Hausse des prix de l'huile de table, les appels au boycott se multiplient

Des appels au boycott qui visent le groupe Lesieur-Cristal sont lancés depuis une semaine sur les réseaux sociaux, en raison d’une hausse des prix de l'huile de table. Les internautes dénoncent également une hausse des prix de la farine, démentie par les opérateurs du marché, joints par Médias 24. 

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Hausse des prix de l'huile de table, les appels au boycott se multiplient

Le 22 février 2021 à 20:26

Modifié le 23 février 2021 à 13:16

La hausse des prix de l’huile de table de la marque Lesieur-Cristal, estimée à environ 1,10 DH par litre est dénoncée depuis une semaine sur les réseaux sociaux. Furieux et en pleine crise pour la plupart, des internautes appellent à boycotter la marque. Des appels qui rappellent le début du mouvement de boycott ayant visé trois grandes entreprises en avril 2018, à savoir Centrale Danone, Afriquia et Sidi Ali.

Cette hausse des prix a été confirmée à Médias24 par un chef de rayon à Carrefour Market, et deux épiciers. Ces derniers nous ont parlé d’une augmentation allant de 5,50 DH à 10 DH sur les bouteilles de 5 litres, à raison d'au moins 1,10 DH/l, qui concerne les différentes marques de l’huile de table du groupe Lesieur-Cristal, leader sur le marché. Selon nos interlocuteurs, cette hausse est intervenue il y a environ deux semaines.

Pour comprendre ce qu’il en est réellement, Médias24 a tenté de joindre le groupe Lesieur-Cristal, qui n’a pas souhaité se prononcer sur le sujet, pour le moment. Une explication sera accordée aux médias cette semaine.

Une hausse déjà prévue ?

Dans un article datant du mois d’octobre 2020, le directeur général de Lesieur-Cristal avait confié à Leboursier que le groupe devra gérer une hausse des matières premières observée sur le marché. Les prix du tournesol, du soja et du colza, qui avait fortement baissé en mars en raison de la diminution de la consommation chinoise, sont repartis à la hausse à partir du mois de juin.

En effet, l’indice FAO des prix des produits alimentaires, qui mesure la variation mensuelle des cours internationaux d’un panier de produits alimentaires de base, montre une hausse de 5,8% de l’indice des prix des huiles végétales à fin janvier 2021, par rapport au mois de décembre 2020, atteignant ainsi son plus haut niveau depuis mai 2012.

Toujours selon la même source, il s’agit de la huitième hausse mensuelle consécutive, qui est principalement imputable à l’augmentation des prix du tournesol (415 euros/ Tonne), suite à un important recul des récoltes de tournesol en 2020-2021, ainsi que celui du soja (576,30 dollars/T), en raison d’une réduction des disponibilités à l’exportation, et du colza (423 euros/ T).

Le DG du groupe avait expliqué à notre confrère que l'impact de la hausse des prix des matières premières à l’international sur le prix du litre d’huile de table sera de 50 à 60 centimes et que le surcoût rapporté au ménage restera donc limité. Après trois mois, l'impact sur le litre a été plus important. 

Un analyste avait pour sa part expliqué que « l’évolution du résultat de Lesieur-Cristal est tributaire de l’évolution des prix du soja à l’international. Car la majorité de l’huile de table au Maroc est de l’huile de soja, qui est importée. Le prix a progressivement diminué sur ces 3 dernières années et la consommation n’a évolué que de 1% par an. Donc il y a peu de croissance. Généralement, la marge brute est assez flat, donc s’il y a une hausse de cours, la compagnie répercutera cela sur les prix de vente ».

Notons que l'huile de table au Maroc est un produit libéralisé, dont le prix est fixé par le jeu de la concurrence. 

Les appels au boycott à l’encontre du groupe, qui fait déjà face à une baisse de la demande depuis le déconfinement en juin, pourrait impacter son chiffre d’affaires qui était stable jusqu’au mois de septembre 2020.

