Forte hausse des demandes de divorce depuis le déconfinement

Confinés sous le même toit pendant trois mois, de nombreux couples ont remis en question la poursuite de leur vie à deux et se sont pressés vers les tribunaux au moment du déconfinement. De là à imputer entièrement au confinement une hausse du nombre de divorces, il n’y a qu’un pas qu’il faut se garder de franchir.

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Forte hausse des demandes de divorce depuis le déconfinement

Le 28 juillet 2020 à 17:24

Modifié le 28 juillet 2020 à 17:21

Le confinement aura-t-il été l’épreuve de trop pour des couples déjà éreintés par l’adversité, au point de demander le divorce ? Sur les quatre avocats spécialisés en droit de la famille que Médias24 a contactés, trois sont unanimes : le confinement a catalysé des tensions conjugales indépassables et le déconfinement a connu une recrudescence des dépôts de requête en divorce auprès des tribunaux.

Mais cette forte hausse dont ils font état est-elle réellement imputable à des tensions conjugales générées par le confinement et aux divergences irréconciliables qu’elles ont suscitées ? N’est-elle pas le fait de trois mois d’activités judiciaires suspendues, durant lesquels les couples qui souhaitaient divorcer avant même le confinement n’ont pu déposer aucune demande de divorce et qui, au moment du déconfinement, ont rattrapé le temps perdu ?

Les deux sont liés, observent ces trois avocats, à l’unanimité encore. ''Il y a évidemment des dossiers qui devaient être déposés avant le confinement, et qui n’ont donc pas pu l’être lorsque le confinement a été décrété, mais il y a aussi des couples qui se sont rendu compte, du fait de cette promiscuité imposée, qu’ils ne se supportaient plus du tout'', observe Me Hamid Addi.

Des femmes mariées depuis plus de quarante ans

''Depuis deux mois, je constate une recrudescence affolante de couples (et surtout d’épouses) qui veulent divorcer. Le confinement n’a fait qu’exacerber des tensions qui existaient déjà. En revanche, la particularité de ce déconfinement en matière de divorces, c’est qu’il y a beaucoup, beaucoup de femmes mariées depuis quarante ou cinquante ans qui n’en peuvent plus et veulent rompre leur mariage. Ça, c’est du jamais vu. Auparavant, j’étais surtout contactée par des femmes plus jeunes. Les plus âgées, elles, avaient appris à vivre avec certaines contraintes...'', abonde Me Khadija Amrani.

''Ces femmes, quand elles se sont retrouvées avec leur mari, ont fait le vide dans leur tête et le tri dans leur vie. Elles préfèrent terminer leur vie en harmonie avec elles-mêmes'', complète Me Hamid Addi, qui partage le constat de sa consœur.

Me Meriem Berrada dit quant à elle avoir été très sollicitée pendant le confinement par des couples qui attendaient avec hâte le déconfinement : ''Le confinement a été très éprouvant pour toutes les configurations possibles, y compris pour les couples. Un mariage, c’est déjà compliqué en temps normal, mais si on y ajoute un confinement et deux personnalités distinctes qui se retrouvent contraintes de cohabiter 24h/24h ensemble, ça l’est encore plus. Et plus encore lorsque le couple ne s’est pas forcément marié pour les bonnes raisons.'' Certaines réalités peu reluisantes, jusqu’alors occultées par une routine qui avait au moins le mérite d’éviter aux couples les discussions fâcheuses, se sont donc invitées dans ce huis clos improvisé du jour au lendemain.

Une augmentation à nuancer

Depuis le 15 juillet, date à laquelle les dépôts des requêtes ont été à nouveau autorisés, le tribunal de la famille de Casablanca reçoit entre 190 et 200 dossiers par jour pour les procédures de divorce judiciaire (lorsque l’un des deux époux demande le divorce), contre une moyenne de 180 dossiers chaque semaine pour les divorces à l’amiable, soit une augmentation de 20 à 30% par rapport à la même période l’an dernier, d’après Me Kenza Mansouri.

''Les audiences sont beaucoup plus chargées que d’habitude'', constate-t-elle. Et par conséquent, les tribunaux aussi. Avec les vacances judiciaires qui se profilent (elles s’étalent sur la totalité du mois d’août, voire quelques jours en septembre), les audiences qui se sont déroulées ce mois de juillet sont renvoyées à septembre ou octobre. ''Un juge ne peut pas dépasser le traitement d’un certain nombre de dossiers par jour ; il ne peut pas voir un nombre indéfini de personnes quotidiennement. Selon le nombre de dossiers fixés par juge, les premiers verront leur audience fixée dans une semaine, les cinquante suivants la semaine suivante… Il n’y a pas de règle générale : c’est selon le nombre de dossiers déposés, de juges disponibles et d’audiences prévues'', explique Me Kenza Mansouri.

Sur les quatre avocats que nous avons contactés, elle est la seule à tempérer la hausse, voire la ''recrudescence'' des demandes de divorce dont ont fait part ses trois confrères et consœurs. ''Il est encore trop tôt pour se prononcer sur le fait qu’il s’agisse d’une augmentation effective. Aucune procédure n’a été déposée depuis quatre mois ; la conclusion peut donc être biaisée. Il faut dire aussi que tous les couples qui avaient des difficultés ne se sont pas séparés : au tout début du confinement, certains m’ont effectivement contactée en urgence, pensant qu’ils ne passeraient pas ce cap, puis au bout de trois mois, ils sont revenus sur cette décision prise un peu à chaud et m’ont rappelée pour me dire qu’ils avaient finalement décidé de rester ensemble.''

