Covid-19: Deux réanimateurs racontent le combat des patients en état grave

Certaines personnes atteintes du Covid-19 sont dans un état grave et doivent être placées dans des services spécialisés. En 1ère ligne pour les sauver, deux anesthésistes-réanimateurs des deux villes les plus touchées, racontent à Médias24 le fonctionnement et les contraintes de leur service de réanimation.

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Covid-19: Deux réanimateurs racontent le combat des patients en état grave Guérisons : Les réanimateurs confrontés au cas les plus graves

Le 30 avril 2020 à 13:00

Modifié le 02 mai 2020 à 13:31

Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, rendus publics ce jeudi 30 avril, le nombre de cas guéris qui est de 969 connaît une hausse constante avec 41 nouvelles guérisons en 24 heures alors que le nombre de décès est resté inchangé (168).

Si l’essentiel des patients contaminés ne nécessitent pas d’hospitalisation lourde, ceux qui présentent des complications graves doivent être pris en charge dans des services de réanimation comme ceux des CHU de Marrakech ou de Casablanca dont nous avons interrogé 2 réanimateurs.

5% de l'ensemble des cas hospitalisés en service de réanimation

Médias24 a donc sollicité Ahmed Rhassane El Adib, professeur en anesthésie-réanimation au CHU Mohammed VI de Marrakech, qui est revenu sur son travail dans cet hôpital public dont la ville accueille le 2ème nombre le plus important de malades marocains après Casablanca qui détient le record du Maroc en nombre de cas positifs.

Selon lui, une partie des personnes infectées par le Covid-19 se retrouvent dans les services de réanimation des hôpitaux publics marocains.

"5% serait le pourcentage de la population infectée qui atterrit également dans les services de réanimation du CHU de Marrakech.

"A ce propos, les différentes études mondiales montrent que 85% des patients positifs au coronavirus guérissent rapidement.

"En deuxième lieu, 15% des personnes contaminées se retrouveront dans des épisodes critiques et auront besoin d’oxygène pour faire face à des pneumonies plus ou moins sévères.

"Cette catégorie est dispatchée entre les services de soins intensifs (10%) et ceux de réanimation (5%).

"Les derniers 5% sont les cas les plus graves et seront confrontés à un taux de mortalité supérieur à 50% et jusqu’à 80% pour ceux qui font l’objet d’une ventilation mécanique", révèle le président sortant de la société marocaine d'anesthésie, d'analgésie et de réanimation (SMAAR). 

Un taux de guérison de 20% pour les cas critiques

"Dans tous les services de réanimation de la planète, il y a 2 types d’assistance respiratoire à savoir la ventilation mécanique où on plonge le patient intubé dans un coma artificiel et la ventilation non invasive destinée à ceux qui présentent un défaut d’oxygène (hypoxie).

"On équipe ces derniers d’interface comme des casques ou des masques (type celui de plongée) qui permettent de leur délivrer un maximum d’oxygène en les laissant réveillés.

"Contrairement à ceux qui sont sous ventilation mécanique, ces patients qui ont besoin d’une assistance respiratoire restent totalement conscients et interagissent avec leur entourage médical.

"Concernant les 5% de personnes qui arrivent dans nos services de réanimation, leur taux de guérison est d’environ 20%.

"Un pays réputé développé en matière de soins de réanimation a 31% de guérison, 45% de décès et 24% sont encore hospitalisés sur les 1000 patients admis dans ses services de réanimation.

30% des survivants à la réanimation garderont des séquelles à vie

"Le Royaume rejoint donc les chiffres mondiaux où, quelle que soit la modalité de prise en charge dans les services de réanimation, une personne sur deux va décéder.

"Pour ceux qui survivront, il y aura un nombre important d’au moins 30% de personnes qui garderont des séquelles graves à long terme comme une fibrose pulmonaire qui diminue les capacités respiratoires", révèle celui qui est aussi vice-président de la société marocaine de simulation médicale. 