Prix stables pour la farine

Sur les réseaux sociaux, les internautes dénoncent également une hausse des prix de la farine qui a été démentie par différents acteurs du marché, joints par nos soins.

"La fleur de farine, utilisée par exemple dans les crêpes, se vend toujours entre 3,85 DH/Kg, et 3,90 DH/Kg au consommateur final. La farine pour le pain achetée, par 85% des consommateurs, est, elle, vendue entre 3,35 DH/Kg, et 3,40 DH/Kg", nous assure un opérateur du marché, soulignant qu’"il n’y a aucune différence par rapport aux mois précédents".

"On n’a même pas atteint le prix de la farine lisse fixé en 2007 (350 DH/quintal), alors que depuis, les prix des matières premières ont augmenté", confirme Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale des minotiers. "La farine lisse est aux environs de 340 DH/Ql, et la fleur de farine est entre 380 DH/Ql et 390 DH/Ql, même si le prix du blé est élevé actuellement", ajoute-t-il

La farine aurait pu subir le même sort que l’huile de table, sans l'intervention des ministères de l’Agriculture et de l'Economie. 

"Le Maroc importe le blé tendre principalement de France", nous a expliqué une source du marché. "Ces derniers mois, il y a eu une flambée des prix des matières premières à l'international. Pour que cela ne se répercute pas sur le client final, nous avons contacté les ministères concernés ainsi que l’Office national interprofessionnel des céréales et légumineuses (ONICL) qui sont intervenus".

En effet, une circulaire instituant une prime forfaitaire au blé tendre planifiable, importé durant la période allant du 1er février 2021 au 30 avril 2021, a été publiée le 29 janvier par l’Onicl, suite à une décision conjointe des ministères de l’Economie et de l’Agriculture.  

Une source bien informée nous a expliqué qu’il s'agit d'un système de soutien aux importateurs. "C'est un système conjoncturel, appliqué dans le contexte d’un marché mondial haussier, lorsque le système de tarification de la douane n’est plus suffisant".

Contrairement à d’autres pays, le Maroc dispose d'un système de tarification à la frontière pour gérer l'approvisionnement du marché intérieur en blé tendre importé. Il s’agit d’un système de régulation au niveau de la douane, pour faire en sorte que le prix du blé, arrivé au port de Casablanca, soit entre 260 et 280 DH/Ql. "Lorsque les prix des matières premières augmentent en flèche, en particulier les céréales, et même sans aucun droit de douane, le prix du quintal de blé peut dépasser cette fourchette. L’Etat intervient ainsi pour restituer le différentiel, afin de ramener les prix entre 260 et 280 DH/Ql".

"Par exemple, quand le prix du quintal de blé tendre, arrivé au port de Casablanca, est de 300 DH, même à 0 droits de douane, l’Etat restitue les 20 DH de différence aux importateurs, pour éviter qu’il y ait une répercussion sur les produits dérivés, notamment la farine et le pain, et ainsi sur le consommateur final".  

Cette restitution est calculée sur la base des cours moyens mondiaux, durant la quinzaine n-1. C’est-à-dire que la restitution pour la 1ère quinzaine de février est calculée sur la base des cours moyens mondiaux de la 2e quinzaine de janvier. Le montant unitaire restitué par l'Etat durant la 1ère quinzaine de février (du 1er au 15 février 2021) est de 26,15 DH/Ql contre 19,72 DH /Ql, du 16 au 28 février. Une même décision a été prise en 2009 et en 2016, pour faire face à la flambée des prix au niveau international.

Notons que le besoin du Royaume en termes de blé est d'environ 44 millions de quintaux par an, entre production nationale et importation. La campagne agricole qui démarre en octobre donne une récolte à commercialiser en juin. A partir de ce mois la quantité à importer est donc connue. Lorsque la campagne agricole est bonne, cette quantité est faible et vice-versa. "La récolte de la campagne agricole 2019-2020 était catastrophique. On était donc obligé d’importer au moins 30 millions de quintaux de l’étranger cette année."

