenue avec les équipes de la Mamda pour entamer rapidement l'expertise et l'évaluation en vue d'indemniser de façon plus simplifiée les agriculteurs couverts par l'assurance risques climatiques.

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