Selon lui, la panique provoquée par le Covid-19 s’expliquerait non seulement par la vitesse de contagiosité mais aussi par le taux de mortalité important chez les patients les plus atteints ou âgés, les diabétiques, les obèses…

Une mortalité élevée pour les patients hospitalisés tardivement

"Sur le taux global de mortalité, le coronavirus rejoint les autres virus mais chez les malades qui arrivent en réanimation, la mortalité est extrêmement élevée.

"Elle est souvent liée au retard de prise en charge avec des patients qui sont diagnostiqués ou testés tardivement", explique El Adib en ajoutant que le Covid-19 a montré qu’il avait plusieurs facettes.

Un virus  multi-pathologique

"En effet, le Covid-19, ce sont plusieurs maladies dans une seule.

"Il passe d’abord par une phase d’une semaine où le virus provoque des symptômes simples (toux …) et dont la majorité des patients va guérir.

"Mais à partir de j+7, certains vont développer une pneumonie avec une cascade inflammatoire suivie éventuellement d’une évolution fulgurante vers l’atteinte et la défaillance de tous les organes vitaux.

"Surtout, il y aura des thromboses nombreuses avec tous les vaisseaux sanguins qui vont se mettre à coaguler et des tableaux où, par exemple, les embolies pulmonaires pourront prospérer.

"Si les spécialistes sont en phase de découverte de ces symptômes, ils sont également en train de surmonter ces tableaux.

"En effet, les réanimateurs ont beaucoup amélioré la prise en charge des patients hospitalisés dans leur service et commencent à mieux comprendre cette maladie en échangeant leurs expériences.

Une courbe de progression aplatie

"Sans prétention, nous sommes devenus un exemple pour de nombreux pays qui sollicitent notre échange d’expérience professionnelle", se félicite l’anesthésiste-réanimateur.

"Avec les multiples mesures prises par les autorités (frontières et écoles fermées, confinement, masques pour tous …) puis la généralisation du traitement pour tous (chloroquine+azithromicin) qui a donné de bons résultats, la courbe de progression de la contamination s’est indéniablement aplatie.

"Cette baisse de tension nous a laissés le temps d’instaurer un système de triage efficace pour ne plus rater les cas graves

Retour de bâton possible à cause de comportements inconscients

"Tout cela fait que la courbe est désormais maîtrisée surtout par rapport aux cas les plus graves mais concernant l’évolution épidémiologique, nous ne sommes pas encore arrivés au pic.

"De plus, une partie de la population continue à se comporter de manière inconsciente avec l’apparition croissante de clusters familiaux ou professionnels.

"Le vrai problème est que malgré tous nos efforts pour réduire la contamination, l’inconscience de certains peut tout ruiner et faire recommencer à zéro.

"J’ai d’ailleurs poussé un coup de gueule récemment sur les réseaux sociaux contre ceux qui sortent sur leur balcon pour entonner l’hymne national ou applaudir le personnel soignant ou la police.

"Si ça part d’un bon sentiment avec des gens qui ont besoin de respirer et montrer leur patriotisme, le problème est qu’en criant ou chantant à tue-tête, ils envoient des gouttelettes de balcon à balcon qui peuvent être à l'origine de clusters de voisinage.

"A partir de là, il faut rester très vigilants même si nous pouvons nous féliciter de notre taux de mortalité qui n’a rien à voir avec celui des pays européens", précise le chef du service d'anesthésie-réanimation en gynécologie et obstétrique du CHU Mohammed VI.

3 semaines d’hospitalisation minimum avant de guérir

Interrogé sur la durée moyenne de guérison dans un service hospitalier de réanimation, le professeur l’estime à un minimum "absolu" de 3 semaines soit 21 jours d’hospitalisation.

"Nous avons eu des malades graves qui sont désormais sortis d’affaire alors qu’ils sont passés par la ventilation artificielle.