Hausse des prix de l'huile de table, les appels au boycott se multiplient

Le 22 février 2021 à20:53

Modifié le 23 février 2021 à 13:16

Des appels au boycott qui visent le groupe Lesieur-Cristal sont lancés depuis une semaine sur les réseaux sociaux, en raison d’une hausse des prix de l'huile de table. Les internautes dénoncent également une hausse des prix de la farine, démentie par les opérateurs du marché, joints par Médias 24. 

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La hausse des prix de l’huile de table de la marque Lesieur-Cristal, estimée à environ 1,10 DH par litre est dénoncée depuis une semaine sur les réseaux sociaux. Furieux et en pleine crise pour la plupart, des internautes appellent à boycotter la marque. Des appels qui rappellent le début du mouvement de boycott ayant visé trois grandes entreprises en avril 2018, à savoir Centrale Danone, Afriquia et Sidi Ali.

Cette hausse des prix a été confirmée à Médias24 par un chef de rayon à Carrefour Market, et deux épiciers. Ces derniers nous ont parlé d’une augmentation allant de 5,50 DH à 10 DH sur les bouteilles de 5 litres, à raison d'au moins 1,10 DH/l, qui concerne les différentes marques de l’huile de table du groupe Lesieur-Cristal, leader sur le marché. Selon nos interlocuteurs, cette hausse est intervenue il y a environ deux semaines.

Pour comprendre ce qu’il en est réellement, Médias24 a tenté de joindre le groupe Lesieur-Cristal, qui n’a pas souhaité se prononcer sur le sujet, pour le moment. Une explication sera accordée aux médias cette semaine.

Une hausse déjà prévue ?

Dans un article datant du mois d’octobre 2020, le directeur général de Lesieur-Cristal avait confié à Leboursier que le groupe devra gérer une hausse des matières premières observée sur le marché. Les prix du tournesol, du soja et du colza, qui avait fortement baissé en mars en raison de la diminution de la consommation chinoise, sont repartis à la hausse à partir du mois de juin.

En effet, l’indice FAO des prix des produits alimentaires, qui mesure la variation mensuelle des cours internationaux d’un panier de produits alimentaires de base, montre une hausse de 5,8% de l’indice des prix des huiles végétales à fin janvier 2021, par rapport au mois de décembre 2020, atteignant ainsi son plus haut niveau depuis mai 2012.

Toujours selon la même source, il s’agit de la huitième hausse mensuelle consécutive, qui est principalement imputable à l’augmentation des prix du tournesol (415 euros/ Tonne), suite à un important recul des récoltes de tournesol en 2020-2021, ainsi que celui du soja (576,30 dollars/T), en raison d’une réduction des disponibilités à l’exportation, et du colza (423 euros/ T).

Le DG du groupe avait expliqué à notre confrère que l'impact de la hausse des prix des matières premières à l’international sur le prix du litre d’huile de table sera de 50 à 60 centimes et que le surcoût rapporté au ménage restera donc limité. Après trois mois, l'impact sur le litre a été plus important. 

Un analyste avait pour sa part expliqué que « l’évolution du résultat de Lesieur-Cristal est tributaire de l’évolution des prix du soja à l’international. Car la majorité de l’huile de table au Maroc est de l’huile de soja, qui est importée. Le prix a progressivement diminué sur ces 3 dernières années et la consommation n’a évolué que de 1% par an. Donc il y a peu de croissance. Généralement, la marge brute est assez flat, donc s’il y a une hausse de cours, la compagnie répercutera cela sur les prix de vente ».

Notons que l'huile de table au Maroc est un produit libéralisé, dont le prix est fixé par le jeu de la concurrence. 

Les appels au boycott à l’encontre du groupe, qui fait déjà face à une baisse de la demande depuis le déconfinement en juin, pourrait impacter son chiffre d’affaires qui était stable jusqu’au mois de septembre 2020.

