Figuig, le jour d'après: En deuil, les habitants solidaires avec les fermiers expulsés
Les Figuiguis ont organisé une marche ce jeudi 18 mars pour protester contre l'expulsion des 30 fermiers marocains de leurs terres ancestrales, situées à la frontière maroco-algérienne. Round-up d'une affaire qui endeuille la ville.
Les manifestations se succèdent à Figuig où une journée de deuil a été déclarée par les habitants pour “pleurer le décès d'El Arja”, zone frontalière abritant 15.000 palmiers appartenant à des fermiers marocains, exploitants de ces terres depuis des décennies mais contraints, par les autorités algériennes, d’évacuer les lieux.
Outre la fermeture des commerces en guise de solidarité, une marche a été organisée ce jeudi 18 mars, allant d'un point de rassemblement vers la zone El Arja, désormais interdite d’accès.
Scandant des slogans, avec pancartes et branches de palmiers à la main, les habitants rappellent, à travers cette marche pacifique, symboliquement organisée sous forme de cortège d’enterrement, que les terres dont ils ont été chassés leur appartiennent.

Source: Figuig Photographie
Il s’agit d’un “héritage”, de leur “gagne-pain” et du “futur de leurs enfants”, comme le déplore Abdelmalek Boubekri, l’un des fermiers concernés par l’évacuation.
Joint par Médias24, ce dernier déclare que “les soldats marocains se sont installés sur place pour nous interdire l’accès et nous éviter tout affrontement avec les autorités algériennes”.

Source: Figuig Photographie
Droits des fermiers: des actions judiciaires en vue
Si les Figuiguis n’envisagent pas de braver cette interdiction, ils ne sont pas pour autant résignés à laisser tomber leurs droits. Au contraire, ils comptent les défendre en créant des commissions au Maroc et à l’étranger.
En effet, lors d’un rassemblement organisé le 17 mars, quelques heures après “la fermeture” de la zone concernée, un jeune homme, manifestement en charge de l’organisation a non seulement donné rendez-vous à ses concitoyens pour la “grande marche” de Figuig, mais aussi annoncé qu’une “commission locale de coordination a été créée “pour conduire le hirak en paix. Elle a tracé la feuille de route d’une longue bataille”.
Celle-ci sera menée sur le front juridique puisqu’une commission va également être créée à cette fin.
De plus, le club des avocats au Maroc a également annoncé ce jeudi 18 mars, qu’une cellule de crise a été créée pour accompagner les fermiers lésés et porter leur affaire devant les juridictions algériennes et s’il le faut, africaines et internationales, afin de “réclamer des indemnités pour expropriation”.
"Il faut distinguer entre souveraineté étatique et propriété privée"
Si les personnes lésées parlent d’indemnités et d’expropriation, c’est parce qu’elles déclarent détenir les documents prouvant qu’il s’agit de leur propriété et, comme l’explique Boubkeur Largou, président de l’OMDH (Organisation marocaine des droits humains), “il faut distinguer entre souveraineté étatique et propriété privée”.
Récemment contacté par Médias24 à ce sujet, M. Largou avait expliqué que les Figuiguis ont été autorisés à exploiter ces terres depuis la convention signée entre le Maroc et l’Algérie française en 1901.
Cette convention a été rappelée dans le traité de 1972, relatif au tracé des frontières entre le Maroc et l’Algérie. C’est sur ce texte que les autorités algériennes se basent pour considérer la zone concernée, comme partie de leur territoire.
Pourtant, les fermiers évacués exploitent ces terrains depuis plus de 30 ans. Dans le cas de Abdelmalek Boubekri, l’exploitation est un héritage familial qu’il pensait léguer à son tour, jusqu’au jour où les autorités algériennes ont sommé les 30 fermiers marocains de quitter la zone.
Une évacuation temporaire ?
Déconcertés, les exploitants de ces terres se sont dirigés vers les autorités marocaines qui n’ont donné leur première réaction officielle que 24H avant le dernier délai accordé aux fermiers.
En effet, la province de Figuig a publié son premier et seul communiqué officiel le mardi 16 mars, dans lequel elle indique que la décision d’évacuation est “temporaire et conjoncturelle”.
La population locale rapporte que, selon les explications reçues par les autorités marocaines, notamment le Pacha de Figuig, l’ambassade algérienne a annoncé une évacuation pour des raisons sanitaires qui prendra fin en même temps que la pandémie du coronavirus.
Or, une décision temporaire et liée au Covid-19 ne nécessite pas un déménagement définitif. Les fermiers, eux, ont tout délogé ou du moins tout ce qu’il est possible de transporter, abandonnant à contrecœur les terres et richesses ancestrales.
>> Lire aussi:
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Affaire de Figuig: les fermiers lésés s'organisent pour défendre leurs droits
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