"En sauvant des personnes qui avaient 80% de risques de mourir à leur entrée dans notre service, cela nous pousse à persister et à nous dépasser", précise El Adib qui se dit très fier de ce genre de résultats. 

750 réanimateurs ont fait l’affaire dans tout le Maroc

S’il juge très insuffisant le nombre de 750 Marocains spécialisés en réanimation (anesthésistes-réanimateurs, réanimateurs médicaux et médecins urgentistes) pour une population de 36 millions d’habitants,  El Adib affirme cependant que paradoxalement, ils ont été en mesure de gérer les cas graves générés par le Covid-19.

"Sachant que l’OMS requiert un minimum de 20 spécialistes pour 100.000 habitants et que le Maroc ne dispose que de 1,8 anesthésistes-réanimateurs, notre pays est donc très loin des normes internationales.

"De plus, ces spécialistes sont concentrés autour des grands axes urbains et par conséquent, leur répartition géographique est mauvaise.

"Ceci dit, grâce au lancement dès début février d’un plan Vigi-corona, par la profession, nous avons pu homogénéiser l’offre notamment par des confrères volontaires pour prêter main-forte comme récemment à Ouarzazate.

"Malgré les risques élevés de contamination, les membres de notre corps médical se sont transformés en véritables guerriers devant un virus qui les oblige à quitter domicile et famille.

"Cette mobilisation donne beaucoup d’espoir pour un Maroc meilleur qui arrive à faire preuve de génie et trouver des solutions incroyables pour pallier aux manques de certains équipements", poursuit le réanimateur.

Ainsi, sur la disponibilité hospitalière de respirateurs artificiels, le professeur affirme qu’au regard de l’expérience européenne complètement dépassée, la profession s’attendait à "un K.O rapide" de ses capacités de réanimation.

Des lits équipés et des respirateurs pas tous utilisés

"A ce jour, nous serions à seulement 15% de lits de réanimation occupés dans tout le Royaume.

"Si c’est une bonne nouvelle, il faut rester mobilisé pour disposer à terme d’une autonomie nationale avec des lits supplémentaires et des respirateurs artificiels qui soient fabriqués au Maroc.

"Hormis cet impératif de disposer d’équipements médicaux sans dépendre des importations, nous avons aussi une responsabilité vis-à-vis des pays voisins d’Afrique qui ne peuvent pas faire face à cette épidémie.

"A partir de là, nous devons nous entraider et veiller à ce qu’il n’y ait pas de retour de l’épidémie", prévient El Adib en jugeant nécessaire une collaboration win-win dans une démarche préventive humaine et humaniste.

Selon lui, le Maroc dispose de 1.600 respirateurs de réanimation ainsi que ceux d’anesthésie qui n’ont pas encore été sollicités sans compter 500 en cours de fabrication et d’autres à l’état de prototypes.

"Actuellement, les 87 lits de réanimation occupés dans tout le Maroc offrent beaucoup d’espoir de guérison aux malades.

Le nombre d’admission en réanimation, qui ne cesse de baisser, témoigne de la réussite de la stratégie médicale marocaine mais il convient là-encore de rester extrêmement prudent.

Au CHU de Marrakech, 200 lits classiques et 12 de réanimation sont occupés

"Au niveau du CHU de Marrakech, où j’exerce, l'hôpital compte 500 lits qui ont été dédiés en grande partie aux malades du Covid-19 sans compter les 3 services de réanimation qui disposent de 30 lits.

"A ce jour, nous avons environ 200 malades positifs hospitalisés dans des lits classiques et 12 de réanimation occupés", conclut notre interlocuteur qui ajoute que cette pandémie aura mis en avant le rôle essentiel des réanimateurs qui, récemment encore, étaient mal écoutés.

