OPINION. Vivre avec le virus ou mourir…

La Covid n’est plus une simple crise sanitaire, mais un méga choc économique et social qui crée de l’incertitude, du doute, de la défiance et menace la vie et l’équilibre de toute la société. Il est donc temps de changer d’attitude, de sortir de la politique du tout défensif et de se résoudre à l’idée qu’il faudra désormais vivre avec le virus. Le décider, le communiquer et l’assumer quoi qu’il en coûte. Limiter la propagation du virus, c’est important. Empêcher un suicide collectif, social et économique, l’est encore plus.

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OPINION. Vivre avec le virus ou mourir…

Le 16 septembre 2020 à 22:07

Modifié le 17 septembre 2020 à 20:38

La crise sanitaire de la Covid-19 a cassé toutes nos certitudes, nos repères, nos référentiels. Sur ce sujet, il n'est pas du tout évident de se faire un avis, y compris chez les spécialistes. Même dans le milieu médical et scientifique, les avis divergent, et tous les jours, on lit ou entend dans les médias internationaux des spécialistes de haut niveau, de toutes nationalités, déclarer tout et son contraire.

On nous sort des modèles, des benchmarks internationaux, des théories sur l’immunité collective, des comparaisons entre les stratégies des pays scandinaves, comme la Suède, et celles prônées par les pays d’Europe du Sud… Mais personne n’a de recette infaillible.

En attendant un vaccin qui arrivera peut-être de Chine, des Etats-Unis ou de Russie, le monde navigue à vue. Avec une seule certitude, qui fait là, en revanche, l’unanimité au sein de la communauté scientifique: le virus circule toujours et ne disparaîtra pas de sitôt. Même avec ce vaccin qu’on présente comme la solution miracle…  

Cela fait plusieurs décennies que le monde dispose d’un vaccin pour la polio ou la rougeole. Mais ces maladies ne sont pas éradiquées pour autant.

Que l’on soit à Madrid, à Paris, à New York, à Pékin, à Bangkok, au Caire, à Douala ou à Rabat…, nous sommes condamnés à vivre avec le virus. C’est la seule chose dont on est sûr aujourd’hui.

Le virus tue, l’incertitude et le manque de visibilité aussi

Reste à savoir comment chacun décide de vivre avec. Car tout l’enjeu actuel est là. Au début de la pandémie, on nous a présenté le confinement comme une solution efficace en nous disant que nous devons supporter l’isolement social, changer nos habitudes pendant quelques semaines, et que tout irait bien après.

Un sacrifice que nous avons consenti au Maroc, en toute confiance, et avec un haut degré d’adhésion populaire. Mais trois mois après le déconfinement, nous réalisons que ce sacrifice humain, économique et financier n’a pas suffi. Et que les dégâts collatéraux sont énormes: récession économique, pertes d’emplois, précarité accrue, dépression sociale, défiance populaire…

Situation exacerbée par l’explosion des cas de Covid et des décès depuis juillet-août. Mais, plus encore, par la série de mesures restrictives décidées par les autorités dans certaines villes et régions, le plus souvent à la dernière minute.

Très contraignantes pour la population, ces décisions enfoncent le pays dans la récession, empêchent toute possibilité de relance et, au final, sèment le doute dans l’esprit des gens quant à la capacité des pouvoirs publics à gérer la situation.

Au Maroc, on en est là aujourd’hui. Ce n’est pas tant la maladie qui fait peur ou qui empêche le pays de revivre, de travailler, de se remettre à créer de la valeur pour effacer une partie des lourdes pertes économiques et sociales subies entre mars et juin, mais le climat d’incertitude dans lequel on baigne.

Un chef d’entreprise qui emploie des milliers de personnes nous raconte ainsi sur un ton ironique que depuis août, son horizon de visibilité ne dépasse pas une semaine : « entre dimanche soir et la soirée du dimanche suivant ». Le dimanche soir, à 20h, parfois 22h, ces heures fatidiques où l’essentiel des décisions du gouvernement tombent sans crier gare.

