Sans visibilité, les salles de sport sont au bord de la faillite
Plusieurs salles de sport ont déjà déposé leur bilan, d’autres ont subi d’énormes pertes et n'ont plus les moyens de tenir longtemps. Des milliers d’emplois sont menacés.
Comme nous le confie le président de l’Association marocaine des professionnels de l’industrie du fitness et de la remise en forme, Mourad Belkamel, "les salles de sport n’ont jamais été réellement autorisées à rouvrir leurs portes".
En effet, celles-ci ont arrêté leur activité le 16 mars dernier, au début du confinement. Elles ont eu à peine 30 jours de réouverture après le déconfinement, avant de refermer le 20 août, dans des villes comme Casablanca, Fès, Tanger, Témara et Kénitra, qui comptent selon notre interlocuteur, le plus grand nombre d'adhérents.
Aucun cas de Covid enregistré dans les salles de sport
"Nous ne comprenons pas pourquoi les salles de sport sont toujours les premières visées par des décisions de fermeture, à chaque fois que le nombre de cas de contamination au Covid augmente", déplore le président de l’AMPIF.
Pourtant, "tous les établissements ont pris les précautions nécessaires durant la courte période de réouverture. Nous respectons scrupuleusement les règles d’hygiène et le protocole sanitaire édicté par le ministère de la Santé. Les espaces ont été réaménagés, les plannings bien programmés, les horaires respectés et les locaux et le matériel désinfectés de manière régulière."
Selon Hatim Laabi, propriétaire d'une salle de sport à Kénitra, "certains propriétaires ont dû s'endetter pour acheter les outils nécessaires à la mise en place de toutes ces mesures, en pleine crise, puis ont refermé leurs établissements".
"La pratique en centre sportif n’est pas plus à risque pour les citoyens que les commerces encore opérationnels, notamment les supermarchés et cafés, ou les écoles. Aucun cas de contamination n’a été enregistré jusque-là dans aucune salle de sport au Maroc", ajoute M. Belkamel.
Aucune visibilité sur le reste de l’année
"Les établissements de sport sont au bord de la faillite et il n’y a aucune considération de la part des autorités", regrette le président de l’Association.
"Nous avons essayé de contacter le ministère de tutelle - ministère de la Jeunesse et des sports-, ainsi que les ministères de la Santé et de l’Intérieur, mais nous n’avons eu aucun retour. Nous avons également essayé de prendre contact avec les autorités locales de Casablanca, en vain".
"Aujourd'hui nous n’avons aucune visibilité sur le reste de l’année", ajoute notre interlocuteur, qui ne cache pas son inquiétude.
Des salles ont déjà déposé le bilan, des milliers de salariés menacés
"Au Maroc, il y a plus de 3.000 établissements de sport, toutes catégories confondues. Seules 150 sont des sociétés structurées, avec des salariés déclarés, dont 100 font partie de l’AMPIF. Une quinzaine de ces sociétés ont déjà déposé le bilan, sans compter les associations et les clubs qui ne font pas partie de notre association. Les autres sociétés membres ont enregistré une baisse de 30% à 50% de leur chiffre d’affaires, depuis le début du confinement, ce qui est énorme".
"Les petites ou moyennes structures, ou celles qui ont démarré juste avant le confinement, ont déjà mis la clef sous le paillasson. Celles qui résistent encore sont les structures qui ont les moyens de faire des efforts au niveau de leur trésorerie, mais cette situation ne peut pas durer indéfiniment. Elles tiendront, au plus, un mois et demi encore".
"Nous avons des charges énormes et la fermeture des salles pendant plusieurs mois fera un grand trou dans nos recettes. Nous avons des salariés qu’on ne pourra plus payer à la longue, et ce sera un désastre social. Des milliers d'employés sont menacés au niveau national, dont 10.000 personnes rien qu’à Casablanca. Il aurait été préférable que les décisions de fermeture soient accompagnées par des aides financières de l'Etat, notamment pour les salariés", ajoute M. Belkamel.
Un début de saison désastreux
"Nous avons remarqué une perte de confiance du côté des adhérents, due à la mauvaise publicité que les multiples décisions de fermeture font au secteur du sport et de la remise en forme. Même lors des quelques jours de réouverture dont nous avons bénéficié, les gens n’étaient pas au rendez-vous".
"Egalement, dans les quelques salles encore opérationnelles, notamment à Marrakech, Agadir et Essaouira, les gens sont encore méfiants. On a du mal à leur redonner confiance". L’effet psychologique de cette crise est donc bien visible.
Toutefois, il faut noter que le mois de septembre représente le début de saison pour les établissements sportifs. C'est à ce moment que les gens veulent renouveler leur abonnement, ou inscrire leurs enfants pour accompagner la rentrée scolaire. "Si on commence la saison en étant fermé et avec l’appréhension sanitaire, l’année est foutue, et on aura du mal à s’accrocher".
D’un autre côté, "le pays souffre énormément des conséquences économiques du virus. Le pouvoir d’achat des citoyens est très faible, ce qui les pousse à placer l’activité sportive en seconde place".
"On se sent lésé et abandonné", nous confie pour sa part Samy Houiche, patron de Gym Factory, membre de l’AMPIF. "On souhaite rouvrir le plus rapidement possible".
L’entraîneur reste le plus touché
Les médias ont souvent tendance à parler des grandes structures de sport, et l'on oublie d'évoquer les centaines d’entraîneurs qui travaillent à plein temps dans les associations et les petits clubs de sport des quartiers et qui vivent de cet emploi, nous le fait remarquer M. Laabi.
"Ces gens sont les plus impactés par la crise dans le secteur du sport et ne peuvent pas se reconvertir pour faire autre chose. Ce sont majoritairement des personnes qui se sont entraînées toute leur vie pour maîtriser une discipline et qui en ont fait leur métier aujourd'hui. Ces clubs sont à l’arrêt, et ces entraîneurs n'ont plus de source de revenus pour subvenir à leurs besoins et à celui de leurs familles. Leur état est critique".
"Il y a des centaines d’associations de sport dans tout le Maroc, spécialisées dans différentes disciplines (arts martiaux, gymnastique ou autres), qui emploient, chacune en moyenne, deux à trois entraîneurs. Des milliers de personnes sont donc concernées".
Pour défendre leurs intérêts sociaux, "nous avons créé un syndicat national des entraîneurs des salles de sport, qui regroupe toutes les régions du Royaume. Le but est d'être bien représenté pour pouvoir entamer des discussions avec les autorités compétentes", conclut notre source.
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