Sollicité à son tour, l’anesthésiste Mohamed Benaguida qui exerçe habituellement à la clinique du Val d’Anfa et qui s’est porté volontairement avec une vingtaine de ses confrères au service du CHU de Casablanca, partage le même constat que le Dr Adib

Stabilisation des contaminations

« Jusqu’à présent, les autorités de tutelle n’avaient pas de réelle considération pour les anesthésistes-réanimateurs mais leur efficacité a bien montré qu’ils étaient le pivot de la lutte contre elle.

« Sachant qu’au CHU de Casablanca, nous avons plus de 100 respirateurs qui n’ont pas tous été utilisés, nous sommes, selon moi, en phase de stabilisation et nous aurons de moins en moins de cas à traiter.

« Ainsi au niveau de la courbe de guérison, nous amorçons une descente car le chiffre le plus élevé des nouvelles contaminations quotidiennes date déjà du 20 avril avec plus de 200 cas alors qu’actuellement on enregistre chaque jour moins de 100 nouvelles personnes testées positives »,

Décès et cas graves en baisse au CHU de Casablanca

« Les mesures prises par les autorités et les efforts consentis par la population ont donc été efficaces et ont permis au Maroc de s’en sortir très honorablement avec un minimum de décès.

« Pour s’en convaincre, il suffit de consulter notre taux de mortalité qui est de 3,8, contre 15% pour d’autres pays voisins, alors que la moyenne mondiale est de 7%.

« Cela veut non seulement dire que la stratégie marocaine a été payante mais qu’en plus, nous sommes en train de gagner la partie.

« Concrètement, au CHU de la capitale économique, il y a de moins en moins de cas graves et surtout mortels mais ce qui est vraiment remarquable est que nos services de réanimation n’ont jamais été saturés même quand les nouveaux cas positifs recensés étaient très nombreux. 

« Au final, il serait donc approprié de rendre cette discipline plus attrayante en révisant les tarifs de l’hospitalisation en réanimation dans le cadre d’une grande réforme de la tarification nationale », conclut le professeur qui espère que sa profession qui a sauvé nombre de patients sera enfin reconnue à sa juste valeur à la fin de l’épidémie …

 

Guérisons : Les réanimateurs confrontés au cas les plus graves

Covid-19: Deux réanimateurs racontent le combat des patients en état grave

Le 30 avril 2020 à13:35

Modifié le 02 mai 2020 à 13:31

Certaines personnes atteintes du Covid-19 sont dans un état grave et doivent être placées dans des services spécialisés. En 1ère ligne pour les sauver, deux anesthésistes-réanimateurs des deux villes les plus touchées, racontent à Médias24 le fonctionnement et les contraintes de leur service de réanimation.

Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, rendus publics ce jeudi 30 avril, le nombre de cas guéris qui est de 969 connaît une hausse constante avec 41 nouvelles guérisons en 24 heures alors que le nombre de décès est resté inchangé (168).

Si l’essentiel des patients contaminés ne nécessitent pas d’hospitalisation lourde, ceux qui présentent des complications graves doivent être pris en charge dans des services de réanimation comme ceux des CHU de Marrakech ou de Casablanca dont nous avons interrogé 2 réanimateurs.

5% de l'ensemble des cas hospitalisés en service de réanimation

Médias24 a donc sollicité Ahmed Rhassane El Adib, professeur en anesthésie-réanimation au CHU Mohammed VI de Marrakech, qui est revenu sur son travail dans cet hôpital public dont la ville accueille le 2ème nombre le plus important de malades marocains après Casablanca qui détient le record du Maroc en nombre de cas positifs.

Selon lui, une partie des personnes infectées par le Covid-19 se retrouvent dans les services de réanimation des hôpitaux publics marocains.

"5% serait le pourcentage de la population infectée qui atterrit également dans les services de réanimation du CHU de Marrakech.

"A ce propos, les différentes études mondiales montrent que 85% des patients positifs au coronavirus guérissent rapidement.

"En deuxième lieu, 15% des personnes contaminées se retrouveront dans des épisodes critiques et auront besoin d’oxygène pour faire face à des pneumonies plus ou moins sévères.

