Les mauvaises habitudes alimentaires se sont accrues depuis la crise sanitaire

Les mauvaises habitudes alimentaires se sont accrues pendant le confinement, et n’ont pas décliné depuis le déconfinement, témoignent trois nutritionnistes contactés par Médias24. La pratique d’une activité physique ne fut pas vraiment la grande priorité à l’issue du confinement.

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Les mauvaises habitudes alimentaires se sont accrues depuis la crise sanitaire

Le 27 octobre 2020 à 16:35

Modifié le 28 octobre 2020 à 10:53

Depuis la mise en place des mesures d’urgence sanitaire, confinement et déconfinement compris, nos habitudes alimentaires ont changé, et pas vraiment pour le mieux. La fermeture, pendant près de trois mois, des petits snacks de quartier et autres enseignes de fast-food, aurait pu être l’occasion de réajuster les habitudes alimentaires pour en adopter de nouvelles, plus saines.

Or, à en croire les trois nutritionnistes contactés par Médias24, cette période aura surtout ancré davantage dans notre quotidien des comportements alimentaires nocifs, qui ont de surcroît été prolongés sans interruption pendant ces trois mois de confinement. Et le déconfinement n’a pas vraiment inversé la tendance.

Manger pour se réconforter

Nada Azzouzi, psychiatre et nutritionniste, distingue deux populations parmi sa patientèle : ''ceux qui ont acheté beaucoup de nourriture lors de l’annonce du confinement, lorsque certains supermarchés ont été pris d’assaut, et qu’ils ont consommée une fois chez eux. Forcément, lorsqu’on a de la nourriture en grande, voire très grande quantité, et qu’il n’y a rien d’autre à faire que de manger… Les gens ont tout bonnement consommé ce qu’ils avaient devant eux.''

Sans surprise, Karim Ouali, docteur en médecine et spécialiste en nutrition, dit avoir observé une ''recrudescence de l’obésité'' après le confinement, particulièrement chez les enfants. ''Dans la panique suscitée par l’annonce du confinement, les gens ont stocké d’importantes quantités de nourriture non périssable à la maison. Des pâtes, des gâteaux, des biscuits… Le manque d’activités physiques, voire d’activités tout court, les a poussés à se tourner vers ce qu’ils avaient stocké. Ce sont des comportements compulsifs'', souligne-t-il. A l’heure actuelle, la quasi-totalité de ses patients consultent pour perdre les kilos en trop, pris pendant le confinement, nous dit-il. 

Nada Azzouzi reçoit également un autre type de patients : ceux qui ont profité de cette période pour faire un régime, mais par eux-mêmes, sans être accompagnés par un nutritionniste, ''avec tous les effets yo-yo qui résultent d’un rééquilibrage alimentaire non suivi par un professionnel''. Karim Ouali évoque une autre tendance, celle des compléments alimentaires et des produits amincissants, initiée pendant le confinement, mais aussi après. Au moment du déconfinement, il dit avoir vu arriver dans son cabinet des patients ''qui déversaient littéralement sur [son] bureau des paquets entiers de produits amincissants introuvables en pharmacie, et qui échappent à tout contrôle''. ''Une caricature, vraiment.''

Car même sans snack ni fast-food, les gens ont continué à avoir une alimentation parfois chaotique, elle-même impulsée par la perte des repères qui rythmaient leur quotidien avant cette crise sanitaire, confirme Nada Azzouzi. ''Ils se sont mis à cuisiner maison, certes, mais ils ont cuisiné gras et sucré. C’est le principe du confort food : des aliments confortables qui consolent, qui réconfortent, car ils ont une forte charge émotive de par leur texture, leur goût... Pendant le confinement, nous n’avons plus seulement été sur des besoins nutritionnels, mais aussi émotionnels. Un tajine avec beaucoup de légumes, peu de viande et peu de gras, ça ne console pas. Mais un bon gâteau au chocolat avec une boule de glace, oui, ça console. Les gens savent qu’ils mangent mal, mais cette alimentation est tellement réconfortante qu’ils ne se posent pas plus de questions.''

Un constat que partage également Houda Lazrak, nutritionniste, endocrinologue et diabétologue : ''Il n’y avait certes plus de malbouffe, en tout cas pas de celle qu’on trouve dans les fast-foods, mais les gens grignotaient à longueur de journée. La majorité des patients que je reçois à l’heure actuelle disent s’être rabattus sur la nourriture lorsqu’ils étaient confinés. Ce sont des gens qui s’alimentaient déjà mal avant le confinement, et qui ont maintenu leurs mauvaises habitudes alimentaires pendant.''