Forte hausse des demandes de divorce depuis le déconfinement

Le 28 juillet 2020 à17:21

Modifié le 28 juillet 2020 à 17:21

Confinés sous le même toit pendant trois mois, de nombreux couples ont remis en question la poursuite de leur vie à deux et se sont pressés vers les tribunaux au moment du déconfinement. De là à imputer entièrement au confinement une hausse du nombre de divorces, il n’y a qu’un pas qu’il faut se garder de franchir.

Le confinement aura-t-il été l’épreuve de trop pour des couples déjà éreintés par l’adversité, au point de demander le divorce ? Sur les quatre avocats spécialisés en droit de la famille que Médias24 a contactés, trois sont unanimes : le confinement a catalysé des tensions conjugales indépassables et le déconfinement a connu une recrudescence des dépôts de requête en divorce auprès des tribunaux.

Mais cette forte hausse dont ils font état est-elle réellement imputable à des tensions conjugales générées par le confinement et aux divergences irréconciliables qu’elles ont suscitées ? N’est-elle pas le fait de trois mois d’activités judiciaires suspendues, durant lesquels les couples qui souhaitaient divorcer avant même le confinement n’ont pu déposer aucune demande de divorce et qui, au moment du déconfinement, ont rattrapé le temps perdu ?

Les deux sont liés, observent ces trois avocats, à l’unanimité encore. ''Il y a évidemment des dossiers qui devaient être déposés avant le confinement, et qui n’ont donc pas pu l’être lorsque le confinement a été décrété, mais il y a aussi des couples qui se sont rendu compte, du fait de cette promiscuité imposée, qu’ils ne se supportaient plus du tout'', observe Me Hamid Addi.

Des femmes mariées depuis plus de quarante ans

''Depuis deux mois, je constate une recrudescence affolante de couples (et surtout d’épouses) qui veulent divorcer. Le confinement n’a fait qu’exacerber des tensions qui existaient déjà. En revanche, la particularité de ce déconfinement en matière de divorces, c’est qu’il y a beaucoup, beaucoup de femmes mariées depuis quarante ou cinquante ans qui n’en peuvent plus et veulent rompre leur mariage. Ça, c’est du jamais vu. Auparavant, j’étais surtout contactée par des femmes plus jeunes. Les plus âgées, elles, avaient appris à vivre avec certaines contraintes...'', abonde Me Khadija Amrani.

''Ces femmes, quand elles se sont retrouvées avec leur mari, ont fait le vide dans leur tête et le tri dans leur vie. Elles préfèrent terminer leur vie en harmonie avec elles-mêmes'', complète Me Hamid Addi, qui partage le constat de sa consœur.

Me Meriem Berrada dit quant à elle avoir été très sollicitée pendant le confinement par des couples qui attendaient avec hâte le déconfinement : ''Le confinement a été très éprouvant pour toutes les configurations possibles, y compris pour les couples. Un mariage, c’est déjà compliqué en temps normal, mais si on y ajoute un confinement et deux personnalités distinctes qui se retrouvent contraintes de cohabiter 24h/24h ensemble, ça l’est encore plus. Et plus encore lorsque le couple ne s’est pas forcément marié pour les bonnes raisons.'' Certaines réalités peu reluisantes, jusqu’alors occultées par une routine qui avait au moins le mérite d’éviter aux couples les discussions fâcheuses, se sont donc invitées dans ce huis clos improvisé du jour au lendemain.

Une augmentation à nuancer

Depuis le 15 juillet, date à laquelle les dépôts des requêtes ont été à nouveau autorisés, le tribunal de la famille de Casablanca reçoit entre 190 et 200 dossiers par jour pour les procédures de divorce judiciaire (lorsque l’un des deux époux demande le divorce), contre une moyenne de 180 dossiers chaque semaine pour les divorces à l’amiable, soit une augmentation de 20 à 30% par rapport à la même période l’an dernier, d’après Me Kenza Mansouri.

''Les audiences sont beaucoup plus chargées que d’habitude'', constate-t-elle. Et par conséquent, les tribunaux aussi. Avec les vacances judiciaires qui se profilent (elles s’étalent sur la totalité du mois d’août, voire quelques jours en septembre), les audiences qui se sont déroulées ce mois de juillet sont renvoyées à septembre ou octobre. ''Un juge ne peut pas dépasser le traitement d’un certain nombre de dossiers par jour ; il ne peut pas voir un nombre indéfini de personnes quotidiennement. Selon le nombre de dossiers fixés par juge, les premiers verront leur audience fixée dans une semaine, les cinquante suivants la semaine suivante… Il n’y a pas de règle générale : c’est selon le nombre de dossiers déposés, de juges disponibles et d’audiences prévues'', explique Me Kenza Mansouri.

Sur les quatre avocats que nous avons contactés, elle est la seule à tempérer la hausse, voire la ''recrudescence'' des demandes de divorce dont ont fait part ses trois confrères et consœurs. ''Il est encore trop tôt pour se prononcer sur le fait qu’il s’agisse d’une augmentation effective. Aucune procédure n’a été déposée depuis quatre mois ; la conclusion peut donc être biaisée. Il faut dire aussi que tous les couples qui avaient des difficultés ne se sont pas séparés : au tout début du confinement, certains m’ont effectivement contactée en urgence, pensant qu’ils ne passeraient pas ce cap, puis au bout de trois mois, ils sont revenus sur cette décision prise un peu à chaud et m’ont rappelée pour me dire qu’ils avaient finalement décidé de rester ensemble.''

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