"Cette catégorie est dispatchée entre les services de soins intensifs (10%) et ceux de réanimation (5%).

"Les derniers 5% sont les cas les plus graves et seront confrontés à un taux de mortalité supérieur à 50% et jusqu’à 80% pour ceux qui font l’objet d’une ventilation mécanique", révèle le président sortant de la société marocaine d'anesthésie, d'analgésie et de réanimation (SMAAR). 

Un taux de guérison de 20% pour les cas critiques

"Dans tous les services de réanimation de la planète, il y a 2 types d’assistance respiratoire à savoir la ventilation mécanique où on plonge le patient intubé dans un coma artificiel et la ventilation non invasive destinée à ceux qui présentent un défaut d’oxygène (hypoxie).

"On équipe ces derniers d’interface comme des casques ou des masques (type celui de plongée) qui permettent de leur délivrer un maximum d’oxygène en les laissant réveillés.

"Contrairement à ceux qui sont sous ventilation mécanique, ces patients qui ont besoin d’une assistance respiratoire restent totalement conscients et interagissent avec leur entourage médical.

"Concernant les 5% de personnes qui arrivent dans nos services de réanimation, leur taux de guérison est d’environ 20%.

"Un pays réputé développé en matière de soins de réanimation a 31% de guérison, 45% de décès et 24% sont encore hospitalisés sur les 1000 patients admis dans ses services de réanimation.

30% des survivants à la réanimation garderont des séquelles à vie

"Le Royaume rejoint donc les chiffres mondiaux où, quelle que soit la modalité de prise en charge dans les services de réanimation, une personne sur deux va décéder.

"Pour ceux qui survivront, il y aura un nombre important d’au moins 30% de personnes qui garderont des séquelles graves à long terme comme une fibrose pulmonaire qui diminue les capacités respiratoires", révèle celui qui est aussi vice-président de la société marocaine de simulation médicale. 

Selon lui, la panique provoquée par le Covid-19 s’expliquerait non seulement par la vitesse de contagiosité mais aussi par le taux de mortalité important chez les patients les plus atteints ou âgés, les diabétiques, les obèses…

Une mortalité élevée pour les patients hospitalisés tardivement

"Sur le taux global de mortalité, le coronavirus rejoint les autres virus mais chez les malades qui arrivent en réanimation, la mortalité est extrêmement élevée.

"Elle est souvent liée au retard de prise en charge avec des patients qui sont diagnostiqués ou testés tardivement", explique El Adib en ajoutant que le Covid-19 a montré qu’il avait plusieurs facettes.

Un virus  multi-pathologique

"En effet, le Covid-19, ce sont plusieurs maladies dans une seule.

"Il passe d’abord par une phase d’une semaine où le virus provoque des symptômes simples (toux …) et dont la majorité des patients va guérir.

"Mais à partir de j+7, certains vont développer une pneumonie avec une cascade inflammatoire suivie éventuellement d’une évolution fulgurante vers l’atteinte et la défaillance de tous les organes vitaux.

"Surtout, il y aura des thromboses nombreuses avec tous les vaisseaux sanguins qui vont se mettre à coaguler et des tableaux où, par exemple, les embolies pulmonaires pourront prospérer.

"Si les spécialistes sont en phase de découverte de ces symptômes, ils sont également en train de surmonter ces tableaux.

"En effet, les réanimateurs ont beaucoup amélioré la prise en charge des patients hospitalisés dans leur service et commencent à mieux comprendre cette maladie en échangeant leurs expériences.

Une courbe de progression aplatie

"Sans prétention, nous sommes devenus un exemple pour de nombreux pays qui sollicitent notre échange d’expérience professionnelle", se félicite l’anesthésiste-réanimateur.

"Avec les multiples mesures prises par les autorités (frontières et écoles fermées, confinement, masques pour tous …) puis la généralisation du traitement pour tous (chloroquine+azithromicin) qui a donné de bons résultats, la courbe de progression de la contamination s’est indéniablement aplatie.