Les activités physiques délaissées au profit des fast-foods

Et le déconfinement n’a rien arrangé ; preuve s’il en est des ruées vers les enseignes de fast-food observées dès la levée du confinement, principalement à Casablanca. ''C’est là qu’on comprend que ce n’est pas une question de faim : les gens ont cherché un réconfort émotionnel auprès de l’alimentation, insiste Nada Azzouzi. Ils n’ont pas cherché à s’alimenter – en termes de valeur nutritionnelle, les fast-foods ne valent rien – mais à remplir le vide émotionnel que ce confinement a créé ; à rétablir leur moral. L’alimentation de type junk food est certes très mauvaise sur le long terme, mais elle est réconfortante sur le moment.''

Si certains ont donc profité du déconfinement pour se ruer vers les fast-foods et, ainsi, rattraper le temps perdu, d’autres ont pris conscience de leur prise de poids lorsqu’ils ont pu à nouveau sortir. ''J’ai constaté une très forte demande de patients qui ont pris beaucoup de poids pendant le confinement, parfois une bonne dizaine de kilos, ou dont le taux de glycémie n’était pas bon, et qui ont souhaité se reprendre en main'', dit Houda Lazrak.

Mais le déconfinement n’est pas toujours synonyme de reprise en main. ''L’activité physique, ça n’était pas vraiment la priorité au moment du déconfinement. Les gens voulaient avant tout sortir, manger, se retrouver dans les restaurants… Cette tendance aux mauvaises habitudes alimentaires se poursuit parce que les gens ont encore beaucoup de mal à s’organiser, entre le télétravail, ou le retour au bureau et la gestion des affaires familiales'', souligne Karim Ouali.

Quatre mois après la levée du confinement, les patients désireux de perdre du poids continuent d’affluer dans son cabinet, faute d’avoir eu le temps de le faire plus tôt : ''Oui, j’en reçois aujourd’hui encore. Beaucoup de gens réagissent en deux temps : ils ont attendu que la rentrée scolaire passe pour, enfin, penser un peu à eux-mêmes. Mais même en cette période post-confinement, ils peinent à reprendre une bonne hygiène de vie parce qu’ils ne parviennent pas à s’organiser, à retrouver leurs repères d’avant le confinement… Entre l’école des enfants, moitié présentiel, moitié distanciel et le travail à gérer, les gens bricolent. Ils tentent de s’organiser et de s’occuper comme ils peuvent de leur perte de poids.''

Les mauvaises habitudes alimentaires se sont accrues depuis la crise sanitaire

Le 27 octobre 2020 à16:38

Modifié le 28 octobre 2020 à 10:53

Les mauvaises habitudes alimentaires se sont accrues pendant le confinement, et n’ont pas décliné depuis le déconfinement, témoignent trois nutritionnistes contactés par Médias24. La pratique d’une activité physique ne fut pas vraiment la grande priorité à l’issue du confinement.

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Depuis la mise en place des mesures d’urgence sanitaire, confinement et déconfinement compris, nos habitudes alimentaires ont changé, et pas vraiment pour le mieux. La fermeture, pendant près de trois mois, des petits snacks de quartier et autres enseignes de fast-food, aurait pu être l’occasion de réajuster les habitudes alimentaires pour en adopter de nouvelles, plus saines.

Or, à en croire les trois nutritionnistes contactés par Médias24, cette période aura surtout ancré davantage dans notre quotidien des comportements alimentaires nocifs, qui ont de surcroît été prolongés sans interruption pendant ces trois mois de confinement. Et le déconfinement n’a pas vraiment inversé la tendance.

Manger pour se réconforter

Nada Azzouzi, psychiatre et nutritionniste, distingue deux populations parmi sa patientèle : ''ceux qui ont acheté beaucoup de nourriture lors de l’annonce du confinement, lorsque certains supermarchés ont été pris d’assaut, et qu’ils ont consommée une fois chez eux. Forcément, lorsqu’on a de la nourriture en grande, voire très grande quantité, et qu’il n’y a rien d’autre à faire que de manger… Les gens ont tout bonnement consommé ce qu’ils avaient devant eux.''

Sans surprise, Karim Ouali, docteur en médecine et spécialiste en nutrition, dit avoir observé une ''recrudescence de l’obésité'' après le confinement, particulièrement chez les enfants. ''Dans la panique suscitée par l’annonce du confinement, les gens ont stocké d’importantes quantités de nourriture non périssable à la maison. Des pâtes, des gâteaux, des biscuits… Le manque d’activités physiques, voire d’activités tout court, les a poussés à se tourner vers ce qu’ils avaient stocké. Ce sont des comportements compulsifs'', souligne-t-il. A l’heure actuelle, la quasi-totalité de ses patients consultent pour perdre les kilos en trop, pris pendant le confinement, nous dit-il. 