Les autorités ont sans doute leurs raisons, disposent de données que nous n’avons peut-être pas, et prennent leurs décisions sur la base d’un référentiel, d’une ligne qui semble ne pas avoir bougé depuis le début de la pandémie : pour limiter la transmission du virus, il faut limiter au maximum les contacts. Avec un souci majeur: éviter que les structures sanitaires ne soient débordées. Cela se traduit par des fermetures de villes, dont certaines sont les plus créatrices de valeur pour le pays, la fermeture de commerces, de cafés, de restaurants, l’instauration de couvre-feux…

Une ligne qui peut se défendre, mais qui n’est plus d’actualité, surtout quand on n’est pas un pays riche comme l’Allemagne, les Etats-Unis ou la France qui ont les moyens de financer ces lockdowns qui ne disent pas leur nom. Et, surtout, ces Etats ont des instruments et des structures économiques solides, capables de rebondir rapidement au moment opportun.  

Presque tous les opérateurs économiques l’affirment aujourd’hui: le pays est certes déconfiné, mais il est toujours à l’arrêt. On vit comme témoigne cet autre homme d’affaires une sorte "de Ramadan prolongé, dont on ne connaît pas la fin". L’économie et le monde du travail vivent au ralenti. Impossible de discuter d’un contrat, de prendre un rendez-vous commercial, de planifier des investissements quoique nécessaires et profitables, de recruter même dans des postes vacants ou qui sont indispensables…

Spectateurs devant la recrudescence de la pandémie et les décisions brusques des autorités, les gens attendent, observent… mais personne ne décide, n’avance. Comme l’équipage d’un bateau qui jette l’ancre en pleine tempête, situation impensable pour tout marin qui se respecte.

"On parle de relance, on invite les gens à aller travailler, on exige des entreprises de continuer à investir, de s’endetter, de maintenir les emplois, mais on prend en même temps des décisions qui empêchent que tout cela se fasse. On prêche une chose, mais on fait tout son contraire. Comment voulez-vous décider si vous n’avez aucune visibilité, ne serait-ce que sur un mois ?", s’interroge, désemparé, un patron.

Ce manque de visibilité, cette incertitude, rendent les choses encore plus compliquées pour le pays. Plus que la maladie elle-même, qui tue, produit des drames humains, ce brouillard entretenu par une politique rigide, souvent illisible, a des dommages encore plus dramatiques : la communauté des économistes s’attend désormais à une récession plus violente que les 5% prévus par le gouvernement, les pertes d’emplois se comptent désormais par milliers et n’épargnent aucune classe sociale, et ceux qui travaillent toujours vivent dans le doute permanent et la peur du lendemain…

Les faillites, dans ce contexte, sont en passe de devenir la règle, en particulier au sein des petites et moyennes entreprises, les cafés, les commerces, les restaurants, les traiteurs, les organisateurs de fêtes, les agences de voyage, les acteurs de l’événementiel, de la communication, les opérateurs touristiques et ceux qui gravitent autour d’eux, les coiffeurs, les hammams et tout le secteur informel, industriel, artisanal et commercial.

La vie doit continuer, quoi qu’il en coûte

Eminent économiste, Larabi Jaidi nous expliquait dans une interview réalisée il y a quelques jours, qu’entre santé individuelle et santé économique, le choix est certes difficile à faire, mais qu’il serait impensable de laisser vivre le pays en sous régime. Et qu’un reconfinement même local d’un ou de plusieurs centres de production de richesses comme Casablanca, Marrakech ou Tanger nous mènerait à la catastrophe.

Catastrophe dont on commence déjà à percevoir les signaux : déclassement social de plusieurs familles, faillites en série, chômage galopant, explosion des impayés bancaires, et plus inquiétant encore : une défiance de plus en plus accrue de la population vis-à-vis des décideurs publics.

Lorsque les habitants du quartier Takaddoum à Rabat ont défoncé les barrières pour quitter le quartier, scène qui a tourné en boucle sur les réseaux sociaux, ce n'est pas parce qu'ils ne sont plus inconscients ou moins civilisés qu’ailleurs. C'est parce qu'ils doivent travailler pour vivre. C’est aussi simple que cela.

