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Guelmim et Sidi Ifni étaient censées avoir leur propre système anti-inondations

Les villes les plus touchées par les intempéries, qui ont été éprouvées et isolées du monde par la montée des eaux, Guelmim, Bouizakarn et Sidi Ifni, faisaient partie des sites protégés en priorité par le plan national de protection contre les inondations.

Guelmim et Sidi Ifni étaient censées avoir leur propre système anti-inondations
Hamza Mekouar
Le 2 décembre 2014 à 11h33 | Modifié 2 décembre 2014 à 11h33

Alors que le calme semble être revenu après les inondations meurtrières qui ont secoué le sud du Maroc, des questions restent en suspens: le système d’alerte mis en place a-t-il été efficace? Les dégâts sont-ils liés à une faiblesse des infrastructures? Les différents services concernés travaillent-ils en coordination?

La région de Guelmim, qui est de loin la plus touchée, a été déclarée zone sinistrée par les autorités. Sidi Ifni et Bouizakarn ont également été coupées du monde. Pourtant, depuis que le secrétariat d’Etat chargé de l’eau et de l’environnement (SEEE) a recensé 390 sites vulnérables aux inondations, ces zones ont été protégées grâce à différents systèmes, aux côtés de 90 autres zones jugées prioritaires. Une situation qui interpelle sur l’efficacité des mesures de gestion des inondations.

Faiblesse des infrastructures

Plusieurs images qui ont circulé sur la toile montrent des infrastructures en piteux état: des routes ont été abimées, des ponts ont cédé sous le poids des eaux, des digues se sont effondrées, le réseau électrique a été mis à mal.

«Plusieurs ponts et digues ne sont ni contrôlés ni entretenus. La stabilité de certains ouvrages est à revoir(...)Certaines agences de bassins hydrauliques ont tablé sur des crues moins importantes que celles qui ont touché le Maroc récemment. Et la période de retour des crue n’est pas toujours prise en compte dans la conception des digues», nous explique une source au sein d’une des agences du bassin hydraulique du Maroc.

Même son de cloche chez Hakima El Haite, ministre déléguée chargée de l’Environnement. Interrogée par notre rédaction, elle souligne l’inefficience des digues de protection par des critères de conception basés sur les catastrophes passées, c'est-à-dire sur une observation empirique. Les outils de protection des inondations se basent sur l’observation de crues constatées et sur leurs éventuelles occurrences.

Pour des crues décennales, le dimensionnement nécessaire des ouvrages de protection n’est pas le même que pour les ravages d’une crue centennale comme cela a été le cas dans la ville de Guelmim, selon elle.

Elle assure que le Royaume a récemment enclenché la machine pour parer aux risques naturels qui frappent le monde entier, mais qu’il a été pris au dépourvu par les effets dévastateurs d’un nouveau type de crue jamais observé dans le passé.

Face à ces catastrophes naturelles qui sont de plus en plus fortes, elle annonce que les autorités de tutelle vont mettre en place une nouvelle politique de gestion anticipée d’intensité des risques.

Le directeur du bureau d’études en ingénierie GCIM, qui avait réalisé une étude sur les risques d’inondations dans la région de Guelmim, nous explique que la digue de la ville n’a pas cédé, contrairement à ce qui a été rapporté par le ministère de l’Intérieur dans un communiqué.

Associé aux travaux du mur de maçonnerie préventif, il affirme que l’information selon laquelle cette mesure de protection n’a pas tenu face aux eaux en crue de l’oued Laachar est dénuée de tout fondement.

Karim Jbilou avance que si cela avait été le cas, le bilan des victimes et des dégâts matériels aurait été beaucoup plus lourd.

Dans les études qu’il a réalisées pour la ville de Guelmim, il révèle que les recommandations de son bureau pour surélever les ponts (coût de 30 MDH) n’ont pas été retenues et qu’une partie des inondations s’explique par le réseau inadapté d’assainissement au dimensionnement dépassé.

Un ingénieur spécialisé dans les barrages, interrogé par notre rédaction, souligne pour sa part que le réseau d’assainissement pluvial dans plusieurs villes marocaines parmi lesquelles Guelmim, est sous-dimensionné, d’où «l’importance d’agrandir les canalisations existantes qui sont bien souvent trop étroites».

Abdelwahab Balfkih, président de la commune de Guelmim, a fait une intervention remarquée au cours d’une réunion, dans la ville de Guelmim, présidée par le ministre de l’Intérieur et dont la vidéo a été visionnée par Médias 24.

Il affirmait que sa commune a récemment fait une étude sur la protection de la ville contre les inondations et a attiré l’attention sur l’importance de renforcer deux ponts de la ville et de construire une autre digue ou un mur de protection d’une longueur de 4,5 km.