"Cette baisse de tension nous a laissés le temps d’instaurer un système de triage efficace pour ne plus rater les cas graves

Retour de bâton possible à cause de comportements inconscients

"Tout cela fait que la courbe est désormais maîtrisée surtout par rapport aux cas les plus graves mais concernant l’évolution épidémiologique, nous ne sommes pas encore arrivés au pic.

"De plus, une partie de la population continue à se comporter de manière inconsciente avec l’apparition croissante de clusters familiaux ou professionnels.

"Le vrai problème est que malgré tous nos efforts pour réduire la contamination, l’inconscience de certains peut tout ruiner et faire recommencer à zéro.

"J’ai d’ailleurs poussé un coup de gueule récemment sur les réseaux sociaux contre ceux qui sortent sur leur balcon pour entonner l’hymne national ou applaudir le personnel soignant ou la police.

"Si ça part d’un bon sentiment avec des gens qui ont besoin de respirer et montrer leur patriotisme, le problème est qu’en criant ou chantant à tue-tête, ils envoient des gouttelettes de balcon à balcon qui peuvent être à l'origine de clusters de voisinage.

"A partir de là, il faut rester très vigilants même si nous pouvons nous féliciter de notre taux de mortalité qui n’a rien à voir avec celui des pays européens", précise le chef du service d'anesthésie-réanimation en gynécologie et obstétrique du CHU Mohammed VI.

3 semaines d’hospitalisation minimum avant de guérir

Interrogé sur la durée moyenne de guérison dans un service hospitalier de réanimation, le professeur l’estime à un minimum "absolu" de 3 semaines soit 21 jours d’hospitalisation.

"Nous avons eu des malades graves qui sont désormais sortis d’affaire alors qu’ils sont passés par la ventilation artificielle.

"En sauvant des personnes qui avaient 80% de risques de mourir à leur entrée dans notre service, cela nous pousse à persister et à nous dépasser", précise El Adib qui se dit très fier de ce genre de résultats. 

750 réanimateurs ont fait l’affaire dans tout le Maroc

S’il juge très insuffisant le nombre de 750 Marocains spécialisés en réanimation (anesthésistes-réanimateurs, réanimateurs médicaux et médecins urgentistes) pour une population de 36 millions d’habitants,  El Adib affirme cependant que paradoxalement, ils ont été en mesure de gérer les cas graves générés par le Covid-19.

"Sachant que l’OMS requiert un minimum de 20 spécialistes pour 100.000 habitants et que le Maroc ne dispose que de 1,8 anesthésistes-réanimateurs, notre pays est donc très loin des normes internationales.

"De plus, ces spécialistes sont concentrés autour des grands axes urbains et par conséquent, leur répartition géographique est mauvaise.

"Ceci dit, grâce au lancement dès début février d’un plan Vigi-corona, par la profession, nous avons pu homogénéiser l’offre notamment par des confrères volontaires pour prêter main-forte comme récemment à Ouarzazate.

"Malgré les risques élevés de contamination, les membres de notre corps médical se sont transformés en véritables guerriers devant un virus qui les oblige à quitter domicile et famille.

"Cette mobilisation donne beaucoup d’espoir pour un Maroc meilleur qui arrive à faire preuve de génie et trouver des solutions incroyables pour pallier aux manques de certains équipements", poursuit le réanimateur.

Ainsi, sur la disponibilité hospitalière de respirateurs artificiels, le professeur affirme qu’au regard de l’expérience européenne complètement dépassée, la profession s’attendait à "un K.O rapide" de ses capacités de réanimation.

Des lits équipés et des respirateurs pas tous utilisés

"A ce jour, nous serions à seulement 15% de lits de réanimation occupés dans tout le Royaume.