La politique défensive a peut-être donné des résultats au début de la pandémie, mais le virus ayant montré clairement qu’il était là pour longtemps encore, il est temps à présent d’apprendre à vivre avec. Persister à le nier reviendrait à mener toute la société vers un suicide collectif.

Les autorités doivent changer de paradigme, de politique et de discours. En Belgique, où la pandémie a été gérée dès le départ par une cellule de scientifiques, de nombreux économistes et intellectuels appellent désormais à s’ouvrir à de nouveaux profils dans la gestion de cette crise. Des sociologues, des entrepreneurs, des psy, des acteurs associatifs… Sortir en somme du tout virologue/épidémiologiste, qui change de décision toutes les semaines au gré de l’évolution des courbes de contaminations. Objectif: donner de la visibilité à la société et aux opérateurs économiques.

Le coronavirus est devenu, comme dirait Georges Clemenceau, une chose trop grave pour le confier à des médecins.

En France, Macron semble suivre cette ligne, après avoir rejeté ce mardi toutes les propositions de mesures restrictives de son comité scientifique, privilégiant la préservation de l’économie, la relance du monde du travail, la vie…, refusant comme il l’a déclaré en toute honnêteté de faire payer à tous ses citoyens le fait que ses structures sanitaires ne sont pas bonnes sur les tests.

Dans ces deux pays, tous deux riches, capables de porter le fardeau d’un nouveau confinement, la relance de l’économie et du monde du travail prime. D’autant que, comme l’ont souligné plusieurs analystes politiques, "l’acceptabilité sociale" de nouvelles mesures contraignantes n’est pas acquise.

Une étude publiée le 19 août en Belgique indique par exemple qu’à peine 35% des citoyens sont prêts à respecter de nouvelles mesures restrictives contre 81% au début de la crise. Une évolution qui montre -- comme le commente le porte-parole de l’Université de Gand qui a réalisé l’étude, que les gens sont fatigués, épuisés par ce virus qui perturbe entièrement leur vie et ne comprennent plus vraiment ces mesures qui sont différentes d’un pays à l’autre, d’une journée à l’autre… Si les Belges, qui disposent de nombreux filets sociaux leur permettant de mener une vie digne quelles que soient les décisions prises, sont perdus et affichent cette défiance vis-à-vis des décideurs publics, que dire de nous Marocains…

La scène de Takaddoum est un signal fort de cette défiance. De cette acceptabilité sociale qui s’est perdue et qu’il s’agit aujourd’hui de retrouver, en changeant de ligne et de discours. Et, surtout, en donnant aux gens de la visibilité, de l’espoir, pour pouvoir vivre, tout simplement.

Dans cette configuration, les autorités doivent se concentrer sur l’essentiel: concilier cet impératif de vie, de relance, avec la limitation de la propagation du virus.

Et là, il n’y pas de recette miracle: il faut assumer publiquement que nous devons apprendre à vivre avec le virus, travailler, investir, recréer de la richesse et des emplois. Tout en œuvrant à améliorer le processus de diagnostic, de dépistage, de prise en charge des malades, etc. Ce qui implique de revoir nos méthodes, investir davantage dans les structures de santé et responsabiliser de nouveaux acteurs dans cette lutte contre le Covid: médecins libéraux, cliniques privées, société civile, etc.

Se résoudre à l’idée de "vivre avec le virus" est un impératif. Mais cela ne signifie pas le relâchement face au respect des gestes barrières, au contraire: port du masque, distanciation sociale, lavage de main régulier, tousser dans son coude, utiliser un mouchoir à usage unique… constituent la seule manière possible et raisonnable de cohabiter avec le virus, sans couler.

Mais pour cela, les autorités doivent adopter un discours nouveau, transparent et porteur d’espoir, qui redonnera de la visibilité et de la lisibilité aux agents économiques, entrepreneurs et consommateurs. Car le pire, à la fin de cette pandémie, n’est pas de compter nos morts, mais que l’on s’enfonce tous, et sur une longue durée, dans une déprime économique et sociale beaucoup plus dangereuse que la crise sanitaire. 