Il impute la responsabilité des pertes à différentes parties qu’il ne nomme pas et qu’il accuse d’avoir mis les bâtons dans les roues, ainsi qu’aux représentants du ministère de l'Equipement, du Transport et de la Logistique. L’élu USFP assure avoir attiré l’attention des ministères concernés de très nombreuses fois, sans succès. Selon lui, l'obstination de certains officiels à ne pas prendre les mesures nécessaires est la première cause de la hausse du nombre de victimes. 

Une multitude d’intervenants et des actions non coordonnées

Plusieurs ministères, départements et offices disposent de services ou de cellules spécialisées pour gérer les catastrophes naturelles. Une situation qui résulte d’une multitude de Dahirs, décrets et arrêtés (parfois obsolètes) qui concernent de près ou de loin les risques naturels. Par conséquent, les actions menées ne sont pas toujours coordonnées et ne sont pas consolidées dans une stratégie globale.

«La coordination fait souvent défaut. Chacun œuvre à un même objectif avec ses propres moyens mais sans véritable concertation, ce qui amène à une profusion des actions terminées», lit-on dans une étude sur la gestion des risques au Maroc, réalisée par Laila El Founti, du ministère de l’Aménagement du territoire, de l’eau et de l’environnement.

La Banque mondiale s’est elle aussi penchée sur la question dans un rapport rendu public en mars dernier. «La gestion des risques exige de reconnaître que les risques ne peuvent plus être gérés de manière isolée», souligne la BM, qui ajoute que «jusqu’à présent, l’approche du Maroc pour la gestion des risques a été très sectorielle. Les initiatives sont souvent mises en œuvre de façon indépendante et souffrent de fragmentation institutionnelle (…), pour être efficace et durable, la stratégie GIR devrait être fondée sur une action interministérielle coordonnée au plus haut niveau du gouvernement, facilitée par un Bureau National de Gestion des Risques (intégration horizontale) et institutionnalisée au sein de chaque ministère de tutelle en partenariat avec les acteurs locaux (intégration verticale)».

La multitude des intervenants pose aussi le problème de la définition des responsabilités. «La question des responsabilités est importante, car dans le cas de catastrophes naturelles, la responsabilité est diffuse, d’où l’importance de la définir clairement», nous explique une source au sein de l’Agence du bassin hydraulique de Tensift.

Des systèmes de prévision pas toujours au point

En cas d’inondation, les dégâts peuvent être atténués grâce à des dispositifs de secours et d’alerte rapide. Plusieurs régions du Maroc disposent de systèmes automatisés de prévision et d’alerte aux crues qui identifient les risques et alertent la population.

Dans la région de Marrakech, les crues ont été maîtrisées grâce aux ouvrages de protection qui ont permis de contenir la montée des eaux, mais aussi grâce à l’anticipation. Ce qui n’est pas le cas des régions du sud.

Insouciance des citoyens

Selon un rapport officiel du ministère de l’Environnement datant de 2008, «40% des effets des inondations sur la santé des citoyens sont dus à des erreurs de comportement, d’où l’importance de la sensibilisation du public, de l’éducation et de l’information».  

Lors des récentes intempéries qui ont frappé le sud du Maroc, le ministre de l’Intérieur a lui aussi imputé la responsabilité à certains citoyens qui «n'ont pas pris les mesures préventives nécessaires, de même qu'ils n'ont pas respecté les mises en garde des autorités locales et de la Gendarmerie royale».

Mohamed Hassad a également accusé les chauffeurs des transports en commun de mettre en péril la vie des voyageurs en bravant les mises en garde.   

Défaillance de la politique d’aménagement

Les dégâts sont aussi liés à l’occupation du domaine public hydraulique et des zones inondables par des constructions anarchiques, bien qu’il existe une loi qui impose la prise en compte des risques dans les documents d’urbanisme. Seulement voilà, la mise en application de cette loi implique dans un premier temps de définir les zones inondables afin de maîtriser l'urbanisme dans ces zones, en interdisant la construction, ou en imposant des mesures de protection. En attendant, des villages entiers ont été construits près des oueds.

Le Maroc n’a pas tiré d’enseignements de son passé

En 2005, l'ouragan Katrina a ravagé la Louisiane. En réaction, les autorités ont reconfiguré l’infrastructure. Ils ont installé des digues, des barrages, des systèmes de protection, et ont revu leurs dispositifs d’alerte.

En France, trois ans après la tempête Xynthia qui a frappé plusieurs pays européens en 2010, l’Etat a mis en place un vaste plan de gestion des risques d’inondations basé sur une meilleure maîtrise de l'urbanisme dans les zones dangereuses, un renforcement des digues et l’acquisition par l’Etat de biens menacés.

Au Maroc, où plusieurs crues et inondations ont causé d’importants dégâts  durant ces dernières décennies, les avancées restent timides et le pays ne semble pas suffisamment armé pour faire face aux catastrophes naturelles. Seul le système d’alerte de l’Ourika semble bien fonctionner. Pour le reste, des audits s’imposent.

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Hamza Mekouar
Le 2 décembre 2014 à 11h33

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