"Si c’est une bonne nouvelle, il faut rester mobilisé pour disposer à terme d’une autonomie nationale avec des lits supplémentaires et des respirateurs artificiels qui soient fabriqués au Maroc.

"Hormis cet impératif de disposer d’équipements médicaux sans dépendre des importations, nous avons aussi une responsabilité vis-à-vis des pays voisins d’Afrique qui ne peuvent pas faire face à cette épidémie.

"A partir de là, nous devons nous entraider et veiller à ce qu’il n’y ait pas de retour de l’épidémie", prévient El Adib en jugeant nécessaire une collaboration win-win dans une démarche préventive humaine et humaniste.

Selon lui, le Maroc dispose de 1.600 respirateurs de réanimation ainsi que ceux d’anesthésie qui n’ont pas encore été sollicités sans compter 500 en cours de fabrication et d’autres à l’état de prototypes.

"Actuellement, les 87 lits de réanimation occupés dans tout le Maroc offrent beaucoup d’espoir de guérison aux malades.

Le nombre d’admission en réanimation, qui ne cesse de baisser, témoigne de la réussite de la stratégie médicale marocaine mais il convient là-encore de rester extrêmement prudent.

Au CHU de Marrakech, 200 lits classiques et 12 de réanimation sont occupés

"Au niveau du CHU de Marrakech, où j’exerce, l'hôpital compte 500 lits qui ont été dédiés en grande partie aux malades du Covid-19 sans compter les 3 services de réanimation qui disposent de 30 lits.

"A ce jour, nous avons environ 200 malades positifs hospitalisés dans des lits classiques et 12 de réanimation occupés", conclut notre interlocuteur qui ajoute que cette pandémie aura mis en avant le rôle essentiel des réanimateurs qui, récemment encore, étaient mal écoutés.

Sollicité à son tour, l’anesthésiste Mohamed Benaguida qui exerçe habituellement à la clinique du Val d’Anfa et qui s’est porté volontairement avec une vingtaine de ses confrères au service du CHU de Casablanca, partage le même constat que le Dr Adib

Stabilisation des contaminations

« Jusqu’à présent, les autorités de tutelle n’avaient pas de réelle considération pour les anesthésistes-réanimateurs mais leur efficacité a bien montré qu’ils étaient le pivot de la lutte contre elle.

« Sachant qu’au CHU de Casablanca, nous avons plus de 100 respirateurs qui n’ont pas tous été utilisés, nous sommes, selon moi, en phase de stabilisation et nous aurons de moins en moins de cas à traiter.

« Ainsi au niveau de la courbe de guérison, nous amorçons une descente car le chiffre le plus élevé des nouvelles contaminations quotidiennes date déjà du 20 avril avec plus de 200 cas alors qu’actuellement on enregistre chaque jour moins de 100 nouvelles personnes testées positives »,

Décès et cas graves en baisse au CHU de Casablanca

« Les mesures prises par les autorités et les efforts consentis par la population ont donc été efficaces et ont permis au Maroc de s’en sortir très honorablement avec un minimum de décès.

« Pour s’en convaincre, il suffit de consulter notre taux de mortalité qui est de 3,8, contre 15% pour d’autres pays voisins, alors que la moyenne mondiale est de 7%.

« Cela veut non seulement dire que la stratégie marocaine a été payante mais qu’en plus, nous sommes en train de gagner la partie.

« Concrètement, au CHU de la capitale économique, il y a de moins en moins de cas graves et surtout mortels mais ce qui est vraiment remarquable est que nos services de réanimation n’ont jamais été saturés même quand les nouveaux cas positifs recensés étaient très nombreux. 

« Au final, il serait donc approprié de rendre cette discipline plus attrayante en révisant les tarifs de l’hospitalisation en réanimation dans le cadre d’une grande réforme de la tarification nationale », conclut le professeur qui espère que sa profession qui a sauvé nombre de patients sera enfin reconnue à sa juste valeur à la fin de l’épidémie …

 

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