OPINION. Vivre avec le virus ou mourir…

Le 16 septembre 2020 à22:07

Modifié le 17 septembre 2020 à 20:38

La Covid n’est plus une simple crise sanitaire, mais un méga choc économique et social qui crée de l’incertitude, du doute, de la défiance et menace la vie et l’équilibre de toute la société. Il est donc temps de changer d’attitude, de sortir de la politique du tout défensif et de se résoudre à l’idée qu’il faudra désormais vivre avec le virus. Le décider, le communiquer et l’assumer quoi qu’il en coûte. Limiter la propagation du virus, c’est important. Empêcher un suicide collectif, social et économique, l’est encore plus.

La crise sanitaire de la Covid-19 a cassé toutes nos certitudes, nos repères, nos référentiels. Sur ce sujet, il n'est pas du tout évident de se faire un avis, y compris chez les spécialistes. Même dans le milieu médical et scientifique, les avis divergent, et tous les jours, on lit ou entend dans les médias internationaux des spécialistes de haut niveau, de toutes nationalités, déclarer tout et son contraire.

On nous sort des modèles, des benchmarks internationaux, des théories sur l’immunité collective, des comparaisons entre les stratégies des pays scandinaves, comme la Suède, et celles prônées par les pays d’Europe du Sud… Mais personne n’a de recette infaillible.

En attendant un vaccin qui arrivera peut-être de Chine, des Etats-Unis ou de Russie, le monde navigue à vue. Avec une seule certitude, qui fait là, en revanche, l’unanimité au sein de la communauté scientifique: le virus circule toujours et ne disparaîtra pas de sitôt. Même avec ce vaccin qu’on présente comme la solution miracle…  

Cela fait plusieurs décennies que le monde dispose d’un vaccin pour la polio ou la rougeole. Mais ces maladies ne sont pas éradiquées pour autant.

Que l’on soit à Madrid, à Paris, à New York, à Pékin, à Bangkok, au Caire, à Douala ou à Rabat…, nous sommes condamnés à vivre avec le virus. C’est la seule chose dont on est sûr aujourd’hui.

Le virus tue, l’incertitude et le manque de visibilité aussi

Reste à savoir comment chacun décide de vivre avec. Car tout l’enjeu actuel est là. Au début de la pandémie, on nous a présenté le confinement comme une solution efficace en nous disant que nous devons supporter l’isolement social, changer nos habitudes pendant quelques semaines, et que tout irait bien après.

Un sacrifice que nous avons consenti au Maroc, en toute confiance, et avec un haut degré d’adhésion populaire. Mais trois mois après le déconfinement, nous réalisons que ce sacrifice humain, économique et financier n’a pas suffi. Et que les dégâts collatéraux sont énormes: récession économique, pertes d’emplois, précarité accrue, dépression sociale, défiance populaire…

Situation exacerbée par l’explosion des cas de Covid et des décès depuis juillet-août. Mais, plus encore, par la série de mesures restrictives décidées par les autorités dans certaines villes et régions, le plus souvent à la dernière minute.

Très contraignantes pour la population, ces décisions enfoncent le pays dans la récession, empêchent toute possibilité de relance et, au final, sèment le doute dans l’esprit des gens quant à la capacité des pouvoirs publics à gérer la situation.

Au Maroc, on en est là aujourd’hui. Ce n’est pas tant la maladie qui fait peur ou qui empêche le pays de revivre, de travailler, de se remettre à créer de la valeur pour effacer une partie des lourdes pertes économiques et sociales subies entre mars et juin, mais le climat d’incertitude dans lequel on baigne.

Un chef d’entreprise qui emploie des milliers de personnes nous raconte ainsi sur un ton ironique que depuis août, son horizon de visibilité ne dépasse pas une semaine : « entre dimanche soir et la soirée du dimanche suivant ». Le dimanche soir, à 20h, parfois 22h, ces heures fatidiques où l’essentiel des décisions du gouvernement tombent sans crier gare.

