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Inondations: les tragédies se répètent, les leçons pas toujours tirées

Le drame de Taroudant rappelle tristement les inondations de 2014 où 47 personnes avaient trouvé la mort dans plusieurs villes du sud du pays. Cinq ans après, rien ne semble avancer, malgré la prise de conscience de la nécessité de l'anticipation et d'un système d'alerte avancé.

Inondations: les tragédies se répètent, les leçons pas toujours tirées
H. G.
Le 30 août 2019 à 11h12 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Après l'émotion, place aux enseignements. Les inondations qu'a connues Douar Tizert dans la région de Taroudant, causant le décès de 7 personnes (selon le premier bilan et 8 personnes selon les données communiquées sur place) qui assistaient à un match d'un tournoi local, ne sont pas les premières du genre enregistrées au Maroc. 

Chaque année a son lot d'épisodes de fortes averses et d'inondations en zones urbaines ou rurales, qui ne causent pas toutes fort heureusement des pertes humaines, mais qui représentent un véritable risque. 

Malheureusement, à chaque inondation les images se répètent et les déclarations se succèdent promettant des plans d'action, sans réalisations visibles sur le terrain. 

Preuve en est, les récentes déclarations du gouvernement qui promet une batterie de mesures pour éviter que le drame d'Igherm ne se reproduise dans une autre région. 

Le gouvernement promet ainsi: 

-  La création d'une direction centrale pour la gestion des risques des catastrophes naturelles au niveau du ministère de l'Intérieur. 

- Le renforcement des systèmes d'alertes précoces.

- La mise en place d'un carte exhaustive des différents sites à risques et partant la généralisation de l'adoption des documents d'urbanisation dans le monde rural.

- Le renforcement de l'encadrement du domaine public hydraulique.

Or, ces mesures auraient dû déjà être en place au regard des précédents épisodes d'inondations enregistrés au Maroc et qui étaient pour certains plus meurtriers que le drame de Taroudant. 

Nous avons encore en mémoire les inondations du sud en 2014. Et avant elle, celles de 2002 à Mohammédia, celles de 1995 à l'Ourika et celles de 2010 et 2011 à Casablanca. 

Les inondations de 2014 avaient touché entre autres Guelmim et Sidi Ifni et fait 47 morts et d’innombrables victimes qui ont vu dans la plupart des cas leurs habitations détruites. Les routes et les lignes coupées, et les services publics tels que les hôpitaux ravagés, ainsi qu'une longue interruption des activités économiques.

A la suite de cette tragédie, les questions posées à l'époque rappellent fortement les interrogations partagées par l'opinion publique ces derniers jours après le drame de la province de Taroudant: le système d’alerte mis en place a-t-il été efficace? Les dégâts sont-ils liés à une faiblesse des infrastructures? Les différents services concernés travaillent-ils en coordination? 

Des questions qui ne semblent toujours pas trouvé de réponses, cinq ans plus tard.

Les enseignements de 2014 encore valables aujourd'hui

En 2015, l'association Targa-AIDE Maroc et la compagnie d'assurances Zurich avaient publié une intéressante étude un an après les inondations du sud pour en tirer les enseignements. 

Dans ce rapport, on apprend que le Maroc a enregistré pas moins de 35 épisodes d’inondations entre 1951 et 2015. "Les crues ne sont pas une nouveauté au Maroc où traditionnellement elles étaient accueillies positivement en tant que source d’irrigation providentielle pour les cultures. Cependant, ces dernières années, la forte urbanisation, la croissance de la population et les effets probables du changement climatique font de ces crues une véritable source de risques pour un nombre toujours plus important de personnes et d’infrastructures vitales", peut-on lire sur l'étude qui a été mené grâce à des enquêtes et entretiens menés avec des acteurs locaux (habitants et des administrateurs, ainsi que des responsables politiques) ayant vécu les événements de 2014.

Les enseignements tirés dans le cadre de cette étude sont toujours d'actualité. Nous les rappelons dans le cadre cet article en espérant que ce sujet soit enfin pris au sérieux par nos politiques : 

- Il ne aut plus être dans la réaction au lieu de la proaction et de la prévention: plusieurs lacunes au niveau de l'anticipation en amont des événements, des interventions durant les événements et des efforts de rétablissement a posteriori. L'importance accordée aux efforts de réduction préventive des risques est très limitée. La plupart des procédures et des processus ne concernaient que la phase d’intervention et des mesures qui ont été mises en place une fois que les événements avaient eu lieu.

- Les systèmes d’alerte précoce, les alertes météo, les protocoles et les informations étaient très peu adaptés aux besoins: le processus d’alerte en place se contente de simplement fournir des informations comme les alertes, les bulletins météo classiques publiés quotidiennement sur le site Web de la DMN, sont également transmises à l’agence de presse marocaine et la télévision nationale. La DMN n’est pas responsable du déclenchement d’actions sur le terrain. C’est à le rôle des collectivités locales. A la rédaction de Médias24, nous avons relevé que les bulletins de vigilance publiés sur le site se réduisent à des cartographies et manquent totalement de précision. La météo ne fait pas l'effort de vulgarisation ni de sensibilisation des médias à la nécessité de relayer ces infos.

- Manque de ressources, de procédures et de formation.

- La perception erronée des risques par la population et les structures mal dimensionnées ont accru les risques : les populations n’ont pas un comportement adéquat aux risques, elles semblent réagir de manière irrationnelle, en traversant imprudemment des radiers inondés, par exemple. De plus, les ordres d’évacuation sont souvent ignorés par les familles de peur de perdre définitivement leurs domiciles. 

- L’urbanisation irraisonnée aggrave les problèmes en cas d'inondations.

Sur la base des résultats de cette enquête de terrain, plusieurs mesures avaient été proposées parmi lesquelles : 

- Utiliser des techniques plus performantes pour informer la population;

- Déterminer des indicateurs à partir desquels les processus seront initiés, et permettre aux responsables locaux de déclencher ces processus au moment opportun;

Se préparer aux scénarios catastrophes et non aux scénarios plausibles;

- Mieux entretenir les bassins car l’accumulation de matière dans les fonds de bassins pousse les courants à dévier de leur trajectoire, et à se transformer en torrents dévastateurs;

- Adapter les solutions à chaque région;

- Communiquer même en dehors des périodes de crise. 

Médias24 va revenir rapidement sur les événements dramatiques d'Igherm avec le concours de l'association Targa-AIDE.

>> Lire aussi : Guelmim et Sidi Ifni étaient censées avoir leur propre système anti-inondations

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Tags : inondations
H. G.
Le 30 août 2019 à 11h12

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