Nada Azzouzi reçoit également un autre type de patients : ceux qui ont profité de cette période pour faire un régime, mais par eux-mêmes, sans être accompagnés par un nutritionniste, ''avec tous les effets yo-yo qui résultent d’un rééquilibrage alimentaire non suivi par un professionnel''. Karim Ouali évoque une autre tendance, celle des compléments alimentaires et des produits amincissants, initiée pendant le confinement, mais aussi après. Au moment du déconfinement, il dit avoir vu arriver dans son cabinet des patients ''qui déversaient littéralement sur [son] bureau des paquets entiers de produits amincissants introuvables en pharmacie, et qui échappent à tout contrôle''. ''Une caricature, vraiment.''

Car même sans snack ni fast-food, les gens ont continué à avoir une alimentation parfois chaotique, elle-même impulsée par la perte des repères qui rythmaient leur quotidien avant cette crise sanitaire, confirme Nada Azzouzi. ''Ils se sont mis à cuisiner maison, certes, mais ils ont cuisiné gras et sucré. C’est le principe du confort food : des aliments confortables qui consolent, qui réconfortent, car ils ont une forte charge émotive de par leur texture, leur goût... Pendant le confinement, nous n’avons plus seulement été sur des besoins nutritionnels, mais aussi émotionnels. Un tajine avec beaucoup de légumes, peu de viande et peu de gras, ça ne console pas. Mais un bon gâteau au chocolat avec une boule de glace, oui, ça console. Les gens savent qu’ils mangent mal, mais cette alimentation est tellement réconfortante qu’ils ne se posent pas plus de questions.''

Un constat que partage également Houda Lazrak, nutritionniste, endocrinologue et diabétologue : ''Il n’y avait certes plus de malbouffe, en tout cas pas de celle qu’on trouve dans les fast-foods, mais les gens grignotaient à longueur de journée. La majorité des patients que je reçois à l’heure actuelle disent s’être rabattus sur la nourriture lorsqu’ils étaient confinés. Ce sont des gens qui s’alimentaient déjà mal avant le confinement, et qui ont maintenu leurs mauvaises habitudes alimentaires pendant.''

Les activités physiques délaissées au profit des fast-foods

Et le déconfinement n’a rien arrangé ; preuve s’il en est des ruées vers les enseignes de fast-food observées dès la levée du confinement, principalement à Casablanca. ''C’est là qu’on comprend que ce n’est pas une question de faim : les gens ont cherché un réconfort émotionnel auprès de l’alimentation, insiste Nada Azzouzi. Ils n’ont pas cherché à s’alimenter – en termes de valeur nutritionnelle, les fast-foods ne valent rien – mais à remplir le vide émotionnel que ce confinement a créé ; à rétablir leur moral. L’alimentation de type junk food est certes très mauvaise sur le long terme, mais elle est réconfortante sur le moment.''

Si certains ont donc profité du déconfinement pour se ruer vers les fast-foods et, ainsi, rattraper le temps perdu, d’autres ont pris conscience de leur prise de poids lorsqu’ils ont pu à nouveau sortir. ''J’ai constaté une très forte demande de patients qui ont pris beaucoup de poids pendant le confinement, parfois une bonne dizaine de kilos, ou dont le taux de glycémie n’était pas bon, et qui ont souhaité se reprendre en main'', dit Houda Lazrak.

Mais le déconfinement n’est pas toujours synonyme de reprise en main. ''L’activité physique, ça n’était pas vraiment la priorité au moment du déconfinement. Les gens voulaient avant tout sortir, manger, se retrouver dans les restaurants… Cette tendance aux mauvaises habitudes alimentaires se poursuit parce que les gens ont encore beaucoup de mal à s’organiser, entre le télétravail, ou le retour au bureau et la gestion des affaires familiales'', souligne Karim Ouali.

Quatre mois après la levée du confinement, les patients désireux de perdre du poids continuent d’affluer dans son cabinet, faute d’avoir eu le temps de le faire plus tôt : ''Oui, j’en reçois aujourd’hui encore. Beaucoup de gens réagissent en deux temps : ils ont attendu que la rentrée scolaire passe pour, enfin, penser un peu à eux-mêmes. Mais même en cette période post-confinement, ils peinent à reprendre une bonne hygiène de vie parce qu’ils ne parviennent pas à s’organiser, à retrouver leurs repères d’avant le confinement… Entre l’école des enfants, moitié présentiel, moitié distanciel et le travail à gérer, les gens bricolent. Ils tentent de s’organiser et de s’occuper comme ils peuvent de leur perte de poids.''

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