Les autorités ont sans doute leurs raisons, disposent de données que nous n’avons peut-être pas, et prennent leurs décisions sur la base d’un référentiel, d’une ligne qui semble ne pas avoir bougé depuis le début de la pandémie : pour limiter la transmission du virus, il faut limiter au maximum les contacts. Avec un souci majeur: éviter que les structures sanitaires ne soient débordées. Cela se traduit par des fermetures de villes, dont certaines sont les plus créatrices de valeur pour le pays, la fermeture de commerces, de cafés, de restaurants, l’instauration de couvre-feux…

Une ligne qui peut se défendre, mais qui n’est plus d’actualité, surtout quand on n’est pas un pays riche comme l’Allemagne, les Etats-Unis ou la France qui ont les moyens de financer ces lockdowns qui ne disent pas leur nom. Et, surtout, ces Etats ont des instruments et des structures économiques solides, capables de rebondir rapidement au moment opportun.  

Presque tous les opérateurs économiques l’affirment aujourd’hui: le pays est certes déconfiné, mais il est toujours à l’arrêt. On vit comme témoigne cet autre homme d’affaires une sorte "de Ramadan prolongé, dont on ne connaît pas la fin". L’économie et le monde du travail vivent au ralenti. Impossible de discuter d’un contrat, de prendre un rendez-vous commercial, de planifier des investissements quoique nécessaires et profitables, de recruter même dans des postes vacants ou qui sont indispensables…

Spectateurs devant la recrudescence de la pandémie et les décisions brusques des autorités, les gens attendent, observent… mais personne ne décide, n’avance. Comme l’équipage d’un bateau qui jette l’ancre en pleine tempête, situation impensable pour tout marin qui se respecte.

"On parle de relance, on invite les gens à aller travailler, on exige des entreprises de continuer à investir, de s’endetter, de maintenir les emplois, mais on prend en même temps des décisions qui empêchent que tout cela se fasse. On prêche une chose, mais on fait tout son contraire. Comment voulez-vous décider si vous n’avez aucune visibilité, ne serait-ce que sur un mois ?", s’interroge, désemparé, un patron.

Ce manque de visibilité, cette incertitude, rendent les choses encore plus compliquées pour le pays. Plus que la maladie elle-même, qui tue, produit des drames humains, ce brouillard entretenu par une politique rigide, souvent illisible, a des dommages encore plus dramatiques : la communauté des économistes s’attend désormais à une récession plus violente que les 5% prévus par le gouvernement, les pertes d’emplois se comptent désormais par milliers et n’épargnent aucune classe sociale, et ceux qui travaillent toujours vivent dans le doute permanent et la peur du lendemain…

Les faillites, dans ce contexte, sont en passe de devenir la règle, en particulier au sein des petites et moyennes entreprises, les cafés, les commerces, les restaurants, les traiteurs, les organisateurs de fêtes, les agences de voyage, les acteurs de l’événementiel, de la communication, les opérateurs touristiques et ceux qui gravitent autour d’eux, les coiffeurs, les hammams et tout le secteur informel, industriel, artisanal et commercial.

La vie doit continuer, quoi qu’il en coûte

Eminent économiste, Larabi Jaidi nous expliquait dans une interview réalisée il y a quelques jours, qu’entre santé individuelle et santé économique, le choix est certes difficile à faire, mais qu’il serait impensable de laisser vivre le pays en sous régime. Et qu’un reconfinement même local d’un ou de plusieurs centres de production de richesses comme Casablanca, Marrakech ou Tanger nous mènerait à la catastrophe.

Catastrophe dont on commence déjà à percevoir les signaux : déclassement social de plusieurs familles, faillites en série, chômage galopant, explosion des impayés bancaires, et plus inquiétant encore : une défiance de plus en plus accrue de la population vis-à-vis des décideurs publics.

Lorsque les habitants du quartier Takaddoum à Rabat ont défoncé les barrières pour quitter le quartier, scène qui a tourné en boucle sur les réseaux sociaux, ce n'est pas parce qu'ils ne sont plus inconscients ou moins civilisés qu’ailleurs. C'est parce qu'ils doivent travailler pour vivre. C’est aussi simple que cela.