Prix stables pour la farine

Sur les réseaux sociaux, les internautes dénoncent également une hausse des prix de la farine qui a été démentie par différents acteurs du marché, joints par nos soins.

"La fleur de farine, utilisée par exemple dans les crêpes, se vend toujours entre 3,85 DH/Kg, et 3,90 DH/Kg au consommateur final. La farine pour le pain achetée, par 85% des consommateurs, est, elle, vendue entre 3,35 DH/Kg, et 3,40 DH/Kg", nous assure un opérateur du marché, soulignant qu’"il n’y a aucune différence par rapport aux mois précédents".

"On n’a même pas atteint le prix de la farine lisse fixé en 2007 (350 DH/quintal), alors que depuis, les prix des matières premières ont augmenté", confirme Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale des minotiers. "La farine lisse est aux environs de 340 DH/Ql, et la fleur de farine est entre 380 DH/Ql et 390 DH/Ql, même si le prix du blé est élevé actuellement", ajoute-t-il

La farine aurait pu subir le même sort que l’huile de table, sans l'intervention des ministères de l’Agriculture et de l'Economie. 

"Le Maroc importe le blé tendre principalement de France", nous a expliqué une source du marché. "Ces derniers mois, il y a eu une flambée des prix des matières premières à l'international. Pour que cela ne se répercute pas sur le client final, nous avons contacté les ministères concernés ainsi que l’Office national interprofessionnel des céréales et légumineuses (ONICL) qui sont intervenus".

En effet, une circulaire instituant une prime forfaitaire au blé tendre planifiable, importé durant la période allant du 1er février 2021 au 30 avril 2021, a été publiée le 29 janvier par l’Onicl, suite à une décision conjointe des ministères de l’Economie et de l’Agriculture.  

Une source bien informée nous a expliqué qu’il s'agit d'un système de soutien aux importateurs. "C'est un système conjoncturel, appliqué dans le contexte d’un marché mondial haussier, lorsque le système de tarification de la douane n’est plus suffisant".

Contrairement à d’autres pays, le Maroc dispose d'un système de tarification à la frontière pour gérer l'approvisionnement du marché intérieur en blé tendre importé. Il s’agit d’un système de régulation au niveau de la douane, pour faire en sorte que le prix du blé, arrivé au port de Casablanca, soit entre 260 et 280 DH/Ql. "Lorsque les prix des matières premières augmentent en flèche, en particulier les céréales, et même sans aucun droit de douane, le prix du quintal de blé peut dépasser cette fourchette. L’Etat intervient ainsi pour restituer le différentiel, afin de ramener les prix entre 260 et 280 DH/Ql".

"Par exemple, quand le prix du quintal de blé tendre, arrivé au port de Casablanca, est de 300 DH, même à 0 droits de douane, l’Etat restitue les 20 DH de différence aux importateurs, pour éviter qu’il y ait une répercussion sur les produits dérivés, notamment la farine et le pain, et ainsi sur le consommateur final".  

Cette restitution est calculée sur la base des cours moyens mondiaux, durant la quinzaine n-1. C’est-à-dire que la restitution pour la 1ère quinzaine de février est calculée sur la base des cours moyens mondiaux de la 2e quinzaine de janvier. Le montant unitaire restitué par l'Etat durant la 1ère quinzaine de février (du 1er au 15 février 2021) est de 26,15 DH/Ql contre 19,72 DH /Ql, du 16 au 28 février. Une même décision a été prise en 2009 et en 2016, pour faire face à la flambée des prix au niveau international.

Notons que le besoin du Royaume en termes de blé est d'environ 44 millions de quintaux par an, entre production nationale et importation. La campagne agricole qui démarre en octobre donne une récolte à commercialiser en juin. A partir de ce mois la quantité à importer est donc connue. Lorsque la campagne agricole est bonne, cette quantité est faible et vice-versa. "La récolte de la campagne agricole 2019-2020 était catastrophique. On était donc obligé d’importer au moins 30 millions de quintaux de l’étranger cette année."

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