La politique défensive a peut-être donné des résultats au début de la pandémie, mais le virus ayant montré clairement qu’il était là pour longtemps encore, il est temps à présent d’apprendre à vivre avec. Persister à le nier reviendrait à mener toute la société vers un suicide collectif.

Les autorités doivent changer de paradigme, de politique et de discours. En Belgique, où la pandémie a été gérée dès le départ par une cellule de scientifiques, de nombreux économistes et intellectuels appellent désormais à s’ouvrir à de nouveaux profils dans la gestion de cette crise. Des sociologues, des entrepreneurs, des psy, des acteurs associatifs… Sortir en somme du tout virologue/épidémiologiste, qui change de décision toutes les semaines au gré de l’évolution des courbes de contaminations. Objectif: donner de la visibilité à la société et aux opérateurs économiques.

Le coronavirus est devenu, comme dirait Georges Clemenceau, une chose trop grave pour le confier à des médecins.

En France, Macron semble suivre cette ligne, après avoir rejeté ce mardi toutes les propositions de mesures restrictives de son comité scientifique, privilégiant la préservation de l’économie, la relance du monde du travail, la vie…, refusant comme il l’a déclaré en toute honnêteté de faire payer à tous ses citoyens le fait que ses structures sanitaires ne sont pas bonnes sur les tests.

Dans ces deux pays, tous deux riches, capables de porter le fardeau d’un nouveau confinement, la relance de l’économie et du monde du travail prime. D’autant que, comme l’ont souligné plusieurs analystes politiques, "l’acceptabilité sociale" de nouvelles mesures contraignantes n’est pas acquise.

Une étude publiée le 19 août en Belgique indique par exemple qu’à peine 35% des citoyens sont prêts à respecter de nouvelles mesures restrictives contre 81% au début de la crise. Une évolution qui montre -- comme le commente le porte-parole de l’Université de Gand qui a réalisé l’étude, que les gens sont fatigués, épuisés par ce virus qui perturbe entièrement leur vie et ne comprennent plus vraiment ces mesures qui sont différentes d’un pays à l’autre, d’une journée à l’autre… Si les Belges, qui disposent de nombreux filets sociaux leur permettant de mener une vie digne quelles que soient les décisions prises, sont perdus et affichent cette défiance vis-à-vis des décideurs publics, que dire de nous Marocains…

La scène de Takaddoum est un signal fort de cette défiance. De cette acceptabilité sociale qui s’est perdue et qu’il s’agit aujourd’hui de retrouver, en changeant de ligne et de discours. Et, surtout, en donnant aux gens de la visibilité, de l’espoir, pour pouvoir vivre, tout simplement.

Dans cette configuration, les autorités doivent se concentrer sur l’essentiel: concilier cet impératif de vie, de relance, avec la limitation de la propagation du virus.

Et là, il n’y pas de recette miracle: il faut assumer publiquement que nous devons apprendre à vivre avec le virus, travailler, investir, recréer de la richesse et des emplois. Tout en œuvrant à améliorer le processus de diagnostic, de dépistage, de prise en charge des malades, etc. Ce qui implique de revoir nos méthodes, investir davantage dans les structures de santé et responsabiliser de nouveaux acteurs dans cette lutte contre le Covid: médecins libéraux, cliniques privées, société civile, etc.

Se résoudre à l’idée de "vivre avec le virus" est un impératif. Mais cela ne signifie pas le relâchement face au respect des gestes barrières, au contraire: port du masque, distanciation sociale, lavage de main régulier, tousser dans son coude, utiliser un mouchoir à usage unique… constituent la seule manière possible et raisonnable de cohabiter avec le virus, sans couler.

Mais pour cela, les autorités doivent adopter un discours nouveau, transparent et porteur d’espoir, qui redonnera de la visibilité et de la lisibilité aux agents économiques, entrepreneurs et consommateurs. Car le pire, à la fin de cette pandémie, n’est pas de compter nos morts, mais que l’on s’enfonce tous, et sur une longue durée, dans une déprime économique et sociale beaucoup plus dangereuse que la crise sanitaire. 

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